Climat : Les pays riches n'ont pas tenu leur promesse d'aider les pays pauvres face au changement climatique

ENVIRONNEMENT Alors que le réchauffement climatique est en grande partie provoqué par le mode de vie des pays du Nord, certains Etats du Sud sont en première ligne face à ses conséquences

20 Minutes avec AFP

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En Asie, les Philippines sont particulièrement concernées par la montée des eaux et vulnérables face à la multiplication des tempêtes.
En Asie, les Philippines sont particulièrement concernées par la montée des eaux et vulnérables face à la multiplication des tempêtes. — NOEL CELIS / AFP

Les pays riches ont investi 78,9 milliards d’euros en 2018 pour aider les pays en développement à s’adapter au changement climatique, selon l’OCDE. Un montant loin des promesses et en outre largement surestimé selon l’ONG Oxfam.

Les pays du Nord s’étaient engagés en 2009 à porter à 100 milliards de dollars d’ici 2020 l’assistance aux pays du Sud pour s’adapter aux impacts du changement climatique et réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Cette promesse est depuis un sujet récurrent de colère des pays pauvres, premières victimes des impacts du dérèglement climatique, qui dénoncent le manque de solidarité des pays riches, principaux responsables de ce réchauffement.

L’Asie, principale destination des fonds

Selon le rapport de l’OCDE, cette aide Nord-Sud a atteint 78,9 milliards en 2018. Une hausse de 11 % par rapport à 2017 (71,2 milliards), mais le taux de croissance a ralenti par rapport à 2016-2017 (+22 %, 58,6 milliards en 2016). Plus des deux-tiers (70 %) des fonds sont destinés à des actions de réduction des émissions et seulement 21 % à l’adaptation, le reste visant des activités combinant les deux. Quant à la répartition géographique, l’Asie est le principal bénéficiaire (43 %), devant l’Afrique (25 %) et les Amériques (17 %).

Tous les ans, les évaluations de l’OCDE sont contestées par des ONG mettant en doute la sincérité de certains financements étiquetés « climat ». En octobre, Oxfam a ainsi estimé à 59,5 milliards de dollars en moyenne pour 2017 et 2018 la finance climat Nord-Sud, dont à peine un tiers (entre 19 et 22,5 milliards) serait une véritable assistance climat.

Des calculs contestés

L’ONG met en cause notamment le fait que certains pays comptent l’ensemble d’un projet de développement comme financement climat quand une partie seulement lui est consacrée. Par exemple, compter l’ensemble du financement de la construction d’un bâtiment parce qu’il intègre des panneaux solaires.

Oxfam dénonce d’autre part la trop grande part des prêts par rapport aux aides directes, ainsi que la faible part des fonds destinés à l’adaptation aux dérèglements climatiques, notamment à destination des pays les plus vulnérables, comme les Etats insulaires qui en subiront les impacts les premiers.

Une menace bien réelle

« La finance climatique est une sécurité vitale pour des communautés qui font face à des canicules records, des tempêtes terrifiantes et des inondations dévastatrices, déclarait alors Tracy Carty, une des autrices du rapport d’Oxfam. Même si les gouvernements sont en prise avec le Covid-19, ils ne doivent pas perdre de vue la menace grandissante de la crise climatique. »

Même si la promesse de 100 milliards de dollars d’aide annuelle était respectée, cela serait loin du compte pour permettre aux pays les plus pauvres de se préparer au réchauffement. La dernière évaluation du Programme des Nations unies pour l’environnement, publié en 2016, estimait les besoins pour les seules actions d’adaptation des pays en développement entre 140 et 300 milliards annuels d’ici 2030.