Confinement dans le Nord-Pas-de-Calais : Une dizaine d’espèces ouvertes à la chasse de « régulation »

NUISIBLES Les préfets autorisent les chasseurs à continuer leurs activités pour certaines espèces jugées « nuisibles » et pour le grand gibier

Mikaël Libert
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Un chasseur (illustration).
Un chasseur (illustration). — M.Libert / 20 Minutes
  • Malgré le confinement, le préfet du Pas-de-Calais a autorisé la chasse sous condition.
  • Il s’agit de « réguler » les espèces susceptibles de causer des dégâts dans les exploitations agricoles.
  • En tout, ce sont une dizaine d’espèces que les chasseurs pourront tirer.

Pas de répit pour les « nuisibles ». La France va entrer dans sa deuxième semaine de confinement pour tâcher de venir à bout de la seconde vague de l’épidémie de coronavirus. Bars et restaurants sont fermés, les déplacements sont encadrés et les loisirs en dehors de son domicile sont proscrits. Néanmoins, dans le Nord et le Pas-de-Calais, les chasseurs pourront toujours pratiquer leur hobby avec la bénédiction du préfet du département pour « réguler » les espèces nuisibles ou le grand gibier.

Deux jours à peine après l’entrée en vigueur du confinement, la secrétaire d’Etat en charge de la biodiversité, Bérangère Abba, assurait que les chasseurs pourraient continuer de tirer certaines espèces pour « éviter un accroissement des dégâts faits aux cultures, aux forêts et aux biens par une prolifération des populations de grand gibier comme les sangliers ou les chevreuils. » C’est que l’on appelle la « régulation ».

Dix espèces à chasser seul ou en groupe

Voyant une porte s’ouvrir, la Coordination Rurale (CR) des Hauts-de-France, un syndicat d’agriculteurs avait, dans la foulée, contacté les préfets des départements de la région pour leur demander « de mettre en place une dérogation permettant aux chasseurs d’assurer cette activité dans le respect des mesures sanitaires ». Mais pour Denis Patrelle président de la Coordination rurale de l’Oise, il ne faut pas se limiter aux chevreuils et aux sangliers : « Les dégâts de lièvres, corbeaux et pigeons ramiers peuvent être conséquents sur les cultures, notamment dans les secteurs où la population est importante », assure-t-il.

Il faut croire que la voix des agriculteurs, soutenue par celle du patron des chasseurs, Willy Schraen, a porté jusqu’aux oreilles des préfets du Nord et du Pas-de-Calais. Les représentants de l’Etat ont pris des arrêtés fixant les règles de mise en œuvre « des chasses de régulation en période de confinement sanitaire ». Du coup, ce ne sont pas deux, mais une dizaine d’espèces que les chasseurs pourront chasser : le sanglier, le chevreuil, le daim, le cerf Sika, le pigeon ramier, le renard roux, le corbeau freux, la corneille noire, la pie bavarde, le rat musqué ou encore le lièvre.

C'est un « cadeau fait aux chasseurs »

Un « deux poids, deux mesures » qui fait bondir les défenseurs des animaux. « C’est injuste que l’on puisse chasser sans problème alors que des ramasseurs de champignons se font verbaliser », s’insurge Madline Rubin, directrice de l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS). Pour elle, ce besoin de réguler des espèces comme le sanglier est une question de mauvaise gestion : « Cela fait des années que les chasseurs entretiennent les populations de sangliers, notamment en les nourrissant, et aujourd’hui, ils sont dépassés », déplore Madline Rubin.

C’est un « cadeau fait aux chasseurs » estime la directrice de l’ASPAS : « Dans leurs listes, les préfets incluent des espèces qui ne sont même pas classées parmi les nuisibles comme le lièvre », assure-t-elle. D’ailleurs, une pétition contre les dérogations accordées aux chasseurs a déjà rassemblé, en sept jours, plus de 50.000 signatures.

Alors certes, tout ne sera pas permis. Les chasseurs devront respecter la distanciation physique et solliciter une autorisation pour organiser une chasse individuelle ou collective. Dans les faits, aucune chasse à courre ne sera autorisée et le nombre d’animaux prélevés sera encadré. Le préfet précise aussi que « les pots d’accueil et repas collectifs sont proscrits ».