Convention citoyenne pour le climat : L'exécutif évoque du retard, justifié par la crise

ENVIRONNEMENT Emmanuel Macron a reconnu des retards quant à la mise en œuvre des mesures proposées en juin, mais a nié tout « renoncement »

20 Minutes avec AFP

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Les membres de la Convention climat, le 29 juin 2020 à l'Elysée.
Les membres de la Convention climat, le 29 juin 2020 à l'Elysée. — Ludovic MARIN / AFP

En juin, Emmanuel Macron avait promis de conserver 146 mesures sur les 149 proposées par les citoyens de la Convention citoyenne pour le climat (CCC). Depuis, une certaine inquiétude monte sur un « détricotage » des propositions. Mercredi, Emmanuel Macron a pour la première fois reconnu envisager de reporter certaines mesures, le justifiant par la récession due à la crise du Covid-19.

Il s’est exprimé mercredi dans les "20 heures" de TF1 et France 2. Emmanuel Macron a admis qu’il faudrait « peut-être prendre un peu plus de temps » pour la mise en œuvre de certaines propositions de la CCC, qu’il avait lui-même convoquée à la suite de la crise des « gilets jaunes ». Mais le Président, qui a cité notamment la sauvegarde du secteur aérien, a nié tout « renoncement ».

De gros pollueurs bousculés par la crise

« Nous sommes déterminés à conduire cette transition écologique (…) mais cette transition ne peut être menée que si on arrive à réconcilier nos concitoyens, c’est-à-dire à rassurer les gens à qui on demande des changements profonds, à accompagner les secteurs à qui on demande des changements rapides, » avait-il dit.

La ministre de la Transition écologique a abondé jeudi matin sur franceinfo : « Ce sont de bonnes propositions mais simplement on va essayer de les repousser un tout petit peu dans le temps, pour les appliquer au moment où le secteur aura un petit peu repris son souffle », a dit Barbara Pompili. Tout en assurant une fois de plus que « les arbitrages ne sont finis sur rien ».

Après avoir tenté de rassurer les « citoyens » sur les intentions du gouvernement en les recevant à Matignon la semaine dernière, l’exécutif officialise ainsi ce que laissait entendre la musique des petites phrases distillées par les ministres de l’Economie ou des Transports. Certains secteurs gros pourvoyeurs d’emplois, mais aussi de pollution, l’aérien et l’automobile en premier lieu, ont été trop déstabilisés par la crise, née de l’arrêt de l’appareil économique face au coronavirus, pour supporter de nouvelles contraintes.

La crise « ne doit pas devenir un prétexte »

« On a entendu les difficultés, on n’est pas naïfs, on comprend les enjeux », souligne Grégoire Fraty, coprésident de l’association « Les 150 » créée par des participants à la CCC. « Mais la crise peut durer, ça ne doit pas devenir un prétexte », dit-il à l’AFP. « C’est au gouvernement de prendre ses responsabilités, nous on espère que les ambitions sont toujours là. Et quoi qu’il arrive nous défendrons nos propositions jusqu’au bout ».

« La seule chose qu’on demande, c’est la transparence et la clarté. S’il doit y avoir de nouveaux « jokers », qu’on le dise, on ne sera pas content mais on préfère un discours de franchise. C’est ce qui a commencé à être fait hier (mercredi), on préfère encore ça que les petites phrases ou les comparaisons déplacées », poursuit-il. Une référence aux propos ironiques du chef de l’Etat sur les « Amish » à propos du déploiement de la 5G… qui inquiétait la Convention.

Des « citoyens » désabusés

Les membres de la Convention, qui disposeront d’un droit de réponse aux mesures finalement adoptées, attendent donc toujours la traduction d’une bonne partie de leurs propositions dans une loi attendue avant la fin de l’année.

Mais d’autres voient dans les derniers propos du pouvoir une nouvelle preuve de ses renoncements. « Toutes les propositions de la convention sur l’aérien sont mises à la poubelle, le gouvernement ne veut mettre aucune contrainte sur le secteur », critique Agathe Bounfour, responsable Transports au Réseau Action Climat. Qui rappelle que les compagnies aériennes ont déjà bénéficié en mars d’un moratoire sur leurs taxes spécifiques jusqu’à la fin de l’année.

« Une manœuvre de plus de la part du gouvernement pour ne pas mettre en œuvre les propositions » de la CCC, a dénoncé sur Twitter le patron de Greenpeace France, Jean-François Julliard. « En cherchant bien, nos ministres vont finir par trouver des prétextes pour retoquer les 149 mesures ».