VIDEO. Cannes : Voici à quoi vont ressembler les œuvres du musée aquatique

A L'EAU Présenté ce jeudi, le nouveau projet du plasticien anglais Jason deCaires Taylor sera immergé fin novembre

Fabien Binacchi

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Le plasticien Jason deCaires Taylor (à d.) avec Maurice Merenda, l'un de ses six modèles
Le plasticien Jason deCaires Taylor (à d.) avec Maurice Merenda, l'un de ses six modèles — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • Le premier musée sous-marin français de l’artiste anglais Jason deCaires Taylor sera immergé fin novembre au large des îles de Lérins, à Cannes.
  • Les visages de six Cannois évolueront de très longues années avec la faune et la flore aquatique de la Méditerranée.

Au début, il croyait à une « galéjade ». Mais en découvrant son double de ciment, qu’il n’a « reconnu qu’au bout de quelques instants », Maurice Merenda a compris que ce n’était pas une plaisanterie. Le visage de cet ancien pêcheur de « presque 80 ans », en version XXL et stylisé, reposera bientôt sur le fond de la mer, entre les deux îles de Lérins, au large de Cannes, a priori pour l’éternité. Comme ceux de cinq autres habitants de la cité des festivals avec lui, également choisis et mis en scène par le plasticien anglais Jason deCaires Taylor.

Ces sculptures de deux mètres de haut et neuf tonnes chacune ont été réalisées outre-Manche à partir de moulages réalisés en 2018 sur 48 volontaires. D’ici la fin du mois de novembre, le Britannique installera ces six « masques », à portée de nageur, pour former son tout premier « écomusée sous-marin » en France et même dans la Méditerranée.

« Interroger l’homme sur son rapport à la mer, en danger »

Une certitude, après quatre longues années de procédures pour la ville de Cannes, qui dévoilait ce vendredi avec l’artiste, les sculptures de cette exposition hors normes. Comme le révélait 20 Minutes, en juin 2019, le projet artistique avait notamment été retoqué par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal). Avant d’être finalement accepté sur un nouveau site. Un projet similaire à Marseille a finalement vu le jour en septembre après plusieurs rebondissements.

Habitué d’installations très remarquées aux quatre coins des mers du monde, Jason deCaires Taylor raconte avoir été inspiré par les « masques que l’on porte au Festival de Cannes » et aussi par l’homme au masque de fer (emprisonné en son temps sur l’île Sainte-Marguerite) pour la forme sa nouvelle exposition sur la Côte d’Azur. « Je ne m’attendais pas à ce que les masques aient cette importance aujourd’hui », a-t-il ironisé.

Sur le fond, « l’idée est d’interroger l’homme sur son rapport à la mer, en danger », explique-t-il. Chaque visage présente deux faces : « l’une raconte la résilience » et « l’autre la vulnérabilité du milieu marin ». Avec des trous dans le ciment (au PH neutre), comme des cicatrices, où la faune et la flore de la Méditerranée pourront encore plus facilement s’installer.

« Offrir un nouveau refuge à la vie subaquatique »

Le site d’installation, à quelques mètres du rivage, face à la résidence du Grand jardin, au sud de l’île Sainte-Marguerite, est « fortement anthropisé et dégradé », indique la mairie de Cannes, qui espère ainsi « offrir un nouveau refuge à la vie subaquatique ». « Ces sculptures seront des récifs qui seront peu à peu colonisés », évoluant et changeant de couleurs au fil des ans, rappelle le maire LR de Cannes David Lisnard.

Anouk, 9 ans, pose à côté de son double de ciment
Anouk, 9 ans, pose à côté de son double de ciment - F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

Le coût global du projet, estimé à 300.000 euros, sera notamment assumé par un réseau de mécènes. « Le reste sera prélevé dans le budget des ports de la ville », a précisé l’élu. Pour une exposition que l’on annonce éternelle. Pas de quoi véritablement impressionner Anouk, 9 ans, la plus jeune des six modèles dont le visage sera immergé. « Ça fait bizarre. J’irai quand même jeter un œil sur les sculptures chaque été », confie-t-elle.