Méditerranée : Les lagunes menacées par un cocktail explosif de pesticides

POLLUTION Le cumul de substances chimiques retrouvées dans les étangs est nocif pour les animaux et les plantes

Nicolas Bonzom
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L'étang de Thau (illustration)
L'étang de Thau (illustration) — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Selon une étude, les écosystèmes de huit lagunes de Méditerranée sur dix sont menacés par une concentration importante de pesticides.
  • L’étang de l’Or est la lagune la plus menacée, devant l’Ayrolle et le Méjean.
  • Dans chaque lagune, entre 15 et 39 pesticides ont été retrouvés, parmi lesquels le glyphosate. Un cocktail funeste, pour les animaux et les plantes des lagunes.

Sur le pourtour méditerranéen, les pesticides menacent l’équilibre des lagunes. Selon une étude de l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, l’Ifremer à Sète, spécialisé dans la recherche scientifique maritime, et l’université de Bordeaux, 8 étangs sur 10 font face à une concentration de substances chimiques alarmante.

Et si, depuis une trentaine d’années, la pollution aux métaux ou aux hydrocarbures et la prolifération d’algues ont chuté, améliorant nettement l’état des étangs méditerranéens, cette nouvelle menace est particulièrement inquiétante, selon les chercheurs.

L’étang de l’Or est le plus menacé

Mais tous les étangs ne sont pas menacés de la même façon. Dans le cadre de l’étude, des échantillonneurs, capables de détecter les pesticides présents dans l’eau, ont été immergés entre 2017 et 2019 pendant trois semaines, à trois périodes de l’année, dans 10 lagunes : dans l’étang de Canet (Pyrénées-Orientales), ceux de Bages-Sigean, de l’Ayrolle, et de la Palme (Aude), ceux de Thau, de Vic, du Méjean, et de l’Or (Hérault), celui de Berre (Bouches-du-Rhône), et celui de Biguglia (Corse). Seuls la Palme et Biguglia présentent un risque faible lié à l’exposition aux pesticides. L’étang de l’Or est, en revanche, la lagune la plus menacée, devant l’Ayrolle et le Méjean.

Dans chaque lagune, entre 15 et 39 pesticides ont été retrouvés, parmi lesquels deux herbicides, le S-métolachlor et le glyphosate. Un cocktail funeste, pour les animaux et les plantes des lagunes. « Les pesticides peuvent voir leurs effets s’additionner et nuire au fonctionnement de ces écosystèmes lagunaires et aux organismes qui y vivent : à leur reproduction, leur développement ou encore leur immunité », explique Dominique Munaron, chercheur en chimie de l’environnement à l’Ifremer. Par exemple, « le diuron, un herbicide, modifie la structure de l’ADN de l’huître et nuit même à sa descendance, note Wilfried Sanchez, directeur scientifique adjoint à l’Ifremer. Le développement de ce mollusque est aussi perturbé par le cuivre qui agit sur certains de ses gènes. »

Bientôt sur d’autres façades maritimes

Et même si l’on parvenait à baisser la concentration de chaque substance à sa valeur seuil, « l’effet du cumul des pesticides entraînerait encore un risque chronique pour 84 % des prélèvements réalisés dans le cadre de cette étude », expliquent les chercheurs. Appréhender ce dangereux « cumul » des nombreux pesticides dans les lagunes, c’est nouveau. « Avant cette étude, l’état chimique de ces lagunes était considéré comme "bon" puisque aucun des 22 pesticides prioritaires suivis ne dépassait sa valeur-seuil, indique Karine Bonacina, la direction régionale de l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. Cette étude modifie notre regard. Elle met en lumière l’urgence de prendre en compte les cocktails de pesticides et leurs effets sur ces milieux naturels. »

Ce type d’étude sera prochainement reconduit sur les 10 lagunes de Méditerranée, et pourrait être bientôt lancée sur les autres façades maritimes françaises.