Le lit de l'Orbiel, juste après les inondations d'octobre 2018.
Le lit de l'Orbiel, juste après les inondations d'octobre 2018. — F. Scheiber - Sipa

COCKTAIL TOXIQUE

Pollution dans l’Aude : En plus de l’arsenic, des métaux lourds dans les analyses des habitants

Les résultats d’analyses de 102 habitants de la vallée de l’Orbiel montrent qu’il n’y a pas que l’arsenic qui pose problème deux ans après les terribles inondations dans l’Aude

  • Depuis les inondations d’octobre 2018, la problématique d’une pollution de la vallée de l’Orbiel à l’arsenic, issu des déchets d’une ancienne mine d’or, a ressurgi.
  • Cent deux habitants ont confié leurs cheveux à un laboratoire indépendant.
  • En plus de l’arsenic, les analyses toxicologiques dévoilent des taux préoccupants de métaux lourds comme le mercure ou le plomb.

Surexposés au plomb, cuivre, cadmium… Les inondations meurtrières qui ont ravagé la vallée de l’Orbiel, dans l’Aude, il y a pile deux ans, n’auraient pas seulement charrié des résidus d’arsenic provenant de l’ancien complexe minier de Salsigne, elles auraient également diffusé dans les sols, eaux et sédiments tout un cocktail toxique de métaux lourds. C’est ce que dévoilent trois associations – Gratte-Papiers, Terre d’Orbiel et l’Equipe du Cabardès du Secours Catholique –, qui viennent de rendre publics les résultats d’une campagne inédite d’analyses.

Entre juillet et septembre derniers, 102 personnes (32 femmes, 35 hommes et 35 enfants) résidant dans treize villages de la vallée de l’Orbiel (Conques-sur-Orbiel, Lastours, Limousis, Salsigne, Trèbes, Villardonnel…) se sont portées volontaires pour que Toxseek, laboratoire indépendant d’analyses toxicologiques, se penche sur trois centimètres de leurs cheveux afin d’identifier leur exposition (durant les trois derniers mois) à 49 polluants.

Des polluants « à éliminer » de l’environnement des habitants

Jusqu’à présent, les pouvoirs publics s’étaient surtout bornés à communiquer sur l’exposition à l’arsenic. Or cette campagne d’analyses démontre qu’il n’est pas le polluant prédominant dans les organismes. Il arrive même en quatrième position, loin derrière le mercure, suivi du plomb et de l’argent. Ce dernier est d’ailleurs l’élément qui est rencontré le plus fréquemment, et celui aussi auquel l’exposition est la plus préoccupante.

« Effectivement, 100 % des personnes testées ont un ou plusieurs éléments toxiques “A surveiller” ou “A risque” autre que l’arsenic. Et 62 % des analyses révèlent au moins un niveau d’exposition “A risque”. Ce qui signifie qu’on est face à une poly-exposition », détaille François Espuche, président de Gratte-Papiers. Et pour certains habitants, les seuils de toxicité explosent : 38 fois plus de fer dans l’organisme que la normale, trois fois plus de manganèse, de nickel… « Si le polluant est en niveau d’exposition “A risque”, nous considérons que l’exposition est importante et qu’il est nécessaire d’en rechercher les sources pour éliminer ce polluant de votre environnement », prévient le laboratoire…