Bouches-du-Rhône : Des riziculteurs de Camargue devant le tribunal pour usage de pesticides interdits

PESTICIDES Plus de 400 litres de pesticides interdits ont été saisis lors des perquisitions menées chez des producteurs de riz de Camargue

Caroline Delabroy

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Photo prise le 06 juillet 2007 de flamands roses dans l'étang du Barcarès du Parc Naturel de Camargue, sur la commune d'Arles
Photo prise le 06 juillet 2007 de flamands roses dans l'étang du Barcarès du Parc Naturel de Camargue, sur la commune d'Arles — Patrick Valasseris AFP
  • Des riziculteurs de Camargue comparaissent devant le tribunal judiciaire de Tarascon pour détention et usage de pesticides interdits.
  • Outre l’impact sur la consommation, cet usage prohibé a des conséquences écologiques directes puisque les rizicultures alimentent en eau douce l’étang de Vaccarès, au cœur de la réserve naturelle nationale de Camargue.

Ils ont été pris sur le fait, ou presque. Trois riziculteurs de Camargue comparaissent mardi devant le tribunal judiciaire de Tarascon pour détention et usage de pesticides interdits. Chez deux d’entre eux, plus de 400 litres ont été saisis lors d’une perquisition menée en juin 2019. Parmi ces produits, certains font l’objet de dérogation en Espagne, en Italie ou au Portugal, d’autres sont totalement interdits. Problème : les rizières de Camargue alimentent en eau douce l’étang de Vaccarès, classé en réserve naturelle nationale, via deux canaux sous haute surveillance environnementale.

L’usage de ces pesticides, la plupart des herbicides, est en effet un secret de polichinelle en Camargue. Dans son dernier rapport d’activité, la réserve nationale pointe la présence de 12 pesticides totalement interdits dans les eaux de drainage des canaux du Fumemorte et du Versadou. Le constat est sévère : la plupart des molécules sont interdites depuis plus de dix ans. « En 2009, nous avons assisté à un effondrement inexpliqué des herbiers de zostères dans l’étang, essentiels à la vie aquatique, on a suspecté une contamination de l’eau par des polluants et lancé des analyses et un suivi de la qualité de l’eau », rappelle Philippe Vandewalle, directeur adjoint de la réserve.

« On est dans une impasse ! »

Du procès de mardi, où l’institution qu’il représente s’est constituée partie civile, il attend « que soit reconnu le préjudice écologique ». « Ce n’est pas les écolos-bobos contre les paysans-riziculteurs, la question n’est pas d’observer des oiseaux mais que les générations futures puissent encore vivre là où il y a de la nature, plaide-t-il. On souhaite des apports en eau douce certes, mais qu’ils soient propres ! » « Qu’on se mette tous autour d’une table et qu’on réfléchisse ensemble à l’avenir de la Camargue », encourage aussi Philippe Vandewalle.

« Si les prévenus sont lourdement condamnés, la riziculture française risque de disparaître », lance de son côté Bertrand Mazel, le président du syndicat des riziculteurs français. « Les agriculteurs sont des gens raisonnés, ils n’utilisent pas des produits pour le plaisir. On a des plantes qui sont malades et on essaie de les soigner. » « On est dans une impasse, on n’a pas de solutions techniques, ajoute-t-il. Regardez ce qui se passe avec la betterave, là c’est une grande filière alors on la sauve ! »

« Il y a distorsions de concurrence avec nos voisins européens », fait aussi valoir Bertrand Mazel. Certaines molécules sont en effet interdites en France et autorisées dans d’autres pays européens. De quoi alimenter des débats juridiques passionnés. En attendant, la pollution continue. « Au moins deux des molécules incriminées continuent de se déverser dans l’étang de Vaccarès, on les retrouve tous les mois dans les exutoires », constate le directeur adjoint de la réserve nationale de Camargue.