Tempête Alex : Des loups toujours dans la nature, un risque d’ensauvagement… Quel avenir pour le parc Alpha détruit ?

ANIMAUX Deux mois et demi après le déluge, l'Office français de biodiversité est toujours sur la trace de plusieurs bêtes échappées du centre animalier de Saint-Martin-Vésubie

Fabien Binacchi

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Un loup noir du Canada capturé par des agents de l'Office français de biodiversité le 5 novembre 2020 dans le Mercantour
Un loup noir du Canada capturé par des agents de l'Office français de biodiversité le 5 novembre 2020 dans le Mercantour — OFB
  • Le 2 octobre 2020, la violence de la tempête et des inondations détruisaient partiellement le parc Alpha, qui accueillait treize loups dans les Alpes-Maritimes.
  • Deux ont été retrouvés morts, deux autres pourraient avoir été abattus et six ont été récupérés.
  • L’Office français de biodiversité est toujours sur la trace des trois autres alors que le parc devrait être reconstruit.

Le 2 octobre, la furie des éléments n’avait pas épargné le parc Alpha, tuant deux des trois loups arctiques. Partiellement détruit, laissant s’échapper huit des onze autres spécimens, le centre animalier de Saint-Martin-Vésubie, dans l’arrière-pays niçois (Alpes-Maritimes), est à reconstruire. En attendant, des agents de l’Office français de biodiversité (OFB) sont toujours sur la trace des disparus.

Où en est l’opération de récupération ?

Les trois loups d’Europe centrale, dont le seul enclos n’avait pas été détruit par la tempête Alex, ont été transférés vers un refuge dès le 8 octobre. Depuis, trois des sept loups noirs du Canada partis dans la nature ont pu être « fléchés » avec des anesthésiants. Drakkar, un mâle, Hoona, la femelle alpha, et Healy, une autre femelle ont aussi été placés.

« Pour deux autres, nous avons des témoignages convergents, mais pas la preuve formelle, qu’ils auraient été tués, avance Eric Hansen, le directeur régional de l’OFB. Un éleveur a dit devant moi qu’il serait prêt à tirer sur un des loups s’il en croisait. »

Les équipes de l'Office français de biodiversité en planque pour pouvoir anesthésier les loups échappés du parc Alpha
Les équipes de l'Office français de biodiversité en planque pour pouvoir anesthésier les loups échappés du parc Alpha - OFB

Les quatre personnes mandatées par l’office pour planquer dans le Mercantour sont toujours sur les traces des deux derniers : Beyla, et Kahn, le mâle alpha. La première ne s’est pas encore laissée approcher d’assez près par les agents, qui doivent être à moins de 15 m pour l’endormir. Le second est un infatigable promeneur. Un jour aperçu dans la Vésubie, il a été vu dans la Roya, à 40 km de là, le lendemain.

Qu’en est-il de la troisième louve arctique ?

Sa piste a été perdue et son sort interroge. Antoine Delahaye, le directeur du syndicat mixte Vésubie Valdeblore, qui gère le parc, pense que cette femelle, « craintive et inexpérimentée » a pu être « blessée lors de la tempête » et qu’elle est « sans doute morte ». « Dans le parc Alpha, elle avait montré un comportement instinctif, essayant d’attraper des corvidés », explique Eric Hansen, estimant de son côté qu’elle est « peut-être en train de s’acclimater ».

De s’ensauvager autrement dit, et ce ne serait pas une bonne chose. Comme pour les deux autres loups noirs s’ils venaient à survivre sans être capturés. « L’introduction d’une espèce non indigène est la troisième cause de la perte de biodiversité », relève Eric Hansen. Des hybridations pourraient survenir si ces loups venaient à croiser les meutes endémiques du Mercantour.

Quel avenir pour le parc ?

Le président du département Charles-Ange Ginésy s’est positionné pour qu’il rouvre dès l’été 2021. Les loups « transférés pour leur sauvegarde restent sous la responsabilité du parc et sont voués à le retrouver », explique-t-il.

« On y travaille. On répertorie les dégâts pour monter les dossiers d’assurance. Tout n’a pas été détruit, précise Antoine Delahaye. On va tous devoir se mettre autour d’une table pour savoir ce que nous voulons en faire. Mais on peut imaginer être en capacité d’accueillir à nouveau le public autour d’une meute. »