Néonicotinoïdes : Le Parlement autorise la réintroduction des insecticides pour la betterave

ENVIRONNEMENT Les néonicotinoïdes sont connus pour être des insecticides « tueurs d’abeilles »

20 Minutes avec AFP

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le Parlement autorise la réintroduction des insecticides Néonicotinoïdes pour la betterave
le Parlement autorise la réintroduction des insecticides Néonicotinoïdes pour la betterave — ISA HARSIN/SIPA

Sauver les betteraves au détriment des abeilles. Le Parlement a autorisé mercredi le retour temporaire des néonicotinoïdes, ces insecticides tueurs d’abeilles, pour « sauver » la filière betterave. Après l'Assemblée nationale, le Sénat à majorité de droite a voté le projet de loi par 183 voix contre 130. Ce vote valant adoption définitive. Le texte est dénoncé à gauche comme un « recul environnemental ».

Afin de lutter contre la « jaunisse » de la betterave, qui affecte les rendements, le texte prévoit une dérogation pour l’utilisation de ces insecticides tueurs d’abeilles jusqu’en 2023, alors qu’ils étaient interdits depuis 2018. Il valide également la création d’un conseil de surveillance et entérine l’interdiction d’implanter des cultures attirant les abeilles sur des parcelles où ont été utilisés des néonicotinoïdes, afin de ne pas les exposer.

Urgence pour la filière

Pour la filière, qui représente près de 46.000 emplois, il y a urgence : les dérogations devraient en effet être effectives au plus tard en décembre, pour laisser le temps aux industriels de produire les semences nécessaires au semis de mars. En cause, un puceron vert qui transmet à la betterave la jaunisse, une maladie qui affaiblit la plante, conduisant à une perte importante de rendement.

Cette réintroduction temporaire des néonicotinoïdes a divisé la majorité présidentielle début octobre, en première lecture, avec un record de contestations chez les députés LREM depuis le début de quinquennat : 32 votes contre et 36 abstentions. Au sein du groupe majoritaire, 175 députés avaient soutenu le projet de loi.

Un texte « difficile »

Le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie a reconnu à plusieurs reprises qu’il s’agissait d’un texte « difficile », pour défendre la « souveraineté alimentaire » française face à une « situation exceptionnelle ». Il a rappelé « l’engagement résolu » de la France en faveur de « la transition agro-écologique ». « Nous sommes tous ici favorables à l’arrêt des néonicotinoïdes », a-t-il martelé.

La rapporteure du texte au Sénat Sophie Primas (LR) a aussi considéré que ce texte répond à « une urgence ». Pour l’année 2020, elle évoque des pertes de rendement estimées « entre 13 et 20 % » sur le territoire national, avec dans certains départements, « des pertes moyennes sans doute au-delà de 40 voire 50 % ». Mais comme à l’Assemblée, le bloc de gauche a fait front commun pour relayer l’opposition des apiculteurs et organisations de défense de l’environnement.

« Des alternatives étaient possibles »

La gauche reproche au gouvernement de « ne pas respecter » le Parlement en revenant sur le vote de 2016 qui avait interdit ce type de pesticides à partir de 2018. Le sénateur écologiste Joël Labbé a dit sa conviction que « même dans une situation d’urgence, des alternatives étaient possibles », défendant un changement du « modèle agricole », basé sur « l’agriculture paysanne ».

« Ce projet de loi est une défaite magistrale, c’est une défaite sanitaire et environnementale », a fustigé Angèle Préville (PS). Au Palais Bourbon, l’insoumise Mathilde Panot a promis un « signalement » devant la Cour de justice de la République pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui ».

Interdit d’implanter des cultures attirant les abeilles

Le projet de loi consolide en premier lieu l’interdiction de l’utilisation des néonicotinoïdes. Il précise que les dérogations ne pourront être accordées, jusqu’au 1er juillet 2023, que pour les semences de betterave sucrière, et après avis d’un conseil de surveillance. « Chargée du suivi et du contrôle de la recherche et de la mise en œuvre d’alternatives » aux néonicotinoïdes, cette nouvelle instance sera notamment composée de huit parlementaires ainsi que de représentants de la filière et d’associations de protection de l’environnement.

En outre, sur des parcelles où ont été utilisés des néonicotinoïdes, il sera interdit d’implanter des cultures attirant les abeilles afin de ne pas les exposer.

Entrée en vigueur au plus tard le 15 décembre

Le Sénat a avancé la date d’entrée en vigueur de la loi, au plus tard le 15 décembre. Il a aussi introduit un article, voté à l’unanimité au palais du Luxembourg, visant à permettre aux ministres de l’Agriculture et de la Consommation de s’opposer à l’importation de denrées alimentaires traitées avec des substances interdites au niveau européen.

Pour le rapporteur du texte à l’Assemblée, Grégory Besson-Moreau (LREM), cet article « apporte, dans le respect du droit européen, une réponse à la question essentielle des importations déloyales ».