Changement climatique : Hécatombe chez les amphibiens, la liste des espèces menacées s’allonge

ENVIRONNEMENT La propagation d’un champignon qui attaque la peau des grenouilles est favorisée par le changement climatique

20 Minutes avec agences
— 
Illustration d'une grenouille.
Illustration d'une grenouille. — Meigneux/SIPA

Trois espèces d’amphibiens d’Amérique centrale ont disparu et de nombreuses autres pourraient s’éteindre bientôt. Elles ont été victimes d’un champignon mortel dont l’expansion est favorisée par le changement climatique, affirme jeudi l’Union internationale pour la conservation de la nature.

Ces trois espèces – dont l’Atelopus chiriquiensis que l’on trouvait en altitude au Costa Rica et au Panama mais qui n’a pas été vue depuis 1996 - viennent rejoindre 28 autres espèces qui ont elles aussi été ajoutées à la rubrique extinction de la « liste rouge » de l’UICN. Celle-ci répertorie maintenant 128.918 espèces de plantes et d’animaux.

Un champignon invasif

Vingt-deux autres espèces d’amphibiens que l’on trouve en Amérique centrale et du Sud se retrouvent sur la liste des espèces « gravement menacées », la catégorie qui précède l’extinction dans le classement de l’UICN. Le responsable de l’hécatombe est identifié de longue date. Il s’agit d’un champignon qui attaque la peau des grenouilles, des crapauds et autres batraciens et qui finit par les tuer en les empêchant de respirer. Le fléau, qui frappe des dizaines de pays dans le monde, s’appelle la quitridiomicosis.

« C’est une espèce invasive qui frappe un grand nombre d’amphibiens dans différentes parties du monde : Europe, Amérique du sud, Asie, Afrique », indique Craig Hilton-Taylor, en charge de l’établissement de la liste rouge au sein de l’organisation. « Le changement climatique semble aider à l’expansion du champignon et créer les conditions pour que la maladie puisse prospérer, et ensuite cela annihile les populations de grenouilles », explique-t-il, parlant d’une « énorme crise » qui frappe les amphibiens.

Des poissons et dauphins menacés

Parmi les autres espèces menacées de disparaître ou déjà éteintes figurent 17 sortes de poissons qui peuplaient le lac Lanao aux Philippines. Les coupables sont deux poissons prédateurs introduits par accident il y a un demi-siècle. Aujourd’hui, 15 des poissons indigènes ont disparu et les deux restants sont gravement menacés, voire ont possiblement disparu. Qui plus est, la surpêche, la pollution et la déforestation ont « massivement changé » l’écosystème du lac, souligne Craig Hilton-Taylor.

Parmi les espèces menacées figure aussi le tucuxi ou dauphin de l’Orénoque. Ce mammifère, que l’on retrouve dans l’Amazone, est en danger parce que sa population est victime des filets de pêche dans lesquels ils se noient, des installations de barrage ou encore de la pollution. Ce sont maintenant les quatre espèces de dauphins d’eau douce qui se retrouvent sur la liste des espèces en danger, y compris le baiji ou dauphin de Chine que l’on trouve uniquement dans le fleuve Yang- Tsé-Kiang et dont on craint même qu’il soit éteint.

L’espoir du bison d’Europe

Malgré tout, certains points sont positifs. Ainsi, 26 espèces de la liste rouge reprennent du poil de la bête. Parmi elles, le bison d’Europe, qui vient de passer de la catégorie « quasiment menacée » à la catégorie « vulnérable ».

Le plus gros mammifère du Vieux continent n’a survécu qu’en captivité avant d’être réintroduit dans la nature dans les années 1950. Aujourd’hui, les efforts intensifs ont permis de passer d’une population de 1.800 têtes en 2003 à 6.200 en 2019 avec 49 troupeaux en liberté. « C’est une bonne nouvelle et elle montre que les efforts de conservation peuvent changer le cours des choses », se réjouit Craig Hilton-Taylor.