Haut conseil pour le climat : Le gouvernement doit renforcer les mesures vertes dans son plan de relance

ENVIRONNEMENT La France s’est engagée à la neutralité carbone pour 2050 alors que ce plan de relance devrait faire diminuer ses émissions de 0,6 % par an

20 Minutes avec AFP

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Emmanuel Macron le 14 décembre 2020 à Paris.
Emmanuel Macron le 14 décembre 2020 à Paris. — Jacques Witt/SIPA

Le Haut conseil pour le climat (HCC), composé de scientifiques ou d’économistes, recommande à la France de renforcer ses mesures pour le climat dans son plan de relance, sous peine de ne pas réussir à atteindre la neutralité carbone.

Les experts du HCC se sont penchés sur le plan de 100 milliards d’euros sur deux ans dévoilé en septembre, pour mesurer sa compatibilité avec les engagements de la France en termes de neutralité carbone pour 2050. Ils complètent ainsi la propre analyse du gouvernement, qui avait ventilé les mesures de son plan de relance entre « favorables » à la réduction des émissions ou « neutres ».

Transports, bâtiments… 28 milliards d’euros jugés favorables

Le HCC a étudié les 97 mesures et les a classées entre « favorables, défavorables, ambiguës ou qui s’inscrivent dans la continuité des émissions actuelles, trop élevées, de la France », selon ce rapport. Il a exclu la notion de mesures « neutres ».

Le gouvernement a fait de la transition écologique un des piliers de ce plan, avec 30 milliards d’euros consacrés au verdissement de l’économie. Le HCC a comptabilisé 28 milliards d’euros « favorables à l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre », un montant proche de celui du gouvernement.

« C’est un montant très important, la France fait partie des pays les mieux dotés » au monde en ce sens, a relevé la climatologue Corinne Le Quéré, présidente du HCC, lors d’une conférence de presse en ligne. La moitié de ces financements porte sur la décarbonation des transports et des bâtiments. En revanche « l’agriculture et les forêts sont insuffisamment considérées », selon le rapport.

Le risque du maintien d’activités fortement émettrices

Aucune mesure du plan de relance n’a été jugée défavorable, ce qui aurait été le cas si une mesure avait éloigné la France de sa trajectoire bas-carbone. « Contrairement à certains pays, l’Etat français ne soutient pas directement les industries des énergies fossiles », a expliqué Corinne Le Quéré.

En revanche, « les deux-tiers du plan (soit 70,4 milliards d’euros) soutiennent l’activité économique dans la continuité des pratiques actuelles. Elles pourraient avoir un effet significatif à la hausse sur les émissions de gaz à effet de serre par rapport à la trajectoire de réduction de la France et font courir le risque d’un verrouillage dans des activités fortement émettrices à long terme », avertit le rapport.

D’autres mesures, pour 2,1 milliards d’euros, ont « un effet ambigu sur l’atténuation » et sont à surveiller. Selon l’évaluation du gouvernement, le plan de relance conduirait à une réduction de 0,6 % par an des émissions de gaz à effet de serre.

Des montants importants pour l’aérien et l’automobile

Il pourrait donc « contribuer à rattraper positivement (la) trajectoire » que s’est fixée la France pour la réduction de ses émissions, qu’elle ne respecte pas actuellement, a indiqué Corinne Le Quéré. Mais « cela ne rattrape pas complètement la trajectoire », a-t-elle poursuivi. Il serait possible d’aller plus loin. « Il y a des opportunités supplémentaires à mettre en place », a ajouté la climatologue.

Dans le détail, les experts appellent à surveiller de près la baisse des impôts de production, qui « pourrait avoir un effet significatif positif ou négatif sur la trajectoire des émissions de la France ». Ils pointent aussi du doigt les aides aux transports. « Des montants importants sont (…) dédiés aux secteurs de l’aérien et de l’automobile, très intensifs en gaz à effet de serre, aux contreparties environnementales insuffisantes ».

Le plan de relance doit également être aligné avec le plan national d’adaptation au changement climatique et veiller à ce que « la transition n’accroisse pas les inégalités et les tensions sociales », selon le rapport. Les experts estiment aussi qu’il faut soutenir davantage des transformations structurelles à plus long terme pour que la France remplisse les objectifs fixés par l’Accord de Paris de limiter le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, voire à 1,5 °C.