Montpellier : La ville interdit la chasse sur les terrains municipaux

ECOLOGIE La Fédération des chasseurs, qui regrette l'absence de concertation, craint une prolifération des sangliers dans le secteur

Nicolas Bonzom

— 

Un fusil de chasse (illustration)
Un fusil de chasse (illustration) — ALLILI MOURAD/SIPA
  • Montpellier a entamé en fin d’année la résiliation des conventions qui mettaient à disposition des terrains publics, pour permettre à des associations de chasser.
  • Une façon de permettre aux habitants de se réapproprier les espaces naturels.
  • De son côté, la Fédération des chasseurs de l’Hérault regrette l’absence de concertation sur cette décision et craint que des sangliers prolifèrent dans le coin.

La ville de Montpellier (Hérault) ne veut plus de coups de fusil sur ses terres : elle souhaite interdire la chasse sur les territoires municipaux. Ses services ont entamé en fin d’année la résiliation des conventions qui mettaient à disposition des terrains publics, pour permettre à des associations de chasser. Une première décision a été signée pour Grammont, d’autres vont suivre, notamment pour Cambacérès.

Car oui, si cela peut paraître étonnant sur un territoire si urbain, on chasse à Montpellier. Sollicités par 20 Minutes, les services héraultais de l’Office français pour la biodiversité (OFB), ex-Office national de la chasse et de la faune sauvage, indiquent qu’il était encore récurrent de rencontrer des chasseurs sur certains sites de Montpellier, notamment au mas Prunet, dans le secteur de la rue des Grèzes, à Celleneuve, ou à Grammont.

« Beaucoup n’osent plus se promener »

Outre la cruauté que représente la chasse pour le gibier selon les défenseurs de la cause animale, pour justifier son projet, Eddine Ariztegui (Parti animaliste), adjoint au maire de Montpellier délégué au bien-être animal, évoque « la protection des habitants ». « Pour redonner aux Montpelliérains la possibilité de se réapproprier les espaces naturels [accaparés par les chasseurs], indique-t-il. Beaucoup n’osent plus se promener ou faire du vélo, de peur de se recevoir une balle. » « Nous sommes en milieu urbain, indique le maire, Michaël Delafosse (PS). C’est un choix pour la sécurité des habitants, des promeneurs, ainsi que du respect des animaux. »

En juillet dernier, l’OFB indiquait que le nombre total d’accidents de chasse sur la saison 2019-2020 était de 141, dont 11 mortels. Un bilan légèrement supérieur à la saison précédente, qui en avait connu 131, tout comme celui des accidents mortels (7 la saison précédente). Globalement, 90 % des victimes d’accidents sont cependant des chasseurs, selon l’organisme d’Etat, qui souligne toutefois que la tendance à plus long terme est à la baisse, avec une chute de 71 % du nombre d’accidents mortels par rapport à 1999. L’OFB pointe (notamment) des tirs de chasseurs non maîtrisés en direction d’habitations et de routes ouvertes à la circulation.

« On aurait pu faire des propositions qui auraient pu satisfaire tout le monde »

« Il s’agit aussi de répondre à la population qui en a marre d’entendre des tirs de fusil, note Eddine Ariztegui. Je connais une personne qui habite à Montpellier et qui a reçu une balle dans son salon. » Mais il y aura toujours la possibilité de chasser sur des parcelles privées, mises à la disposition par des particuliers, par exemple. Il y en a quelques-unes, à Montpellier, indique Eddine Ariztegui.

De son côté, Jean-Pierre Gaillard, le président de la Fédération des chasseurs de l’Hérault, regrette que cette décision ait été prise sans aucune concertation. « Nous avons découvert cela dans la presse, confie-t-il. Avec Philippe Saurel (divers gauche) [l’ancien maire de Montpellier], on travaillait en bonne intelligence à la fin de son mandat. On étudiait les nuisances de part et d’autre. Nous avons été surpris. » Sur la première zone où la chasse est interdite, à Grammont, les chasseurs n’étaient présents que « deux jours par an, note Jean-Pierre Gaillard. On aurait très bien pu trouver un accord, pour que deux jours par an, il y ait de la chasse, et les 363 autres jours, les gens puissent se promener. »

La crainte de la prolifération des sangliers

Jean-Pierre Gaillard prévient la commune : empêcher les chasseurs de mener des opérations de régulation risque de provoquer une prolifération des nuisances, dans quelques mois. « Des sangliers passent par Juvignac, Castelnau-le-Lez, le quartier de la Paillade ou Aiguelongue, confie-t-il. La Fédération des chasseurs de l’Hérault a investi dans des cages pièges. Nous en avons attrapé 183 en deux ans. Si on ne les avait pas repris, il y aurait 1.000 sangliers dans la ville de Montpellier ! » Qui détruiraient des espaces agricoles ou des jardins.

Porter le projet d’interdiction de la chasse sur les terrains municipaux a valu à Eddine Ariztegui d’être la cible d’injures ces derniers jours sur les réseaux sociaux. La direction juridique de la mairie étudie les réponses à y apporter. Dans un communiqué, le parti d’Eddine Ariztegui le soutient : « Ces attaques confortent plus encore la détermination du Parti animaliste et de ses membres à protéger les animaux. »