Bbio, fin du gaz, confort d’été, bois… Que prévoit la nouvelle réglementation pour réduire l’empreinte carbone de nos bâtiments ?

LOGEMENT A la RT 2012, en vigueur depuis 2013 et qui régit les normes thermiques des bâtiments neufs en France, doit succéder une nouvelle réglementation à l’été 2021. C’est la RE2020, que les ministres de la Transition écologique et du Logement ont présentée ce mardi matin

Fabrice Pouliquen
— 
La RE 2020, nouvelle réglementation pour la construction de bâtiments neufs en France, entrera en vigueur à l'été 2021 (Photo illustration).
La RE 2020, nouvelle réglementation pour la construction de bâtiments neufs en France, entrera en vigueur à l'été 2021 (Photo illustration). — DURAND FLORENCE/SIPA
  • Barbara Pompili et Emmanuelle Wargon présentent cette nouvelle réglementation comme « une révolution » pour le monde de la construction. Cette RE 2020 fixe notamment des objectifs forts de sobriété énergétique par rapport à la RT 2012.
  • En parallèle, la RE2020 fixera un seuil maximal d’émissions de gaz à effet de serre des consommations d’énergie. « Des seuils très bas qui excluent de fait des systèmes utilisant exclusivement du gaz », précise Barbara Pompili.
  • Autre nouveauté : la prise en compte du confort d’été, autrement dit du besoin de froid dans les bâtiments en prévision des canicules, annoncées plus fréquentes à l’avenir. Explications.

A quoi ressembleront les bâtiments de demain ? Ce mardi, en fin de matinée, Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, et Emmanuelle Wargon, ministre du Logement, en ont donné un aperçu, en présentant les nouvelles normes thermiques de construction des bâtiments neufs.

Ces normes étaient jusque-là compilées dans la RT (Réglementation technique) 2012, en vigueur depuis le 1er janvier 2013. Elle va laisser sa place à la RE (Réglementation environnementale) 2020 à l’été 2021. Et les deux ministres en parlent comme d’« une révolution » pour le monde de la construction.

Un secteur clé pour parvenir à la neutralité carbone

L’objectif affiché est de réduire drastiquement l’empreinte écologique de tous les bâtiments qui sortiront de terre d’ici à 2050. L’enjeu, une nouvelle fois, est de permettre à la France d’atteindre à cet horizon la neutralité carbone, ce point d’équilibre qui implique qu’un bâtiment n’émette pas plus de gaz à effet de serre qu’il est capable d’en capter et stocker.

Avec 18 % des émissions en 2017, et même 28 % en ajoutant la production de chaleur et d’électricité, le bâtiment est l’un des quatre grands secteurs émetteurs de gaz à effet de serre. Ce mardi déjà, dans un rapport, le Haut conseil pour le climat appelle à une nécessaire accélération de la rénovation énergétique de nos bâtiments existants, tant en quantité qu’en qualité.

La RE 2020 se penche, elle, sur ceux de demain, en faisant en sorte qu’ils aient l’empreinte carbone la plus réduite possible. « Un quart du parc de bâtiments que nous aurons en 2050 n’est pas encore construit », précise Emmanuelle Wargon, pour donner un ordre de grandeur.

Priorité à la sobriété écologique avec un nouvel indicateur : le Bbio

Cette RE 2020 est en préparation depuis 2015, « un temps long que nous avons mis au service de l’ambition », assure Barbara Pompili. La priorité est donnée à la sobriété énergétique, « la meilleure énergie étant celle qu’on n’utilise pas », ont répété les deux ministres ce mardi matin. « Pour faire en sorte que les bâtiments de demain consomment le moins d’énergie possible, la RE 2020 s’appuie sur un nouvel indicateur, le Bbio. Il traduit les besoins en énergie d’un bâtiment pour rester à une température confortable, en fonction de la qualité de son isolation et de sa conception générale (orientation, logement traversant ou non…).

« Par rapport aux exigences de la RT 2012, le seuil maximal pour le besoin bioclimatique sera abaissé de 30 % pour tous les logements individuels et collectifs, annonce alors Barbara Pompili. Les Français pourront ainsi profiter de logements mieux conçus et mieux isolés, et donc de factures énergétiques sensiblement inférieures. »

Vers la fin du chauffage au gaz ?

Même si les besoins énergétiques des bâtiments de demain seront plus faibles, ils ne seront pas nuls pour autant. La RE 2020 vise alors à ce que l’énergie encore utilisée dans les bâtiments soit la plus décarbonnée possible. C’est l’autre grand objectif de cette nouvelle réglementation : « sortir des énergies fossiles dès 2024 ». Avec dans le viseur, notamment, le gaz naturel, « les logements au gaz étant encore majoritaires en constructions neuves », précise le ministère.

