Strasbourg : Malgré les secousses sismiques, la ville veut continuer la géothermie

ENERGIE L'exploitation de cette énergie renouvelable pourrait permettre d'assurer « 40% des besoins de chauffage de l'agglomération » en 2050

Thibaut Gagnepain

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Le site de géothermie opéré par Fonroche à Vendenheim-Reichstett le 13 novembre 2019.
Le site de géothermie opéré par Fonroche à Vendenheim-Reichstett le 13 novembre 2019. — G. Varela / 20 Minutes
  • La terre a tremblé quatre fois dans la nuit de mardi à mercredi autour de Strasbourg.
  • Les activités de géothermie, au nord de la capitale alsacienne, sont bien à l’origine de ces secousses sismiques.
  • Depuis, elles ont de nouveau été stoppées. Mais elles devraient bien reprendre un jour : l’Etat est décisionnaire mais la ville et l’eurométropole ont besoin de cette énergie renouvelable.

« Je l’ai ressentie à la Robertsau, ça a suffi à me réveiller. » Comme quelques Strasbourgeois, Marc Hoffsess a vécu les dernières secousses sismiques qui ont touché la capitale alsacienne, dans la nuit de mardi à mercredi. Quatre successives, précisément à 23 h 33, 0 h 40, 5 h 39 et 6 h 18, avec une magnitude maximale de 2,7 sur l’échelle de Richter.

L’adjoint à la ville en charge de la transformation écologique du territoire a vite compris l’origine de ces tremblements : la géothermie profonde. Depuis 2010 et la commande d’études sur le sujet, l’eurométropole s’est lancée dans l’exploitation de cette énergie renouvelable. Elle fait partie intégrante de son « Plan de neutralité carbone 2050 », voté sous l’ancienne majorité socialiste, mais avec l’appui des écologistes, désormais au pouvoir.

« On a historiquement des ressources dans le sol »

« L’objectif de la production géothermale est de 620 gigawatts-heure par an, ce qui devrait représenter un peu moins de 10 % de la consommation de la communauté de communes dans trente ans », résume Marc Hoffsess, avant de donner un autre chiffre. « Grâce à ça, on pourrait assurer 40 % des besoins de chauffage de l’agglomération. »

Pas question donc de renoncer à cette pratique, qui consiste à forer à environ 5.000 de profondeur afin de profiter des flux d’eau chaude qui circulent au travers des failles existantes. « Avec la dépression de la plaine d’Alsace, on a historiquement des ressources dans le sol, comme le pétrole par exemple. La géothermie en fait partie et n’est pas nouvelle dans le coin », insiste l’adjoint, conscient néanmoins que les coups durs se multiplient. Surtout sur le site de Reichstett-Vendenheim, à une dizaine de kilomètres au nord de Strasbourg.

Le 12 novembre 2019, un séisme d’une magnitude de 3,3 sur l’échelle de Richter avait déjà secoué Strasbourg. Par principe de précaution, la suspension des forages avait été ordonnée partout, soit également sur les sites d’Illkirch et Eckbolsheim. Jusqu’à une reprise des expérimentations, non pas de l'activité industrielle, près d'un an plus tard, soit depuis le 1er octobre. L’exploitant Fonroche a vite reconnu jeudi que les tremblements de terre ressentis étaient liés à son activité. Avant que la préfecture du Bas-Rhin ne confirme.

« On peut admettre de la microsismicité »

« L’arrêt de l’injection d’eau dans le puits n°2 est une phase propice à la génération de phénomène sismique car elle induit des variations de pression et des rééquilibrages de contraintes internes au compartiment géologique », écrit-elle dans un communiqué, avant de préciser que « la poursuite du test de traçage est suspendue ». Désormais, un comité d’experts devrait de nouveau se pencher sur le sujet.

Pour une nouvelle reprise dans les mois à venir ? Marc Hoffsess l’espère, mais à certaines conditions. « Nous serons très attentifs à la réduction des risques technologiques. On peut admettre de la microsismicité, elle est normale, mais il ne faut pas qu’elle soit impactante pour les habitants. Nous tenons aussi à une transparence la plus totale sur le dossier. Les associations de riverains mais aussi naturalistes seront associées aux décisions prises. On a besoin de la confiance de la population. » Afin qu’elles vibrent, aussi, pour la géothermie.