Gironde : Une association dénonce des résidus de pesticides dans des vins, la filière attaque pour « dénigrement qualifié »

ENVIRONNEMENT L’association Alerte aux toxiques avait dénoncé la présence de résidus de pesticides dans 22 vins Haute valeur environnementale, la filière rappelle que les concentrations détectées étaient « très faibles, et très en dessous » des seuils

20 Minutes avec AFP
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Vigne dans le Médoc le 12 août 2017
Vigne dans le Médoc le 12 août 2017 — M.Bosredon/20Minutes

L’association avait dénoncé en septembre la présence de résidus de pesticides de synthèse dans 22 vins certifiés Haute valeur environnementale (HVE). Le tribunal judiciaire de Libourne a examiné jeudi l’assignation par les vins de Bordeaux de Valérie Murat, porte-parole de l’association Alerte aux toxiques, qui lutte en Gironde contre les phytosanitaires en viticulture.

Le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) – associé à 25 châteaux, viticulteurs, syndicats d’appellations, négociants – qui dénonce « une escroquerie intellectuelle », a souligné que les 19 vins de Bordeaux mis en cause étaient « en parfaite légalité » et les concentrations détectées « très faibles, toujours très en dessous » des seuils. Le CIVB a aussi rappelé les réserves du laboratoire Dubernet qui avait effectué ces analyses, mais qui avait précisé que cette présence de pesticides était faible et légale, puis avait pris ses distances d’avec la présentation par Alerte aux toxiques de ses résultats.

Le « label (HVE) est trompeur pour le consommateur »

Valérie Murat dénonce, elle, une viticulture HVE « encore gourmande en pesticides ». Elle a pointé jeudi un « label [HVE] trompeur pour le consommateur », avec son « joli logo papillon soleil bosquet », mais qui « permet à des gens qui voudraient faire croire qu’ils ont pris un virage écologique, qu’ils changent leurs pratiques, de continuer en fait à utiliser des pesticides de synthèse parmi les plus dangereux ».

Le HVE est une norme française créée en 2012 par le ministère de l’Agriculture, qui encourage et reconnaît les efforts des exploitations agricoles pour réduire les pesticides et engrais chimiques, augmenter la biodiversité, gérer l’eau, mais n’interdit pas l’absence de pesticides de synthèse. Il est souvent associé par ses détracteurs à un label de « greenwashing ».

« Le droit d’alerte doit exister, mais ne doit jamais se confondre avec un droit de dénigrer »

Pour l’interprofession, Me Eve Duminy a plaidé un « dénigrement qualifié » par Valérie Murat qui n’a fait preuve d'« aucune mesure, aucune nuance, aucune prudence », en associant dans sa présentation les vins « à un risque mortel » potentiel, avec une « intention malveillante ».

Valérie Murat est la fille d’un vigneron décédé en 2012 d’un cancer reconnu comme maladie professionnelle. Il avait été exposé pendant plus de 40 ans à un produit utilisé dans les traitements contre une maladie de la vigne, et interdit en France depuis 2001. Une procédure au pénal est en cours. « Le droit d’alerte, de critiquer, existe et doit exister, mais ne doit jamais se confondre avec un droit de dénigrer », selon Me Duminy.

« Procès bâillon » ?

Le CIVB arguant un « discrédit très lourd aux vins de Bordeaux », réclame 100.000 euros de dommages et intérêts au titre du préjudice collectif, le retrait de la communication de septembre sous peine de 5.000 euros par jour. Les autres plaignants réclament des dommages et intérêts allant d’un euro symbolique à plusieurs milliers d’euros.

Me Eric Morain, seul avocat défendant la militante anti-pesticides face à une demi-douzaine d’avocats pour le monde du vin, a mis en garde contre un « procès bâillon » qui viserait à étouffer financièrement et faire taire une association dont « on ne veut pas entendre les éléments de vérité et de bonne foi ». La « présence, même infinitésimale », de résidus de pesticides reste une présence.

« Le vin est le seul produit humain ou alimentaire sur lequel ne figure pas la composition. Est-ce un hasard ? C’est volontaire ! Car on ne veut pas dire ce que Valérie Murat et Alerte aux toxiques ont dénoncé », a-t-il lancé. Le jugement a été mis en délibéré au 25 février.