En Martinique, les secousses de la Montagne Pelée sous haute surveillance

VOLCAN Quelque 50 séismes se sont produits dans le volcan en septembre, et 78 en novembre, contre moins de 10 séismes par mois jusqu’en 2019

20 Minutes avec AFP

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La montagne Pelée, le volcan martiniquais, était calme jusqu'à sa mise en vigilance jaune du plan Orsec le 4 décembre..
La montagne Pelée, le volcan martiniquais, était calme jusqu'à sa mise en vigilance jaune du plan Orsec le 4 décembre.. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Au pied de la Montagne Pelée, en Martinique, les habitants ont les yeux rivés sur ce volcan toujours actif, qui a récemment donné des signes de réactivation au point de mettre les scientifiques en alerte depuis début décembre.

En Martinique, tout le monde a en mémoire les dégâts du volcan au début du XXe siècle : son éruption en 1902 a fait quelque 30.000 morts et rayé de la carte la ville de St-Pierre, le petit Paris des Antilles. La commune voisine, le Prêcheur, avait été couverte de cendres. Si d’autres éruptions ont marqué le nord de l’île jusqu’au milieu des années 1930, le volcan était calme jusqu’à sa mise en vigilance jaune du plan ORSEC le 4 décembre, une alerte destinée aux scientifiques plus qu’aux habitants.

Quelque 50 séismes se sont produits dans le volcan en septembre, et 78 en novembre, contre moins de 10 séismes par mois jusqu’en 2019, avait alors expliqué l’Observatoire volcanologique et sismologique de l’île (OVSM).

Rassurer la population

Pour rassurer la population, la préfecture, les maires et l’observatoire animent de nombreuses réunions publiques.

Au Prêcheur, la salle communale est comble. Une grande partie des 1.500 habitants, masque anti-covid sur le nez, attend de comprendre véritablement les enjeux de l’alerte jaune émise par l’OVSM.

Dans l’assistance, une femme prend la parole : « Je ne vois pas pourquoi on m’informe s’il ne s’agit que d’une alerte scientifique ». « On aurait pu ne pas communiquer », répond le sous-préfet de St Pierre et Trinité, Nicolas Onimus, précisant que cette alerte est partagée « au niveau mondial » entre scientifiques pour suivre l’évolution du volcan. « Un jour, un journaliste aurait su qu’il s’était passé quelque chose et vous auriez dit + mais qu’est-ce que c’est que ce cirque, on nous cache des choses ? », commente-t-il.

Les questions fusent notamment sur l’élaboration d’un plan d’évacuation, l’idée de jumeler les communes concernées dans le nord avec d’autres plus au sud faisant son chemin. Mais il faut « qu’on sache exactement combien d’habitants sont vulnérables, qui a des traitements médicaux lourds, qui ne peut pas partir comme ça », poursuit Nicolas Onimus.

« Moi je ne regrette pas d’être là »

Nadège, elle, est diabétique. Depuis trente-quatre ans, cette originaire du sud a élu domicile dans le nord et y a fondé sa famille. Malgré sa santé fragile, cette annonce du passage en vigilance jaune ne lui fait pas peur.

« De toute façon, il y aura toujours des signes avant-coureurs. Moi, je ne regrette pas d’être là », se rassure-t-elle.

Ses filles, toutes deux mères de famille, sont moins sereines. Elles sont nées et ont grandi à l’ombre du volcan. « On l’a toujours vu comme quelque chose de magnifique mais tout en sachant que ça fait très peur puisqu’on sait ce qu’il peut engendrer », confie Xénia.

Sa sœur, Méloé compte sur « la nouvelle technologie. On a beaucoup plus de détails sur ce qui se passe dans la montagne, au sommet mais aussi au fond. Alors, ça va », explique-t-elle.

De « très petits » séismes

Ces informations sur le sous-sol du volcan sont transmises par les nombreux capteurs, stations sismiques et GPS installés sur les flancs et autour du cratère. Pour les interpréter, deux scientifiques de l’OVSM se relaient afin de surveiller le moindre mouvement.

« Là, par exemple, on a identifié un petit séisme volcano-tectonique qui a eu lieu sous la montagne Pelée ce matin », explique Jordane Corbeau, post-doctorante en sismologie à l’OVSM.

« Ce sont de très petits séismes. Les instruments les voient mais ils sont de très faible magnitude et personne ne peut les sentir », explique-t-elle, face à une immense baie vitrée avec vue imprenable sur la Pelée. Sur son bureau, un écran d’ordinateur où s’alignent des oscillations rouges et vertes.

Pour épauler la petite équipe de l’observatoire martiniquais, des scientifiques de Guadeloupe et de l’Institut Physique du Globe de Paris sont également en alerte.

Bientôt, conséquence de la vigilance jaune, d’autres instruments flambant neufs, notamment des drones et de nouveaux GPS, seront installés pour veiller sur la montagne.