CO2 : Les émissions mondiales ont baissé en 2020 sous l’effet des confinements… mais de 7 % seulement

CLIMAT C’est l’estimation provisoire que donne ce vendredi le Global carbon project. Trop peu, détaille le climatologue Philippe Ciais, qui voit dans la pandémie un simple répit, « loin encore d’être confirmé », dans la croissance des émissions de CO2

Fabrice Pouliquen

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Les cheminées de la centrale électrique au charbon de Jeffrey Energy Center, aux Etats-Unis.
Les cheminées de la centrale électrique au charbon de Jeffrey Energy Center, aux Etats-Unis. — Charlie Riedel/AP/SIPA
  • Comme chaque fin d’année, le Global carbon project (GPC), consortium international de 86 chercheurs, publie son bilan annuel des émissions mondiales de CO2.
  • Avec une question dans toutes les têtes cette année : quel impact a eu le Covid-19 sur les émissions mondiales ? Le GPC estime à 7 % la baisse des émissions en 2020 par rapport à 2019. Elle a été plus prononcée encore en Europe et aux Etats-Unis.
  • La pandémie a donc permis de rompre la trajectoire de hausse annuelle continue. « Mais 7 %, ça reste trop peu pour avoir un quelconque impact sur la concentration de CO2 dans l’atmosphère », souligne le climatologue Philippe Ciais.

Chaque fin d’année, à l’approche des COP, ces sommets de l’ONU dédiés au climat, le Global carbon project (GPC), consortium international de 86 chercheurs, publient le bilan annuel estimé des émissions mondiales de CO2 de l’année précédente, liées aux activités humaines.

Autrement dit, dans l’article qu’il publie ce vendredi, le Global carbon project aurait dû s’appesantir sur 2019. Au final, il en a été assez peu question lors du décryptage dressé ce jeudi par Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE), l’un de ces 86 chercheurs. Juste le temps de rappeler qu’en 2019, « les émissions de CO2 sont restées à peu près stables à l’échelle globale, avec une augmentation de 0,1 % par rapport à 2018 ».

Une hausse, certes, mais moins forte

Pour être tout à fait clair, le Global carbon project se focalise sur le dioxyde de carbone, excluant les autres gaz à effet de serre émis par les activités humaines, comme le méthane. Et ce + 0,1 % ne recouvre que les émissions de CO2 dites fossiles, c’est-à-dire liées à la combustion de ressources extraites du sol (charbon, pétrole, gaz naturel) que nous utilisons comme énergie. Pour se déplacer, se chauffer, faire tourner nos industries…. Ne sont donc pas prises en compte les émissions liées au changement d’affectations des sols (destructions de prairies, de forêts), qui libèrent aussi leur part de CO2 dans l’atmosphère.

Tout de même, ces émissions de CO2 fossiles sont un indicateur parlant pour savoir si la communauté internationale se trouve sur la bonne trajectoire pour limiter le réchauffement climatique à 2 °C d’ici à 2100 *, comme elle s’y est engagée en signant l’accord de Paris sur le climat. Dans ce + 0,1 %, il y a du mieux : le rythme de croissance annuelle des émissions de CO2 a faibli par rapport aux deux précédentes années. L’augmentation était de 2,1 % en 2018 (par rapport à 2017) et de 1,5 % en 2017 (par rapport à 2016).

L’an passé, le Global carbon project avait anticipé ce ralentissement en l’expliquant par deux facteurs. D’une part, des performances économiques de la Chine et de l’Inde plus faibles que prévu, ce qui a réduit la demande en électricité de ces deux gros émetteurs. D’autre part, la baisse mondiale continue de l’utilisation de charbon, énergie au lourd bilan carbone. « Le principal ennemi aujourd’hui dans la lutte contre le changement climatique », glisse Philippe Ciais.

