Occitanie : Le silure, ce mastodonte qui met en danger les poissons migrateurs de la Garonne

BIODIVERSITE Une étude menée par un chercheur toulousain montre que ce monstre des cours d'eau est un prédateur nuisible pour les poissons migrateurs de la Garonne

Béatrice Colin
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un silure à l'affut.
un silure à l'affut. — M. Royon / Wikimedia Commons
  • Alors que les poissons migrateurs ont vu leur effectif baisser ces dernières années dans les cours d’eau français, le silure participe à cette tendance.
  • Ce poisson géant, introduit il y a près de trente ans, prédate les saumons de la Garonne mais aussi l’alose selon une dernière étude.
  • Un poisson non classé nuisible et qui est très recherché par les pêcheurs.

C’est un trophée que les pêcheurs en eau douce aime afficher en une de leur page Facebook. Depuis plusieurs années, le silure est une proie de choix pour les sportifs de la canne à pêche, en particulier ceux qui officient dans les eaux de la Garonne où ce mastodonte a pris ses aises, atteignant parfois les 2,5 m de long.

Ce prédateur, introduit il y a près d’une trentaine d’années dans les rivières et fleuves français, est suivi de près par les scientifiques depuis une décennie. Car son arrivée n’est pas sans conséquence sur les autres espèces.



Il y a deux ans, des membres du laboratoire Ecologie fonctionnelle et environnement (EcoLab) de Toulouse avaient déjà démontré que ce poisson était capable de s’organiser pour chasser les saumons de la Garonne. Et même de s’en prendre à des pigeons lorsqu’il en avait l’opportunité.

Mais le poisson migrateur n’est pas la seule victime du silure, selon la dernière étude menée par le même laboratoire et publiée récemment dans l'Aquatic Chemical Ecology. L’alose fait aussi partie des proies de choix du mastodonte. Et c’est à un moment bien précis que le prédateur décide d’attaquer : lors de sa reproduction. Les scientifiques ont pu s’en apercevoir en filmant les lieux où les couples remontent à la surface la nuit et, dans une espèce de vortex particulier, laissent échapper des bulles. Un moment d’accouplement, en aval du barrage de Golfech, où ces poissons sont plus vulnérables.

L’alose, espèce en diminution

« Depuis plusieurs années, l’alose est en forte diminution à cause des barrages, de la surpêche ou de la pollution et elle fait l’objet d’un moratoire depuis 2008. Il y a un suivi, et les associations entendaient lors de la période de reproduction un bruit particulier, mais impossible de voir quoi à l’œil nu. Avec les caméras, nous avons clairement vu qu’il s’agissait de silures attaquant les aloses », indique Frédéric Santoul du laboratoire, spécialisé dans l’impact de ces espèces introduites sur celles endémiques.

Cette prédation semble efficace, car sur 250 silures pêchés dans la Garonne, 80 % avaient de l’alose dans leur estomac. Or si on estimait les effectifs de l’alose dans les années 1980 de 100.000 à 300.000 spécimens, aujourd’hui on en compterait que quelques milliers. « Elle est déjà fragilisée et n’avait jusqu’à présent pas de prédateur en eau douce. L’arrivée du silure est un problème qui se poserait différemment s’il y avait 500.000 aloses, elles pourraient alors s’adapter. Mais là, s’il n’est pas le seul responsable, le silure peut faire basculer la situation », estime le scientifique.

Et la question de le classer nuisible se pose. Un rapport sorti cet été montre qu’entre 1970 et 2016, la population de poissons migrateurs a baissé de 76 %, soit une baisse annuelle de 3 % chaque année. Aujourd’hui, les pêcheurs qui capturent ces malabars des cours d’eau viennent parfois de très loin. Et finissent souvent par les relâcher car sa chair n’est pas un mets goûteux et recherché.

Comme les silures peuvent vivre plus de 50 ans et s’adapter à leurs milieux, vu leur taille ils se retrouvent rapidement sans prédateur. « Dans la partie aval de la Garonne, on estime qu’il y en a 40.000, en moyenne c’est une dizaine par hectare. S’ils s’attaquent aux poissons migrateurs, par contre les attaques contre les hommes sont rarissimes et ils ont de toutes petites dents », rassure Frédéric Santoul, par ailleurs enseignant-chercheur à l’Université Paul-Sabatier.