Pluies diluviennes, pollutions de l’air, de l’eau, forêts… Avec « Mistrals », la Méditerranée dispose d’une gigantesque base de données

CHANGEMENT CLIMATIQUE Pendant dix ans, plus de 1000 scientifiques de 23 pays ont étudié l’environnement dans et autour de la mer Méditerranée, et accumulé de précieux résultats.

Caroline Delabroy

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Une maison détruite dans le lit de la Vésubie
Une maison détruite dans le lit de la Vésubie — F.Spire/SIPA
  • Le programme de recherches international « Mistrals » arrive à terme après dix ans d’études en Méditerranée.
  • Il a permis de compiler de nombreux enseignements sur l’impact du changement climatique sur l’environnement.

En bateau, en avion, sur le terrain, les scientifiques de « Mistrals » n’ont pas ménagé leurs efforts pour recueillir des milliers de données sur l’impact environnemental du changement climatique dans le bassin méditerranéen. Durant dix ans, plus de 1000 scientifiques issus de 23 pays ont participé à ce programme inédit de recherches, qui a croisé les disciplines et les nationalités. « On a accumulé un corpus de connaissances absolument gigantesque et unique, se réjouit Cyril Moulin, directeur adjoint du CNRS-Insu (Institut national des sciences de l’univers). Cette somme va se concrétiser par une base de données Mistrals regroupant les données de toutes les campagnes d’observation. »

Et ces campagnes ont été variées, pour couvrir l’ensemble des enjeux actuels : pollution de l’air, pollution de l’eau, épisodes pluvieux méditerranéens, sécheresse, biodiversité de la forêt méditerranéenne, etc. De la Seyne-sur-Mer à Djerba, pas moins de 15 millions de litres d’eau de mer ont ainsi été passés au tamis pour collecter quantité de planctons et détecter, jusqu’à une taille minime, les contaminants présents.

Vers une meilleure prévision des crues exceptionnelles

« Cela a été un travail phénoménal », relate Marc Tedetti, chargé de recherche IRD à l’Institut méditerranéen d’océanologie. Ce travail a notamment permis d’identifier une plus forte concentration de mercure dans les planctons de petite taille dans le nord de la mer Méditerranée que dans le Sud. De quoi révéler un peu plus l’état écologique de la Méditerranée occidentale, quand l’on sait que ledit plancton est « l’un des maillons clefs dans le transfert des contaminants au sein des écosystèmes marins. »

Les récents épisodes de précipitations exceptionnelles dans le Gard et les Alpes Maritimes étaient aussi au cœur de Mistrals, avec le programme baptisé Hymex. Des équipes ont par exemple relevé la température de l’eau en Méditerranée, pour voir quel rôle elle pouvait jouer dans l’atmosphère et le système orageux. « Nous avons commencé à préparer les modèles de prévision de demain, indique Véronique Ducrocq, ingénieure Météo-France. Les travaux conduits ces dix dernières années ont permis d’améliorer la compréhension des processus à l’œuvre dans les épisodes méditerranéens, et d’expliquer pourquoi certains évènements sont plus prévisibles que d’autres. »

« Mistrals s’arrête, mais cela ne veut pas dire que tout s’arrête, rassure Cyril Moulin. Les dynamiques qui ont pu être lancées, les nouvelles collaborations aussi bien entre les différentes disciplines qu’avec d’autres pays, ce sont des choses qui vont perdurer ». Sans compter que les futures actions de recherche en Méditerranée pourront puiser dans la base de données. De l’open data cruciale, dans un esprit de sciences ouvertes.