Loire-Atlantique : Les cinq dangers qui menacent le lac de Grand-Lieu

ENVIRONNEMENT La Réserve naturelle nationale, qui couvre une partie de l’immense zone humide du sud de Nantes, fête ses 40 ans cet automne

Frédéric Brenon
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Le lac de Grand-Lieu, plus grand lac de plaine de France.
Le lac de Grand-Lieu, plus grand lac de plaine de France. — J-M.Gillier/SNPN
  • Le lac de Grand-Lieu s’étend sur 6.500 ha, dont 2.700 ha classés en Réserve naturelle nationale.
  • Malgré la protection de l’Etat, le lac reste un joyau naturel en péril.

C’est un joyau naturel au sud de Nantes, méconnu du grand public car très difficile d’accès. Le lac de Grand-Lieu abrite 270 espèces d’oiseaux et une végétation jugée « remarquable ». Il s’étend sur 6.500 hectares, dont 2.700 ha  classés en Réserve naturelle nationale. Décidé il y a tout pile 40 ans, ce classement en réserve assure une protection stricte des espèces qui y trouvent refuge. Il ne suffit toutefois pas à garantir l’avenir d’un site menacé par plusieurs phénomènes. Le point.

La pollution de l’eau, le fléau

C’est un point noir récurrent. Le lac souffre des rejets agricoles, en particulier des pesticides, dans les cours d’eau qui s’y déversent. « Le lac est devenu beaucoup trop riche en matière minérale, phosphore et azote, explique Jean-Marc Gillier, directeur de la Réserve nationale. Le phosphore, c’est en partie réglé. Mais il reste une pollution diffuse qui produit ses effets. » Comme de favoriser la prolifération des microalgues et cyanobactéries. L’eau verdit, la lumière ne pénètre plus, au détriment du vivant. « Les espèces les plus exigeantes de fleurs ont disparu », illustre Jean-Marc Gillier. « L’effondrement de la population d’insectes, ce n’est pas une vue de l’esprit. Et, derrière c’est toute une chaîne alimentaire qui s’effondre », complète Rémi Luglia, président de la Société nationale de la protection de la nature (SNPN), gestionnaire de la réserve. « La qualité de l’eau, c’est un enjeu majeur en Loire-Atlantique où on compte seulement 1 % des masses d’eaux en bon état. Nous y travaillons », rappelle Julien Custot, directeur adjoint de la Dreal. Reste que « les améliorations sont extrêmement lentes », constate Jean-Marc Gillier. Un exemple : « On retrouve dans la rivière l'Ognon des molécules chimiques interdites depuis près de 20 ans ».

Les écrevisses de Louisiane pullulent

Elles sont arrivées à Grand-Lieu à la fin des années 1990 et, depuis, elles s’y sentent comme chez elles. Selon les pêcheurs et riverains, qui les aperçoivent parfois égarées à plusieurs centaines de mètres du lac, ces crustacés exotiques n’ont même jamais été aussi nombreux qu’en 2020. « Il y a eu une montée précoce de l’eau en automne, un hiver doux, donc un taux de survie très important. Et voilà, la population d’écrevisses a explosé », constate le directeur de la réserve. Problème, « elles font des dégâts terribles sur la végétation, sur les petits invertébrés, sur les berges ». Elles sont aussi devenues, heureusement, « une ressource alimentaire pour les grands échassiers ». Mais ça ne suffit pas à réguler l’invasion. Pas plus que la pêche, autorisée de manière très encadrée et confrontée à un marché limité. « Il faut absolument qu’on trouve une solution », s’alarme Jean-Marc Gillier.

Des écrevisses de Louisiane dans le lac de Grand-Lieu.
Des écrevisses de Louisiane dans le lac de Grand-Lieu. - F.Elsner/20Minutes

Les touristes se rapprochent

L’accès à la Réserve nationale reste totalement interdit aux visiteurs. Pour autant, les berges et marais du lac attirent autour de plus en plus de randonneurs et curieux. Le nautisme, organisé ou individuel, s’est également développé. « On peut se féliciter que nos citoyens soient intéressés pour se rapprocher de la nature préservée. Mais nous resterons très vigilants quant à préserver la tranquillité de la réserve. C’est fondamental pour protéger la biodiversité », en particulier les oiseaux, prévient Rémi Luglia. Selon la SNPN, le nombre d’infractions reste assez faible. « On essaie d’accompagner les démarches touristiques, comme à Pont-Saint-Martin où nous sommes intervenus pour restreindre la période de la location de bateaux, indique Jean-Marc Gillier. Après, c’est sûr, on maîtrise beaucoup moins les initiatives privées. On est sur le fil du rasoir. »

La jussie prend toute la place

Cette plante exotique est reconnaissable à ses fleurs jaunes. Introduite en Europe pour agrémenter les aquariums et bassins d’ornement, la jussie gagne du terrain tous les ans, aussi bien dans les prairies que dans les roselières immergées. « C’est un vrai gros souci, s’inquiète Jean-Marc Gillier. Il n’y en avait jamais eu autant. On arrive à mener des campagnes d’arrachage pour la jussie aquatique mais, pour la jussie terrestre, on est un peu démunis. Ça un impact sur la biodiversité car elle prend toute la place et élimine progressivement la flore autochtone. » En réduisant la surface herbeuse offerte aux bovins, la jussie constitue aussi un problème économique pour les éleveurs.

Petit à petit, la jussie colonise le lac de Grand-Lieu.
Petit à petit, la jussie colonise le lac de Grand-Lieu. - J-M.Gillier/SNPN

Le réchauffement climatique complique le tout

C’est un problème mondial qui vient amplifier les autres menaces pesant sur Grand-Lieu. Peu profonde, l’eau du lac monte dangereusement en température : jusqu’à 33°C cette année en août ! Une catastrophe pour les poissons. Le réchauffement climatique pousse aussi certains migrateurs à modifier leur route et à déserter Grand-Lieu. « Des années comme 2020 nous font perdre un peu de notre optimisme, confie Jean-Marc Gillier. On a l’impression que le milieu est devenu moins résilient et encaisse beaucoup plus difficilement les difficultés climatiques. »

Et l’aéroport alors ?

Ça peut paraître étonnant mais la proximité de l’aéroport Nantes-Atlantique n’est pas considérée comme un problème pour la biodiversité de Grand-Lieu, selon les spécialistes du lac. « Le survol des avions fait l’objet d’un suivi très régulier et les études montrent qu’il n’y a pas d’impact significatif », assure Rémi Luglia, président de la SNPN. « On ne constate pas d’impact des avions sur les oiseaux et leur reproduction, confirme Jean-Marc Gillier, directeur de la Réserve nationale. La population de spatules blanches a, par exemple, dépassé les 270 couples cette année. Un nombre jamais atteint. C’est aussi à Grand-Lieu qu’on trouve la plus grande colonie de hérons de France. »