Alsace : « Cette fissure n’était pas là »… Le séisme de vendredi dernier a fait des dégâts

REPORTAGE A La Wantzenau, commune la plus proche de l'épicentre, une « soixantaine » de personnes ont déjà signalé des problèmes sur leurs habitations

Thibaut Gagnepain

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Jean-Pierre en est certain, « cette fissure, elle n'y était pas avant ». Pas avant le séisme de vendredi.
Jean-Pierre en est certain, « cette fissure, elle n'y était pas avant ». Pas avant le séisme de vendredi. — T. Gagnepain / 20 Minutes
  • Vendredi matin à 6h59, un séisme d’une magnitude de 3,59 sur l’échelle de Richter a secoué l’Alsace. En particulier le nord de Strasbourg.
  • La Wantzenau, une ville de près de 6.000 habitants au nord-est de Strasbourg était la commune la plus proche de l’épicentre.
  • Depuis, de nombreux habitants signalent des fissures sur leurs habitations. L’exploitant du site de géothermie voisin a ouvert un site pour recueillir leurs doléances voire les indemniser.

EDIT du 9 décembre 2020 : la centrale géothermique à l'origine des séismes dans la région de Strasbourg a été fermée. Notre article à lire ici

« J’ai cru que c’était un camion qui rentrait dans la maison ». Plus de trois jours après la secousse, cette habitante de La Wantzenau n’a pas oublié le séisme de vendredi dernier en Alsace. L’octogénaire, qui a toujours habité cette commune à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Strasbourg, n’avait jamais eu la même frayeur. « Pourtant, il y en a eu d’autres dans le coin, mais jamais aussi fort [3,59 sur l’échelle de Richter] », lui souffle sa voisine Corinne.

Elle est venue lui rendre visite car elle a repéré… des fissures sur sa façade bleue. « Ah bon, où ça ? », s’interroge la retraitée, avant de se rendre à l’évidence derrière sa maison. « Mon Dieu ! Celle-là, elle n’y était pas, j’en suis sûre », s’exclame-t-elle en montrant une brèche verticale de deux à trois mètres. Pas profonde mais réelle. Comme dans d’autres constructions alentour.

Chez Corinne, elles sont nombreuses. A commencer par cette longue craquelure au-dessus de sa porte. « Je vis dans une partie de grange [rénovée] qui date d’avant 1945. A cette époque-là, il n’y avait pas de fondations antisismiques. Le bâtiment a dû pas mal trinquer », estime le quinquagénaire, qui a depuis vendredi signalé les crevasses à son bailleur social et espère maintenant la venue d’un expert.

Corinne a fait le tour de sa maison vendredi après-midi. Elle a repéré plusieurs fissures.
Corinne a fait le tour de sa maison vendredi après-midi. Elle a repéré plusieurs fissures. - T. Gagnepain / 20 Minutes

En attendant, elle avoue son inquiétude après ce dernier séisme. Dans son viseur : la géothermie, dont les puits voisins du site de Reichstett-Vendenheim sont directement responsables de la dizaine de tremblements de terre enregistrés depuis fin octobre dans la région. « Il faut que ça s’arrête maintenant, on a eu assez de signaux. Tant que Fonroche [l’exploitant] continuera, je ne serai pas tranquille. »

Un avis partagé par de nombreux habitants… et élus. L'opposition strasbourgeoise a très vite demandé l'abandon du projet, rejointe un peu plus tard par la présidente de l’eurométropole strasbourgeoise, Pia Imbs. A La Wantzenau, la maire Michèle Kannengieser est sur la même longueur d’onde. « Il faut fermer le forage. L’Etat doit prendre ses responsabilités car ce n’est plus acceptable d’un point de vue de la sécurité », lance l’édile.

« Les gens n’ont jamais fait autant le tour de chez eux »

Depuis le séisme, elle recueille les doléances de ses administrés. Une « soixantaine » se serait déjà fait connaître. A chaque fois, la maire les a renvoyés vers Fonroche, où toute réclamation peut-être déposée sur le site geoven.fr, mais aussi vers leurs assurances personnelles. « Comme ça, ils auront deux avis d’expert, je ne veux pas qu’il y ait de doutes », explique Michèle Kannengieser, qui promet aussi de « faire le tour des maisons ». Avec un œil plutôt averti puisqu’elle dirigeait un bureau d’études en ingénierie du bâtiment avant de prendre ses fonctions municipales.

Son ancienne fonction lui fait déjà penser aujourd’hui que certaines fissures existaient avant les secousses. « Les gens n’ont jamais fait autant le tour de chez eux qu’actuellement mais c’est normal car ils ont eu très peur. Après, le plus dangereux n’est pas toujours ce qu’on voit… Mais je suis certaine que certaines constructions, en particulier les anciennes granges, ont souffert. Pas trop les maisons typiques à colombages car elles sont de conception tridimensionnelle. En clair, elles forment un bloc élastique. »

Dans une rue de La Wantzenau, ville assez cossue au nord-est de Strasbourg où se côtoient maisons à colombages et constructions plus récentes.
Dans une rue de La Wantzenau, ville assez cossue au nord-est de Strasbourg où se côtoient maisons à colombages et constructions plus récentes. - T. Gagnepain / 20 Minutes

Ce n’est pas le cas de celle de Jean-Pierre, construite « dans les années 1975 » sur les bords de la rivière Ill. Derrière les échafaudages, le septuagénaire reste convaincu de l’apparition nouvelle de certaines fêlures. « Je ne veux pas mentir mais cette façade n’avait rien du tout. Cette fissure n'était pas là. Et maintenant, ça ne risque pas de s’arranger. Je n’étais pas contre la géothermie mais maintenant, j’ai plus de doutes… »