Gironde : « Maintenant dans le Médoc, tous les grands crus classés préviennent le voisinage avant de traiter »

SANTE Depuis l’intoxication d’une enseignante et de ses élèves après des épandages répétés près d’une l’école en 2014, la communication entre riverains et viticulteurs se serait améliorée dans le Bordelais

Elsa Provenzano

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Des épandages de pesticides sont soupçonnés d'avoir provoqué des malaises dans une école de Villeneuve-de-Blaye en Gironde.
Des épandages de pesticides sont soupçonnés d'avoir provoqué des malaises dans une école de Villeneuve-de-Blaye en Gironde. — ALLILI MOURAD/SIPA
  • L’affaire de l’intoxication, en 2014, d’une enseignante et de ses élèves après un épandage près d’une école de Gironde a abouti à la condamnation récente des châteaux concernés.
  • Si l’interprofession viticole assure qu’elle fait des efforts depuis plus longtemps, cette affaire a contribué à faire bouger les lignes.
  • Pour la prochaine campagne de traitement, l’interprofession girondine va annoncer de nouvelles mesures de communication avec les riverains.

Les épandages de pesticides près des zones dites sensibles, écoles ou zones d’habitation, est un sujet délicat dans toutes les régions viticoles. Dans le Bordelais, une affaire a particulièrement renforcé les inquiétudes sur l’exposition aux fongicides. En 2014, une enseignante et 23 élèves ont été intoxiqués à Villeneuve-de-Blaye, après des épandages réalisés plus tôt dans la journée. « Il y avait eu un traitement à 8h du matin, un autre à 11h et encore un à 15h : l’école était vraiment prise en stéréo », estime François Ruffié, avocat de la Sepanso qui s’est porté partie civile dans cette affaire avec Générations futures. 

La cour d'Appel de Bordeaux vient de condamner ce 18 novembre à des amendes les deux châteaux qui avaient épandu ce jour-là, alors qu’en première instance ils avaient été relaxés. Le délai pour un pourvoi en cassation a été dépassé. « Si on est de nouveau face à des excès, comme cela a été le cas à Villeneuve-de-Blaye, il y aura la possibilité de déposer plainte à la gendarmerie car il y a ce texte du Code rural qui a été appliqué par la Cour d’appel de Bordeaux », apprécie le conseil de la Sepanso. Une application qui vaut reconnaissance et augure une jurisprudence en la matière.

Davantage de dialogue

L’avocat estime que le discours de la viticulture et des organismes professionnels a changé, leurs actes pas toujours. Néanmoins, les viticulteurs semblent davantage enclins à prévenir avant de traiter.

Christophe Chateau, directeur de la communication du conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB), s’empresse de préciser que le système de management environnemental (SME) qui recommande de recevoir les riverains pour leur expliquer pourquoi il faut traiter et les informer des horaires remonte à 2010. Il souligne aussi que ce n’est pas une obligation légale de prévenir les riverains mais que c’est encouragé par la profession pour apaiser les relations.

« Maintenant dans le Médoc, tous les grands crus classés préviennent le voisinage », se félicite maître François Ruffié. Ce que stipule aussi clairement le texte du Code rural, c’est que les viticulteurs doivent s’enquérir de la puissance du vent avant de traiter, à l’aide d’un anémomètre. « Et ce qui a été au cœur des débats, ce sont les moyens inappropriés pour l’épandage. Il ne faut pas que les produits quittent les parcelles », relève l’avocat de la Sepanso.

« Si on ne traite pas, on n’a pas de vin »

« Il y a aussi des néoruraux qui viennent pour la vue sur les vignes mais qui ne veulent pas y voir de tracteurs, s’agace Christophe Chateau. Si on ne traite pas on n’a pas de vin, il faut le rappeler ». Ces dernières années, la profession a mis sur pied une stratégie de développement durable pour réduire l’usage des pesticides et notamment des plus dangereux, les tristement célèbres CMR (cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques). « Il y a dix ans, il y avait 30 % de CMR sur le volume total des traitements et aujourd’hui 8 %, avance le directeur de la communication du CIVB. Le viticulteur ne traite pas par plaisir et c’est lui le premier exposé ».

Début mars, avant la prochaine campagne de traitements du printemps, l’interprofession va annoncer une nouvelle façon de fonctionner qui devrait encore améliorer la communication avec les riverains.