Arcachon : Ver marin, pluies abondantes… Plusieurs suspects pour expliquer la surmortalité des huîtres, mais l’enquête piétine

ENVIRONNEMENT Un ver plathelminthe prolifère depuis cet automne dans le bassin d'Arcachon, mais est-il responsable de la mortalité des huîtres du bassin, deux fois supérieure à la normale cette année ?

Mickaël Bosredon

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Illustration d'ostréiculteurs dans un parc à huîtres.
Illustration d'ostréiculteurs dans un parc à huîtres. — S. ORTOLA / 20 MINUTES
  • La mortalité des huîtres atteint cette année des niveaux records sur le bassin d’Arcachon.
  • Les explications pourraient être multiples, et sont en cours d’analyse, comme la présence de ce ver marin qui prolifère dans les coquilles vides ou les huîtres moribondes depuis l’automne.
  • Reste à savoir s’il s’agit d’une espèce prédatrice ou nécrophage.

« Cela commence à faire beaucoup pour les ostréiculteurs », lâche un spécialiste. Après l’interdiction de vente à la cabane puis la fermeture des restaurants  en raison des deux confinements, les ostréiculteurs d’Arcachon (Gironde) sont en train d’essuyer une vague de mortalité des huîtres qui se poursuit cet automne. Un phénomène complètement inhabituel à cette époque de l’année.

Conséquence ? La mortalité atteint cette année des niveaux records, de l’ordre de 65 % pour les huîtres d’un an (contre 31 % d’ordinaire), de 21 % pour les huîtres de deux ans (contre 9 %), et de 18 % pour celles de trois ans (contre 9 %). Il n’y aura pas de problème de pénurie pour les fêtes de fin d’année, assurent les ostréiculteurs, mais le coup est rude.

Le plathelminthe apparu dès la fin du mois d’août

Reste maintenant à connaître le responsable. Les suspects sont nombreux, et aucune hypothèse n’a pu être définitivement validée ou écartée à ce jour. Parmi eux, la présence d’un ver marin, un plathelminthe, observé à partir de la fin du mois d’août, donne du fil à retordre aux spécialistes.

« Nous avons été contactés par le comité régional de la conchyliculture sur la présence de ce ver, dans des coquilles d’huîtres mortes ou moribondes, explique à 20 Minutes Elvire Antajan, chercheuse à l’Ifremer (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer) spécialisée en écologie du zooplancton, et responsable du laboratoire environnement ressources d’Arcachon. J’ai pu immédiatement identifier qu’il s’agissait d’un plathelminthe, mais malheureusement nous n’avons pas de spécialiste en France de cet embranchement. Nous avons donc contacté des collègues espagnols à qui nous avons envoyé des échantillons pour analyse. » L’étude est en cours et les résultats sont attendus d’ici la fin de cette semaine.

« Pour l’instant, nous n’avons pas constaté de prédation directe »

« La question que l’on se pose, poursuit la scientifique, est de savoir si ce ver plat est une espèce prédatrice à l’origine des importantes mortalités d’huîtres, comme c’est le cas de certains individus de ce groupe, ou si c’est une espèce opportuniste et nécrophage, qui profite de la quantité importante d’huîtres moribondes pour proliférer. Evidemment, les conséquences ne seraient pas les mêmes. »

« La prolifération de ce ver depuis cet automne est assez significative pour qu’on le remarque, poursuit Thierry Lafon, le président du comité régional conchylicole Arcachon-Aquitaine (CRC). Maintenant, nous avons hâte de savoir s’il y a un lien de cause à effet avec la mortalité des huîtres, sachant que ce ver, que l’on connaît depuis longtemps, regroupe plusieurs spécimens qui ont des comportements alimentaires très différents. Mais pour l’instant, nous n’avons pas constaté de prédation directe. »

Les importantes pluies du printemps en cause ?

« Si c’est une espèce prédatrice, il faudra déterminer si elle est connue dans la région, ou si elle a été importée récemment, ajoute Elvire Antajan. Et si c’est une espèce opportuniste, la question de savoir pourquoi les huîtres meurent autant cette année restera ouverte… » A ce stade de l’enquête, il est toutefois important de souligner que le ver n’a pas été trouvé dans des huîtres en bonne santé, et qu’il n’y a donc aucun problème de consommation des mollusques.

Les importantes pluies du printemps, qui ont engendré une crue exceptionnelle de la Leyre, avec des dessalures très importantes notamment dans la partie ouest du bassin, pourraient également être responsables de la surmortalité. « Les mortalités que l’on observe ne sont pas en correspondance avec les dessalures, il est donc difficile de faire un lien, nuance la scientifique, même si ces dessalures ont aussi pu entraîner un affaiblissement des huîtres les rendant plus sensibles à d’autres types de maladies. »

L’Ifremer a également procédé à des analyses « pour voir s’il y avait des parasites connus ». Là encore, les résultats devraient être connus sous peu. L’enquête sur la mortalité des huîtres, va donc peut-être bientôt toucher à son but.