Bretagne : La vieille épave du Tanio continue-t-elle de vomir son mazout ?

POLLUTION Des oiseaux et un dauphin souillés par le pétrole ont été découverts sur des plages dans le Finistère

Camille Allain
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Des oiseaux souillés de pétrole ont été découverts sur la commune de Plougasnou, dans le Finistère. La pollution proviendrait encore du pétrolier Tanio, coulé en 1980.
Des oiseaux souillés de pétrole ont été découverts sur la commune de Plougasnou, dans le Finistère. La pollution proviendrait encore du pétrolier Tanio, coulé en 1980. — Mairie Plougasnou
  • Des oiseaux et un dauphin mazoutés ont été découverts sur des plages du Finistère Nord.
  • La pollution proviendrait encore du Tanio, un pétrolier battant pavillon malgache coulé en mars 1980.
  • Des travaux de colmatage avaient pourtant été entrepris par la marine nationale en septembre.

Il a coulé le 7 mars 1980​ à 50 km au nord de l’île de Batz, dans le Finistère. Huit membres de son équipage avaient péri et environ 10.000 tonnes de pétrole s’étaient déversées au large des côtes bretonnes. Beaucoup moins connu que l’Erika ou que  l’Amoco Cadiz, le Tanio continue pourtant de faire parler de lui. Quarante ans après son naufrage, l’épave du pétrolier battant pavillon malgache recrachait encore des boulettes d’un fioul lourd dans lesquelles de nombreux oiseaux marins avaient trouvé la mort à l’automne 2019. On pensait le cauchemar envolé après l’intervention de la marine nationale en septembre pour colmater les brèches de l’épave. La découverte de plusieurs oiseaux et d’un dauphin mazoutés à Plougasnou ou Brignogan ces derniers jours semble dire le contraire.

« Ce sont des promeneurs qui nous ont alertés. Les services techniques de la ville ont aussi retrouvé des oiseaux souillés. Ce sont essentiellement des guillemots de Troïl », explique la maire de Plougasnou Nathalie Bernard. Dimanche, c’est un dauphin commun qui a été retrouvé mort près du port de la commune. Lui-aussi portait des traces de ce qui ressemble à une pollution aux hydrocarbures. D’autres oiseaux ont été découverts dans les communes des environs comme à Brignogan. « C’est surtout la partie ouest de la commune qui semble affectée. On m’a dit que le pays des abers aussi était touché », poursuit la maire de Plougasnou.

Des oiseaux souillés de pétrole ont été découverts sur la commune de Plougasnou, dans le Finistère. La pollution proviendrait encore du pétrolier Tanio, coulé en 1980.
Des oiseaux souillés de pétrole ont été découverts sur la commune de Plougasnou, dans le Finistère. La pollution proviendrait encore du pétrolier Tanio, coulé en 1980. - Mairie Plougasnou

Les animaux blessés ont été confiés à la Ligue de protection des oiseaux. Ceux qui étaient morts seront autopsiés à Océanopolis, à Brest. Leurs plumes ont été envoyées au Centre de documentation de recherche et d’expérimentation sur les pollutions accidentelles des eaux (CEDRE), également installé dans la cité du Ponant. C’est son laboratoire qui sera chargé de déterminer l’origine de la pollution. Mais pour son directeur adjoint, cela ne fait guère de doute, la pollution proviendrait probablement du Tanio. « Dans les épaves, il y a toujours une matière qu’on ne peut pas pomper. Le pétrole étant plus léger que l’eau, il se niche dans des endroits inaccessibles et parfois, il remonte à la surface », explique Nicolas Tamic.

Quatre oiseaux avaient déjà été découverts entre le 24 novembre et le 2 décembre à Goulven et Santec. D’après la préfecture maritime de l’Atlantique, le mazout présentait « de grandes similarités » avec celui du Tanio. Un dégazage sauvage ? Le CEDRE n'y croit guère. «Les côtes européennes sont très surveillées. Les satellites surveillent ces pratiques et les navires le savent». 

Des engins de pêche ont-ils arraché des vannes ?

L’opération complexe menée par un robot à 90 mètres de fond en septembre n’aurait donc servi à rien ? « La mission de la marine nationale était de placer des plaques obturatrices sur les vannes de coque qui étaient abîmées. Ces vannes avaient été forées par la société Comex pour extraire le pétrole le naufrage. Avec la corrosion, certaines s’étaient arrachées. On pense que ce sont des engins de pêche qui avaient fait cela », poursuit le responsable des opérations du CEDRE. L’hypothèse qu’une autre vanne ait pu être arrachée est pour l’heure privilégiée, même si les analyses doivent le confirmer. « Le pétrole du Tanio a vraiment un ADN particulier. Il est très visqueux, presque figé donc assez facile à identifier ».

L’an dernier, le CEDRE avait pu affirmer avec certitude que les oiseaux souillés étaient bien les victimes collatérales du Tanio. Ces conclusions avaient poussé la préfecture maritime de l’Atlantique à organiser une mission de colmatage, qui a été menée en septembre. S’il fallait en programmer une autre, il faudrait sans doute attendre quelques mois, plusieurs semaines d’une météo relativement calme étant nécessaires. La préfecture maritime promet dans un premier temps d’envoyer un ROV (un robot sous-marin) sur place « dans les prochains jours » pour identifier les potentielles fuites. « Cette épave reste sous surveillance ».