Marseille : Le compostage des déchets en mal de développement

DECHETS Les adeptes du compost regrettent le manque d’implication de la métropole Aix-Marseille Provence

Clara Martot

— 

Un bac à compost de l'association les Détritivores.
Un bac à compost de l'association les Détritivores. — Les Détritivores
  • A Marseille, le compostage des déchets organiques demeure une pratique plutôt confidentielle. Pourtant, de plus en plus de citoyens s’intéressent à ce mode de recyclage.
  • D’ici à fin 2023, la métropole d’Aix-Marseille devra proposer à l’ensemble de ses administrés des solutions de compostage. En attendant, des start-ups viennent combler ce manque en organisant directement les collectes.

A Marseille, le compostage des déchets resterait-il une habitude de privilégiés ? Partout en France, le recyclage des ordures organiques (épluchures, coquilles d’œufs, café…) n’est encore pratiqué que par une minorité des ménages. Mais la question de la démocratisation du compostage se pose peut-être à Marseille plus qu’ailleurs, et ce, parce que la ville se trouve au sommet d’un classement peu glorieux. Selon une étude réalisée en 2017 par l'association Zero Waste, parmi les habitants des dix métropoles les plus peuplées de France, ceux d’Aix-Marseille détiennent le record de la production de déchets ménagers.

On estime ainsi qu’un habitant marseillais produit en moyenne 383 kg de déchets par an, contre 349 kg à Paris, deuxième au classement, et 227 kg à Lyon… Face à ce constat, le développement du compostage permettrait d’alléger la note. Voilà l’une des raisons pouvant expliquer l’organisation, depuis quatre années consécutives, du « Mois du compost » sur initiative de la métropole Aix-Marseille Provence. Jusqu’à la fin octobre, plusieurs opérations de découverte sont menées sur le territoire.

L’occasion, aussi, de dresser un état des lieux sur cet usage encore mal connu. Avec une échéance à l’horizon : celle de fin 2023, date à laquelle les collectivités devront avoir généralisé la pratique du compostage, conformément aux objectifs de recyclage fixés par la Commission européenne.

Des start-ups en renfort

Selon Alice, adepte du compostage habitant dans le 7e arrondissement, des efforts restent à accomplir : « le problème à Marseille, c’est le manque de points de collecte. Chaque semaine, je vais déposer mes déchets organiques dans le bac de compost commun le plus proche, au théâtre Sylvain. C’est à 15 minutes à pied de chez moi, et les bacs sont souvent pleins… » Un détail qui peut vite rebuter, puisque comme le rappelle la jeune femme, « les déchets organiques sont ceux qui sentent le plus mauvais. Donc quand le ramassage n’est pas effectué régulièrement, l’odeur devient vraiment repoussante. »

En commençant à récolter son compost, durant la période de confinement, Alice s’est pourtant rapidement rendu compte que grâce à ce recyclage, les déchets qu’elle produisait se réduisaient drastiquement : « l’alimentaire, c’est environ 90 % des ordures chez moi. Avec le compost aujourd’hui, je jette beaucoup moins, c’est stupéfiant. » Comme d’autres adeptes du compostage en France, Alice s’est alors rapprochée d’une des nombreuses start-ups qui proposent aujourd’hui de récolter les composts des particuliers et entreprises.

C’est le cas des Alchimistes, déployés dans plusieurs villes dont Marseille. « La métropole propose des bacs aux personnes ayant des jardins. Mais lorsque l’on habite en logements collectifs et qu’on n’a pas la place de stocker le compost chez soi, on n’a pas de solution et c’est vraiment dommage car la demande augmente », analyse Chloé Guillon, cofondatrice de l’antenne marseillaise.

Mobilisation et porte-monnaie

En effet, selon une carte interactive mise en ligne par la métropole, le territoire possède 181 points collectifs de composts. Mais sur ce total, 144 bacs sont en réalité réservés aux résidents de l’immeuble qui accueille le point, ce qui implique par ailleurs qu’une démarche ait été menée et approuvée par le bailleur lui-même.

Et pour cela, précise-t-on sur le site de la collectivité, il faut au préalable réunir au moins « une quinzaine de foyers volontaires » lorsqu’à Paris, la mairie indique que seuls 7 volontaires sont nécessaires. La question financière peut aussi être un frein. Un Marseillais souhaitant se procurer un lombricomposteur, sorte de bassine à plusieurs étages qui abrite des vers – les lombrics fabriquant le compost –, devra débourser 10 euros. A Paris, des « campagnes de dons » sont organisées et à Nantes, la métropole met en place des subventions d'aide à l'achat. Rien d’étonnant pour Chloé Guillon : « les gens payent déjà les taxes sur les ordures ménagères, c’est justement pour que les collectivités s’occupent de cela », estime-t-elle.

Contactée, la métropole assure que « les retours concernant les pratiques du compostage sont plutôt bons ». Concernant le manque de points de collecte, « cela prend du temps d’absorber les demandes », estime-t-elle. Pour ce qui est des chiffres, on dénombre aujourd’hui 512 foyers équipés d’un lombricomposteur, et plus de 12.000 d’un composteur individuel classique. Concernant les bacs collectifs, 15 nouveaux projets sont en cours d’étude.