Loire-Atlantique : Il fait rêver ou inquiète... Le plus gros méthaniseur de France en projet au sud de Nantes

BIOGAZ A Corcoué-sur-Logne, un projet d'unité de méthanisation géante fait rêver les agriculteurs. Et inquiète les riverains

Frédéric Brenon

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La coopérative d'Herbauges est installée à Corcoué-sur-Logne. Son méthaniseur pourrait voir le jour juste à côté.
La coopérative d'Herbauges est installée à Corcoué-sur-Logne. Son méthaniseur pourrait voir le jour juste à côté. — F.Brenon/20Minutes
  • L'usine aura la capacité de traiter près de 700.000 tonnes de déjections animales et de cultures intermédiaires.
  • Elle produira du biométhane qu'elle revendra au réseau local de gaz.
  • Les 230 agriculteurs partenaires percevront des compléments de revenus.

C’est un projet ambitieux, sans équivalent en France. A Corcoué-sur-Logne, au sud de Nantes, une coopérative agricole travaille à la création d’une usine de méthanisation géante. Le complexe doit permettre de produire du biogaz avec les déjections du bétail, tout en apportant des compléments de revenus aux agriculteurs partenaires. Mais la dimension du projet inquiète les riverains et certains paysans. Ce qu’il faut savoir.

Qui sont les porteurs du projet ?

L’actionnaire principal du projet est la coopérative d’Herbauges, basée à Corcoué-sur-Logne, au sud de la Loire-Atlantique. Celle-ci rassemble 400 agriculteurs adhérents, dont une grande majorité d’éleveurs bovins laitiers. La coopérative s’est associée à  Nature Energy, une entreprise danoise spécialisée dans la conception et l’exploitation de grosses unités de méthanisation. La future usine, dont le coût est estimé à 70 millions d’euros, doit voir le jour sur un terrain de 7 ha, juste à côté du siège de la coopérative. Elle a été « imaginée dès le départ » avec les exploitations des environs, assure cette dernière.

A quoi servira l’usine ?

Baptisé MéthaHerbauges, le méthaniseur aura la capacité de traiter chaque année 560.000 tonnes de déjections animales ainsi que 120.000 tonnes de cultures végétales pour en tirer du biométhane. Ce biogaz sera ensuite revendu et réinjecté sur le réseau local de gaz. Quelque 230 agriculteurs, implantés dans un rayon maximum de 45 km, se sont engagés à fournir de la matière à la future usine. Ceux-ci seront rémunérés en échange, ce qui pourrait « représenter entre 1 et 1,5 Smic supplémentaire par exploitation ». Ils récupéreront également du digestat (une sorte de compost), qu’ils pourront réutiliser comme fertilisant naturel.

Comment fonctionne-t-elle ?

Les camions de MéthaHerbauges iront chercher le lisier (bouses et urine) et les végétaux dits CIPAN (cultures intermédiaires pièges à nitrates) directement chez les agriculteurs. Ces matières organiques seront déposées dans des cuves où on les laissera fermenter. Le biogaz sera capté puis épuré pour devenir du biométhane. Les résidus (le digestat) seront chauffés à 70°C avant d’être restitués aux agriculteurs. Environ 85 allers-retours de camions sont prévus chaque jour. Le processus nécessitera la création d’une vingtaine d’emplois, dont une quinzaine de chauffeurs routiers. « C’est d’abord un projet d’élevage, mais il devient un projet de société utile au territoire », défend Jean-Michel Bréchet, directeur de la coopérative d’Herbauges.

Image de synthèse du projet MéthaHerbauges.
Image de synthèse du projet MéthaHerbauges. - Nature Energy/Coop d'Herbauges

Que reprochent les opposants ?

Les principales critiques viennent des riverains. Ils craignent que le trafic de poids lourds pose des « problèmes de sécurité » et « dégrade les chaussées ». Ils s’inquiètent d’émissions d’odeurs et de bruit. Ils déplorent la « dégradation du paysage » compte tenu de la naissance d’une usine dotée de hautes cuves (22 m) et cheminées (50 m). Ces opposants pointent aussi du doigt le risque d’accident industriel et environnemental, surtout après l’épisode de pollution survenu en août lors du débordement d'une cuve de méthaniseur à Châteaulin (Finistère). Par ailleurs, des paysans dénoncent une « possible dérive » des pratiques agricoles, certaines exploitations pouvant être tentées de spécialiser leurs cultures ou de faire grossir leur cheptel « afin d’alimenter le méthaniseur ». La pétition contre le projet réunit, pour l’heure, un peu plus d'un millier de signatures.

Que répondent les promoteurs du projet ?

« Nous comprenons les inquiétudes », indiquent d’emblée les représentants de Nature Energy et de la coopérative. Ils expliquent que le risque d’odeurs est « extrêmement limité », les chargements et déchargements se faisant en milieu fermé. Ils annoncent que de la végétation haute sera plantée pour dissimuler les installations. Ils assurent que les « niveaux de sécurité sont très élevés » et bien supérieurs à un méthaniseur traditionnel. Concernant le trafic routier, ils font valoir que celui-ci « se diluera » sur de multiples axes et que le plan de transport reste à définir avec les collectivités. « S’il faut faire des détours, éviter une route ou une autre, on le fera », promet Jean-Michel Bréchet. Les promoteurs répètent que l’unité de méthanisation « permettra de sauvegarder des exploitations agricoles » ne roulant pas sur l’or. Et que les agriculteurs partenaires s’engageront à diminuer leurs recours aux pesticides et à l’irrigation.

Comment avance le dossier ?

Une concertation préalable est ouverte depuis le 14 septembre et jusqu’au 22 novembre afin d’informer les habitants et de recueillir leurs avis. Quelques réunions ont été organisées. Mais, pour le moment, le projet de méthaniseur géant est encore peu connu de la population. Si le préfet donne son feu vert, une enquête publique pourrait débuter à l’automne 2021. Les travaux débuteraient en 2022 pour une durée de 14 mois. La mise en service n’est pas envisagée avant mi-2023.