Pesticides : Les députés approuvent le retour des néonicotinoïdes

AGRICULTURE Pour le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, pour le moment « il n’existe pas d’alternative » chimique ou agronomique suffisamment efficace

20 Minutes avec AFP

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C'est quoi les néonicotinoïdes? — 20 Minutes

Si la sauvegarde de l’économie et la défense de l’environnement peuvent être liées, les députés devaient cette fois arbitrer entre les deux. Entre « souveraineté » agroalimentaire et défense de la biodiversité, l’Assemblée nationale a finalement voté dans la nuit de lundi à mardi, la disposition clé du projet de loi permettant la réintroduction temporaire des néonicotinoïdes pour sauver la filière betterave. Le vote solennel sur l’ensemble du projet de loi, aura lieu ce mardi, après les questions au gouvernement.

« C’est un texte difficile, important, qui ne veut pas opposer économie et écologie », a toutefois affirmé le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie. En raison de la prolifération d’un puceron vert vecteur de la maladie qui affaiblit les plantes, les betteraves sont atteintes de « jaunisse ». La réintroduction de semences enrobées avec des néonicotinoïdes doit permettre de protéger les rendements sucriers. Le problème est que ce type de pesticide, réputé tueurs d’abeilles, a été interdit en 2018. Et voilà le gouvernement obligé de rétropédaler, en s’appuyant sur le règlement européen sur les phytosanitaires permettant de déroger à l’interdiction, potentiellement jusqu’en 2023.

« On est tous contre »

De LFI au RN, « on est tous contre » ces insecticides tueurs d’abeilles, a convenu Julien Denormandie. Mais « aujourd’hui il n’existe pas d’alternative » chimique ou agronomique suffisamment efficace, a-t-il relevé. La baisse des rendements induite menace la pérennité de la filière sucrière française, qui emploie 46.000 personnes. Or, pour le gouvernement, « tuer une filière française pour importer des sucres polonais, allemands ou belges », n’est pas une option. « Il ne faut pas être dans le dogme et faire en sorte que la France reste un grand pays agriculteur », a pour sa part souligné Christian Jacob, chef de file des députés LR qui soutiennent le texte du gouvernement.

Mélenchon promet une nouvelle action

A l’inverse, la gauche a présenté un front uni contre la mesure. Le patron du groupe LFI Jean-Luc Mélenchon a défendu en vain une motion de rejet préalable du projet de loi, jugeant qu'« une faute va se commettre » et promettant une action devant la Cour de justice de la République. Selon lui, « la betterave française est malade du libre-échange » davantage que des pucerons.

En défendant pied à pied les amendements hostiles au projet, les opposants au texte ont étiré l’examen du texte et les députés ont voté après une heure du matin, l’article 1er amendé à la marge. Celui-ci prévoit en outre la création d’un conseil de surveillance et l’interdiction, sur des parcelles où ont été utilisés des néonicotinoïdes, d’implanter des cultures attirant les abeilles afin de ne pas les exposer. Ces deux mesures ont été introduites en commission par le groupe LREM soucieux de « verdir » un texte qui tombe au plus mauvais moment pour la majorité désireuse d’engager un virage écologique symbolisé par la convention citoyenne pour le climat.