Coronavirus : La crise du Covid-19 a-t-elle mis un coup d’arrêt à la lutte pour le climat ?

CHANGEMENT CLIMATIQUE Si l’Europe semble faire partie des bons élèves face à la transition énergétique, les indicateurs, eux, prêtent au pessimisme

Lucie Bras

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Un manifestant du groupe Extinction Rébellion, qui milite pour le climat, en septembre 2020 à New York.
Un manifestant du groupe Extinction Rébellion, qui milite pour le climat, en septembre 2020 à New York. — John Lamparski/Sipa USA/SIPA
  • Les indices du réchauffement de la planète se multiplient dans le monde, en pleine pandémie de coronavirus.
  • Si la première vague au printemps a marqué un temps d’arrêt dans la lutte pour le climat, elle a depuis repris notamment en Europe, où un budget inédit sera consacré à la relance verte.
  • Pour autant, la crise économique pourrait freiner ces ambitions.

Virus, vaccin, pandémie, tests, confinement… Depuis neuf mois, un nouveau vocabulaire a envahi notre quotidien, au risque d’étouffer l’urgence du « monde d’avant », celle du climat. Pourtant, le changement climatique n’a pas disparu pendant l’épidémie, au contraire.  Le mois de novembre 2020 a été le plus chaud jamais enregistré dans le monde, 2020 est en passe de devenir une année record. La lutte climatique a-t-elle perdu du terrain en pleine pandémie ?

Pour y répondre, retour en mars 2020. Face à l’épidémie émergente, la sidération est alors mondiale et paralyse les avancées climatiques. Mais pas pour longtemps. « C’était un blocage temporaire. Le travail a repris depuis. Un sommet européen, qui se tient dès jeudi, devrait d’ailleurs permettre de valider un nouvel objectif de réduction des émissions européennes », observe Carole Mathieu, chercheuse au centre énergie et climat de l’Institut français des relations internationales (IFRI). La Commission européenne a en effet proposé une réduction des émissions de l’UE d’au moins 55 % d’ici à 2030.

Dans certains pays, « la crise climatique n’est pas une priorité »

Avec la crise, on aurait pu penser que l’Europe allait repousser les échéances climatiques. « On voit que ce n’est pas le cas. Aujourd’hui, l’Europe réfléchit à accélérer sur le renforcement de ces normes », indique la chercheuse, qui y voit aussi un rôle joué par « la pression de la société civile ». Pour se relancer après l’épidémie, l’Union européenne est d’ailleurs en passe de valider un budget inédit à 750 milliards d’euros, dont un tiers de mesures vertes.

Mais si la situation semble aller dans la bonne direction sur le Vieux continent, elle est plus mitigée ailleurs. « Pour les pays en développement et les Pays les moins avancés (PMA), c’est extrêmement difficile, car la crise sanitaire se rajoute à une situation économique compliquée. La crise climatique n’est pas dans la priorité du moment. Certains pays affichent des objectifs plus élevés, comme le Rwanda, mais ça reste une exception. On est bien conscient du fait qu’on ne va pas pouvoir aller aussi loin qu’on le voulait », déplore Vanessa Laubin, consultante internationale climat et territoires.

« Dans notre métier, il y a besoin d’aller dans le fond des sujets. Et quand on n’est pas sur place, c’est plus difficile de faire passer des idées. On a plus de mal à mobiliser les ministres sur ces sujets, par exemple », déplore-t-elle.

Le G20 déçoit sur le climat

Un manque de mobilisation qui s’illustre aussi dans des pays aisés. Selon 14 instituts de recherche, les pays du G20 ont annoncé dans leurs plans de relance au moins 234 milliards de dollars d’argent public en faveur des énergies fossiles et… 151 milliards pour les énergies propres. La France, elle, met 100 milliards d’euros sur la table, dont 30 milliards en faveur de la transition écologique, mais seulement 20 % des propositions de la Convention citoyenne sur le climat (CCC).

Pas suffisant pour Greenpeace. « Durant le premier confinement, on avait eu cette vertu d’interroger notre fonctionnement, d’ouvrir notre imaginaire et de repenser l’avenir. Même Emmanuel Macron disait que le jour d’après ne ressemblerait pas au jour d’avant. Aujourd’hui, on s’aperçoit qu’on est revenus au business as usual », critique Clément Sénéchal, chargé de campagne sur les politiques climatiques pour l’ONG.

Un futur chaud et carboné

« Le gouvernement se sert de la crise sanitaire pour écarter tous les changements structurels proposés par la CCC, par exemple, reprend-il. Avec comme argument : "comme c’est la crise, ce n’est pas le moment de réguler". Quand on investit dans les voitures thermiques, comme le promet le gouvernement, on est en train de s’embourber dans des trajectoires à haute intensité carbone pour des années. »

Pour Carole Mathieu, « ces dépenses sont limitées dans le temps alors que l’effort d’investissement doit être maintenu à un niveau élevé sur longue durée. Est-ce que ce sera suffisant ? Ça reste à voir ». Les chiffres n’incitent pas à l’optimisme. Un nouveau rapport de l’ONU prévoit un effet « insignifiant » de la pandémie sur le réchauffement climatique, malgré une baisse de 7 % des émissions mondiales pendant le confinement. Et la planète file toujours vers 3°C de réchauffement d’ici à 2100, bien au-delà de ce qu’espéraient les Etats.