Pollution : Les améliorations de la qualité de l’air annihilées par le changement climatique ?

POLLUTION DE L'AIR Le projet européen Climaera s’intéresse au lien entre l’amélioration de la qualité de l’air et le changement climatique, qui pourraient annihiler les bénéfices des mesures mises en place

Adrien Max

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Un nuage de pollution, ici à Marseille. (illustration)
Un nuage de pollution, ici à Marseille. (illustration) — BORIS HORVAT / AFP
  • Climaera est un projet européen qui s’intéresse au lien entre la qualité de l’air et le changement climatique dans des régions françaises et italiennes.
  • L’évolution météorologique, celle des émissions de polluants et l’évolution des émissions de gaz à effet de serre sont prises en compte.
  • A l’horizon 2030, la qualité de l’air s’améliorerait grâce à la diminution des émissions polluantes, mais le changement climatique avec des augmentations de températures, notamment, annihilerait ces bénéfices.

Aller plus vite que le changement climatique. L’association de surveillance de la qualité de l’air Atmosud présentait ce mardi les résultats de Climaera, un projet européen sur les liens entre le réchauffement climatique et la qualité de l’air. Elle a réalisé des projections à l’horizon 2030 à partir de la météo, des améliorations de la qualité de l’air et du réchauffement climatique dans les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur en France, et dans la vallée d’Aoste, le Piemont et la Liguerie côté italien. Et ce pour savoir si le changement climatique a des conséquences sur les 15.000 litres d’air que l’on respire chaque jour.

Pour répondre à cette question, les membres du projet se sont basés sur un modèle climatique global, affiné par un modèle régional pour prendre en compte les particularités locales. Mais aussi l’évolution de l’émission de polluants avec les nouvelles politiques publiques. Ces deux données sont ensuite couplées au scénario RCP 4.5 qui prévoit une stabilisation des émissions de gaz à effet de serres à la moitié des niveaux actuels à l’horizon 2080. « Il s’agit d’un scénario optimiste mais nous pensons qu’il est atteignable, et surtout il peut aussi refléter les résultats de scénario moins optimistes », prévient-on chez Atmosud.

Baisse des particules PM, sans prise en compte de la météo

D’un point de vue météorologique seul, il est prévu une augmentation à minima d’1 °C entre Lyon et Marseille et sur le littoral, alors qu’elles augmenteront de 2 °C dans tout l’arc alpin. Il y devrait y avoir jusqu’à 20 jours de gel en moins sur le val d’Aoste et toutes les stations de moyenne montagne des Alpes Maritimes ne devraient plus voir la neige. Au contraire, les précipitations devraient augmenter, mais elles seront davantage liquides (pluie) que solide (solide). Sauf vers l’arc Méditerranéen où les précipitations seront plus rares.

L'évolution des PM10 à l'horizon 2030 sans prise en compte du changement climatique.
L'évolution des PM10 à l'horizon 2030 sans prise en compte du changement climatique. - Atmosud

Concernant les émissions de polluants, leur baisse à l’horizon 2030 aurait pour conséquence une diminution assez importante des particules PM10, avec des concentrations en baisse de 10 milligrammes par volume d’air dans les zones urbaines comme Lyon, Valence, Chambéry, Grenoble, Marseille et Turin. De manière globale, ces particules PM10 diminuent partout sur le territoire étudié.

Augmentation des PM10, avec prise en compte de la météo

Mais dès que le changement climatique est pris en compte, l’inverse est observé. Avec par exemple une augmentation d’environ 3.5 milligrammes de PM10 par volume d’air dans la métropole lyonnaise, mais aussi dans la région de Turin. Seule la zone très industrialisée de l’Etang de Berre verrait une légère diminution avec la prise en compte du changement climatique. « Cela prouve que des actions supplémentaires doivent être mises en place, et l’importance des politiques locales. Il ne suffit pas d’attendre le fruit des améliorations techniques », prévient Dominique Robin, directeur d’Atmosud.

L'évolution des PM10 à l'horizon 2030 sans prise en compte du changement climatique.
L'évolution des PM10 à l'horizon 2030 sans prise en compte du changement climatique. - Atmosud

Atmosud liste par exemple une série d’actions à mener par région pour inverser la tendance, des mesures à prendre concernant le transport routier dans chaque région de l’étude, des actions sur le transport maritime en région Paca et en Liguerie, ou l’agriculture en Auvergne Rhône Alpes et dans le Piemont. « Il nous reste très peu de temps pour inverser la tendance, moins de 50 ans sinon ça pourrait devenir très compliqué pour nos petits enfants », a prévenu Dominique Robin.