Une chute d’au moins 7 % prévue pour 2020

Et pour 2020 ? A vrai dire, c’est surtout sur ce millésime, si inédit en raison de la pandémie de Covid-19, que s’étend le GCP cette année. Avec une grande question : quel impact les confinements ont-ils eu sur les émissions mondiales de gaz à effet de serre ? « Les différentes méthodes mises au point pour tenter de mesurer ce phénomène permettent de conclure à une baisse de 7 % », indique Philippe Ciais. Cette diminution est prononcée aux États-Unis (- 12 %), dans l’UE (- 11 %) et en Inde (- 9 %), note le Global carbon project. Dans ces régions, l’effet des restrictions liées au Covid-19 s’ajoute à une tendance précédente marquée par un recul du charbon au profit du gaz naturel, moins émetteur de gaz à effet de serre. « Cette tendance s’est poursuivie en 2020, le gaz naturel restant peu cher», précise Philippe Ciais.

A l’inverse, la baisse des émissions a été moins prononcée en Chine (- 1,7 %), où les mesures de restriction ont été prises au début de l’année et ont été plus limitées dans le temps. « Dès avril, les émissions chinoises avaient récupéré les niveaux des années précédentes », observe Philippe Ciais.

Ces estimations restent provisoires. Le GCP doit publier d’ici à la fin de la semaine de nouveaux chiffres prenant en compte la deuxième vague de confinement. « Mais celle-ci a surtout concerné l’Europe, assez peu l’Amérique du sud et encore moins l’Asie, précise le chercheur au LSCE. On sera peut-être sur une baisse finale de 8 %. »

« Trop faible pour avoir un impact sur la concentration de C02 »

Bonne nouvelle ? D’un côté, la pandémie a permis de rompre la trajectoire de hausse continue, depuis 2009, des émissions. « Mais cette baisse est trop faible pour avoir un quelconque impact sur la concentration de CO2 dans l’atmosphère », précise Philippe Ciais. D’autant plus que cette concentration ne dépend pas seulement des quantités de CO2 émises chaque année. Entrent aussi dans l’équation les puits de carbone naturels – les océans, les sols, les forêts –, qui captent une partie du CO2 dans l’atmosphère*. Pas qu’un peu, « de l’ordre de 54 % des émissions », évalue, pour 2020, le Global carbon project. « Ces capacités d’absorption peuvent varier fortement d’une année sur l’autre, en fonction notamment des conditions climatiques, reprend Philippe Ciais. Si bien que la baisse de 7 % des émissions enregistrée en 2020 pourrait être très vite annihilée. »

Cette diminution est aussi trop faible pour nous mettre sur la trajectoire de l’accord de Paris. Philippe Ciais renvoie à ce sujet vers l’Emissions Gap Report, publié mercredi par l’ONU. « Il estime qu’il faudrait baisser de 25 % nos émissions actuelles d’ici à 2030 pour rester sous les 2 °C d’augmentation, et même de 40 % pour être sur la trajectoire des 1,5 °C », détaille-t-il.

Quelques signes prometteurs

Le Global carbon project n’invite pas pour autant à voir tout en noir. « Cinq ans après l’adoption de l’accord de Paris, la croissance des émissions mondiales de CO2 commence à s’essouffler, pointe l’étude. Entre 2010 et 2019, elles ont diminué de manière significative dans 24 pays dont l’économie est restée en croissance. » La hausse moyenne mondiale de ces émissions, sur cette décennie, a été de 0,9 % par an – ce qui représente tout de même une augmentation de 3,3 milliards de tonnes de CO2 au total. Mais le rythme était de 3 % par an la décennie précédente, entre 2000 et 2009.

La pandémie de Covid-19 invite aujourd’hui à aller plus loin. « Même si les activités humaines ont été perturbées en 2020, elles ne se sont pas arrêtées non plus, mais se sont modifiées, en nécessitant toujours de consommer de l’énergie, retient Philippe Ciais. L’enjeu n’est donc pas d’aller vers zéro activités humaines, mais de parvenir à les décarboner. » Une invitation à ne pas rater les plans de relance. , comme l' a réclamé l'ONU​ cette semaine.