Gaz à effet de serre : Le WWF demande au gouvernement d’agir contre les SUV

POLLUTION Selon l'ONG, ces véhicules sont devenus de 2008 à 2018 « la deuxième source de hausse des émissions de GES énergétiques en France »

20 Minutes avec AFP

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Un SUV chez un concessionnaire aux Etats-Unis, le 13 février 2020.
Un SUV chez un concessionnaire aux Etats-Unis, le 13 février 2020. — Gene J. Puskar/AP/SIPA

Les SUV sont une nouvelle fois dans le viseur des écologistes. Leur croissance rapide dans le parc automobile est, selon eux, « incompatible » avec le respect des engagements français de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Le WWF a donc demandé mardi au gouvernement de prendre des mesures pour réorienter le marché.

Des véhicules lourds et gourmands

Les ventes de ce type de voitures sont passées de 5 % du marché des véhicules neufs en 2008 à 38 % en 2019. Mais, comme ils sont plus lourds et donc gourmands en carburant, ils sont devenus « la deuxième source de hausse des émissions de GES énergétiques en France de 2008 à 2018, juste derrière le secteur aérien », pointe l’ONG dans un rapport dénonçant « l’impact écrasant des SUV sur le climat ».

La voiture individuelle représente 16 % des émissions françaises. Or, les SUV émettent « en moyenne 20 % de GES de plus que le reste des voitures » et « les 4,3 millions vendus en France en une décennie ont une empreinte carbone équivalente à 25 millions de citadines électriques », selon WWF. Conséquence, les dispositifs type malus écologique « ne parviennent plus à réduire les émissions du parc automobile » et après une baisse continue de 2009 à 2016, les émissions de CO2 moyennes homologuées des véhicules neufs ne diminuent plus. En cause, la dimension croissante des véhicules, dont le poids moyen a augmenté de 14 % en 10 ans et la puissance moyenne de 21 % pour les véhicules à essence.

L’électrification, une fausse bonne idée

Surtout, cette évolution est « incompatible avec la réalisation des objectifs climatiques dont s’est dotée la France à l’horizon 2030 ». Pour corroborer ses affirmations, l’ONG modélise plusieurs scénarios. La poursuite de la tendance actuelle verrait les SUV représenter les deux-tiers des ventes en 2030, avec un doublement des émissions liées. Mais même l’électrification progressive du reste du parc ne permettrait pas à elle seule d’atteindre les objectifs de la stratégie nationale bas carbone.

Une limitation des SUV liée à une électrification permettrait d’atteindre ces objectifs. Ajoutée à une « politique de sobriété » (développement des mobilités alternatives et des transports en commun), cette modification du parc permettrait de « diviser par deux les émissions d’ici 2030 ». L’ONG qualifie par ailleurs l’éventuel développement des SUV électriques de « fausse bonne solution », car leur empreinte carbone est « sur l’ensemble du cycle vie, de 34 % plus importante que celle des citadines électriques ».

Une nouvelle fiscalité

La principale solution est donc de réformer la fiscalité automobile. Ainsi, le poids des véhicules pourra être pris en compte, comme l’a notamment recommandé la Convention citoyenne pour le climat, ce que le gouvernement a écarté du budget. Et les aides aux constructeurs devraient être fléchées vers des voitures « plus légères et moins dommageables pour le climat ». Pour Pierre Cannet, directeur du plaidoyer de WWF-France : « c’est une question systémique, l’enjeu est de réorienter le marché. Le plan de relance c’est maintenant, ce n’est pas en 2025 qu’on va rembobiner ».