Pour la première fois, la RE 2020 fixera ainsi un seuil maximal d’émissions de gaz à effet de serre des consommations d’énergie. En maison individuelle, où les solutions non fossiles sont très courantes et parfaitement maîtrisées (notamment la pompe à chaleur ou le chauffage biomasse), le seuil sera fixé à 4 kgCO2/m2/an dès l’entrée en vigueur de la RE 2020. « Ce seuil très bas exclut de fait des systèmes utilisant exclusivement du gaz », précise Barbara Pompili.

Avec d’importants gains d’émissions de gaz à effet de serre à la clé ? « Alors qu’une maison moyenne existante chauffée au gaz émet près de 5 tonnes de CO2/an, la même maison aux normes RE 2020 émettra moins de 0,5 tonne, soit 10 fois moins, illustre la ministre. Si l’on prend un équivalent en kilomètres parcourus en voiture, c’est 40.000 km dans un cas, moins de 4.000 dans l’autre. »

Une sortie plus progressive du chauffage au gaz dans les logements collectifs

La RE 2020 pousse également à une sortie du chauffage au gaz dans les logements collectifs. Mais avec une transition moins abrupte que pour les maisons individuelles ; 75 % des logements collectifs nouvellement construits sont encore chauffés au gaz, justifie le ministère de la Transition écologique. Surtout, « même si les alternatives sont nombreuses (réseau de chaleur, chaufferie biomasse, pompe à chaleur collective, solaire thermique), elles doivent encore se développer à grande échelle et la filière doit s’approprier les conceptions qui accompagnent ce changement », reprend-il.

Le seuil sera d’abord fixé à 14 kgCO2/an/m2, laissant ainsi encore la possibilité d’installer du chauffage au gaz à condition que les logements soient très performants énergétiquement. Ensuite, dès 2024, le seuil sera ramené à 6 kgCO2/m2/an, excluant de fait le chauffage exclusivement au gaz, mais permettant le développement de solutions innovantes, y compris hybrides (telles des pompes à chaleur utilisant un léger appoint de gaz en cas de grand froid).

Avec les canicules, la nécessité de prendre en compte le besoin de froid

Autre nouveauté : la RE 2020 intégrera « un indicateur de confort d’été ». Il sera calculé lors de la conception des bâtiments et de sorte à ce que ces derniers offrent une meilleure résistance aux épisodes de canicule, que l’on annonce plus fréquents et intenses à l’avenir. Comment ça marche ? Cet « indicateur de confort d’été » sera calculé lors de la conception du bâtiment sur la base d’un scénario météo similaire à la canicule de 2003 et s’exprimera en degré.heure, explique le ministère de la Transition écologique. La RE 2020 fixera alors un seuil haut maximal de 1.250 DH qu’il sera interdit de dépasser, ce qui correspondrait à une période de 25 jours durant laquelle le logement serait continûment à 30 °C le jour et 28 °C la nuit.

L’idée alors est de prendre en compte ce nouveau besoin de froid dès la construction des bâtiments et ainsi éviter, après coup, un recours massif à la climatisation, énergivore.

La construction, l’autre gros pavé de l’empreinte carbone

La construction et la démolition des bâtiments représentent deux autres enjeux forts dans l’empreinte carbone du secteur. « 60 à 90 % de l’empreinte carbone d’un bâtiment, sur une durée de vie de cinquante ans, viennent de la phase de construction », rappelle Emmanuelle Wargon. Les émissions de gaz à effet de serre pour la construction devront ainsi baisser de 15 % en 2024, de 25 % en 2027 puis de 30 % à 40 % selon le type d’habitat d’ici à 2030, précise la ministre du Logement.

La RE 2020 fixera, pour la première fois, des seuils d’exigence carbone, en créant des obligations de résultat, tout en laissant la liberté aux constructeurs de garder la liberté les matériaux et les techniques qu’ils souhaitent mettre en œuvre pour faire baisser leurs émissions, reprend la ministre du Logement. Le gouvernement espère ainsi encourager l’innovation dans des solutions bas carbone. Voire systématiser les modes constructifs qui émettent peu de gaz à effet de serre. « Cela signifie notamment construire plus souvent puis systématiquement avec du bois et des matériaux biosourcés, qui stockent le carbone pendant la durée de vie du bâtiment ». La marche à franchir est de taille. « Les maisons à ossature bois représentent moins de 10 % du marché neuf en France et encore moins dans le grand collectif, en convient Emmanuelle Wargon. C’est pourquoi cette réglementation sur la partie construction ne peut être que progressive, le temps que les filières montent en puissance et se structurent. »