Montpellier : Moins on jette et moins on paie, la métropole veut une « tarification incitative » sur les déchets

ENVIRONNEMENT Une étude a été votée ce lundi par le conseil métropolitain

Nicolas Bonzom

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Une poubelle, dans l'Ecusson, à Montpellier (illustration)
Une poubelle, dans l'Ecusson, à Montpellier (illustration) — N. Bonzom / Maxele Presse
  • La métropole de Montpellier souhaite une « tarification incitative » sur les déchets.
  • L’idée est de faire en sorte qu’une partie de la facture des habitants des communes de la métropole soit basée sur la quantité de déchets qu’ils ont produite.
  • Mais certains élus craignent que les plus modestes soient pénalisés.

Moins on jette, moins on paie. Et vice-versa. La métropole de Montpellier (Hérault) souhaite mettre en place une « tarification incitative » sur les déchets. Une mesure que le président de la collectivité, Michaël Delafosse (PS), avait défendu lors de la campagne des municipales. La métropole l’assure : il ne s’agit en aucun cas d’une nouvelle taxe, mais d’une « nouvelle manière de calculer la facturation des déchets ». Le conseil métropolitain a voté, ce lundi, le lancement d’une étude en ce sens.

L’idée est de faire en sorte qu’une partie de la facture des habitants des communes de la métropole soit basée sur la quantité de déchets qu’ils ont produite (sur le poids ou le volume), pour récompenser ceux qui font preuve de comportements vertueux. Et inciter les autres à s’y mettre. « Aujourd’hui, ceux qui sont vertueux, qui trient leurs déchets, qui font des efforts, sont considérés de la même façon que ceux qui sont vicieux, déplore Michaël Delafosse. Il faut reconnaître ceux qui adoptent les bons gestes. »

D’abord une « année blanche »

Ce dispositif, indique la métropole de Montpellier, sera installé « dans un premier temps sans impact sur le montant réel payé par les foyers, juste à titre indicatif. Puis après une « année blanche » », le principe devrait être adopté. Reste à savoir comment ce dispositif sera mis en place. La métropole va-t-elle mettre son nez, dans le sens propre du terme, dans les poubelles des habitants ? Pour l’instant, rien n’a été arrêté.

Dans une note parue en 2019, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), indique qu’il est par exemple possible d’équiper les bacs de puces électroniques capables d’identifier les quantités de déchets jetés, ou de « peser » informatiquement les sacs des usagers lors de leur mise à la benne. Ou encore de proposer des sacs prépayés aux habitants. L’étude permettra, note François Vasquez (divers), vice-président de la métropole en charge de la valorisation des déchets, de définir « les moyens techniques et humains » qui devront être mis en œuvre.

11 millions d’euros chaque année pour l’export des déchets

La métropole de Montpellier dépense aujourd’hui près de 11 millions d’euros chaque année pour exporter ses déchets. « Une impasse financière et environnementale », note la collectivité, qui espère que la « tarification incitative » fera baisser le volume de ses déchets de 40 % d’ici trois ans. En France, d’autres collectivités ont mis en œuvre, ou sont en train de mettre en œuvre, une tarification similaire. C’est le cas à Grenoble. Et sans doute, bientôt à Lyon, comme l'indiquait 20 Minutes le 11 septembre.

Pour Hervé Martin (PC), l’effort est « louable ». « Mais lorsque l’on parle de déchets ménagers, avant d’être ménagers, ces déchets ont été produits par des industriels et sont passés entre les mains de distributeurs, explique l’élu communiste à la métropole. Il ne faut pas que les usagers soient victimes des méfaits de la grande distribution, qui leur vend des déchets, et ensuite, que nous, nous allions taxer ces déchets-là. Je pense, en particulier, aux personnes qui sont les plus en difficulté, et qui, bien souvent, vont faire leurs courses dans des supermarchés discount. Lorsque nous sommes très nombreux dans un petit appartement, c’est tout de même plus beaucoup difficile de trier que lorsque nous sommes moins nombreux, dans une maison avec un jardin. »

Des aspects « antisociaux »

De son côté, si Alenka Doulain (Nous sommes), partage l’ambition de la métropole de réduire « drastiquement » la production de déchets, elle émet aussi de « gros doutes » sur la mesure. Comme Hervé Martin, elle pointe du doigt la possibilité qu’elle pose des problèmes d’équité, car « tous les foyers ne sont pas égaux vis-à-vis de la production de déchets ». Cette mesure « pourrait avoir des aspects antisociaux », indique l’élue.

« La justice sociale, nous l’avons bien évidemment en tête en permanence, il n’est pas question de pénaliser les familles nombreuses ou aux revenus modestes, assure François Vasquez. Cette tarification ne dédouanera personne, il y aura une part fixe, par exemple de 60 %, mais il y aura une part variable. Et la part variable sera-là pour valoriser le geste de tri. » La métropole promet par ailleurs qu’une « large concertation » sera cependant mise en place avec les maires, et les habitants avant que cette nouvelle tarification soit adoptée. Car ce serait, il est vrai, une petite révolution.