Les cigognes sont-elles devenues un « fléau » en Alsace ?

TELEVISION Un documentaire, diffusé sur Arte dimanche midi, revient sur l’histoire mouvementée de la cigogne en Alsace

Thibaut Gagnepain

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Des cigognes (illustration)
Des cigognes (illustration) — G. Varela \ 20 Minutes
  • Est-ce que vous savez tout sur les cigognes en Alsace ? Pas sûr. Un documentaire d’Arte s’intéresse au fameux animal.
  • Qu’y apprend-on ? Que l’histoire récente de l’échassier n’est pas si limpide. Il avait par exemple presque disparu de la région il y a une cinquantaine d’années.
  • Réintroduites, les cigognes en liberté sont aujourd’hui plus de 1.500 en Alsace. Est-ce trop ? Certains habitants le pensent.

Un emblème, un étendard même ! La cigogne est bien plus qu’un simple oiseau en Alsace. Le réalisateur Jean-Luc Nachbauer lui a consacré un documentaire, L'Alsace, terre de cigognes, diffusé sur Arte dimanche (11h55) et déjà accessible sur le site de la chaîne. « Il y a 1.000 vérités sur les cigognes », témoigne-t-il, lui qui a choisi de s’intéresser « au présent et au futur de ces animaux ». Sans oublier de revenir sur un passé récent… où les échassiers avaient quasiment disparu du paysage local. On vous raconte tout ça.

« Une dizaine de couples en 1974 »

Incroyable mais vrai. Il y a une petite cinquantaine d’années en Alsace, les cigognes blanches se comptaient sur les doigts de pieds et mains. Pourquoi ? « C’était la migration qui posait un problème. Alors qu’on s’attendait à voir revenir, chaque année, 40 % des jeunes, ils étaient moins de 10 % », explique Gérard Wey. Beaucoup mouraient sur le chemin du retour d’Afrique… ou électrocutées sur les lignes non sécurisées à l’époque. « La création du canal du Rhin au 19e siècle avait déjà commencé à modifier le paysage et leur habitat », complète l’ancien directeur de l’Aprecial, l’association de protection et de réintroduction des cigognes dans la région. Elle s’est auto dissoute en 2016 : sa mission était accomplie avec une population d’échassiers de nouveau conséquente. Loin de la « dizaine de couples restants en 1974 ».

« Une méthode soft » de réintroduction

Près de 200 jeunes cigogneaux venus du Maghreb répartis dans une vingtaine d’enclos pendant trois ans afin de les sédentariser. Dit comme ça, la méthode choisie peut paraître violente. « Elle est soft », réagit Patrick Barbier, l’ancien président d’Alsace Nature. « Les cigognes ont juste été mises dans des volières et n’ont pas perdu leur instinct migratoire. On l’a vu avec leurs jeunes », complète celui qui est aussi le maire de Muttersholtz (Bas-Rhin), l’une des communes où il y a aujourd’hui le plus d’échassiers. Car ceux-ci sont maintenant bien installés dans la région. Ils s’y plaisent de nouveau avec nourriture et nids… installés par l’homme ! Pourquoi ? « Car la cohabitation avec l’homme demande une certaine sécurisation », répond Gérard Wey. Avec l’entreprise familiale de Jean-Luc Misbach, ils ont donc fabriqué ces supports en acier garnis ensuite par des branches de saule, du foin et du crottin de cheval. « C’est leur chauffage central », imagent avec humour les créateurs, qui installent ces vastes nids un peu partout dans la région et dans les pays frontaliers. Résultat, les cigognes restent et se reproduisent. Trop ? Il y aurait aujourd’hui près de 900 couples en liberté dans la région, ce qui ne plaît pas à tout le monde.

La population « va sans doute diminuer et se stabiliser »

Le documentaire pose la question, les cigognes sont-elles devenues un « fléau » pour l'Alsace ? « Le terme est exagéré », juge un habitant du quartier de l’Orangerie, à Strasbourg, où de nombreux riverains se plaignent des déjections. Dans certains villages, c’est davantage le danger des nids sauvages de l’oiseau qui sont pointés du doigt. Comme à Raedersdorf ( Haut-Rhin), où un nid a été repéré au-dessus de la cheminée de l’école. « L’endroit est très instable, l’emplacement est problématique, ça pourrait s’écrouler », avoue le maire Jean-Marc Metz, sans en vouloir particulièrement à l’espèce. Selon Yvon Le Maho, elle devrait de toute façon se réguler elle-même à terme. « Dans toute population d’animaux sauvages, sans intervention humaine, un équilibre se crée, explique le directeur de recherche émérite au CNRS. Il y a une forte augmentation de la population de cigognes blanches en Alsace, mais elle va sans doute diminuer et se stabiliser dans les années qui viennent. Il faut laisser faire la nature. »

Pourquoi les nids de cigognes sont-ils si grands ?

Vu d’en bas, c’est souvent impressionnant. Les nids de cigognes installés par l’homme mesurent près de 1,50 mètre de diamètre. Pourquoi ? « Quand la cigogne est perchée au milieu, elle doit pouvoir, en allongeant son cou, faire tout le tour du nid avec son bec, pour repousser des prédateurs ou des congénères envahissants », répond Gérard Wey, qui a contribué à élaborer les modèles.