Aéronautique : Des scientifiques toulousains se montrent sceptiques sur l’avion vert d’Airbus

DEBAT Dans un blog, un collectif de scientifiques toulousains pointe la quantité d’électricité phénoménale qu’il faudrait pour faire voler l’avion à hydrogène que veut développer Airbus

H.M.

— 

Le turbopropulseur (à hélices), zéro émission, imaginé par Airbus.
Le turbopropulseur (à hélices), zéro émission, imaginé par Airbus. — Airbus

Il a soulevé l’enthousiasme des politiques et des médias. Mais le programme ZEROe d'Airbus, qui envisage la mise en service en 2035 d’un avion vert, propulsé à l’hydrogène, nourrit aussi le débat scientifique. Ce, dans le berceau même de l’avionneur. Les chercheurs de l'Atelier d'écologie politique de Toulouse (Atecopol) ont publié mardi dans leur blog sur Médiapart ce qu’ils appellent « quelques éléments de désenfumage ».

Ils y rappellent que l’hydrogène est actuellement produit principalement par « vaporéformage du méthane (…) une technique très émettrice en CO2 », dont pas spécialement plus enthousiasmante que le kérosène.

Guillaume Faury, le patron d’Airbus, l’a bien noté puisqu’il a l’intention d’utiliser de « l’hydrogène bas carbone », donc produit par électrolyse de l’eau, avec de l’électricité renouvelable.

16 réacteurs nucléaires pour l’équivalent du trafic de Roissy

L’Atecopol le prend au mot et fait ses calculs. Ses scientifiques estiment que pour faire voler à l’hydrogène liquide « propre » tous les avions qui se sont posés ou ont atterri à l’aéroport de Toulouse-Blagnac en 2018, il faudrait l’équivalent de 400 à 650 éoliennes ou encore 37 km2 de panneaux photovoltaïques, soit « la surface combinée de Blagnac et Colomiers ». Pour l’aéroport de Roissy, il faudrait « 10.000 à 18.000 éoliennes, ou 16 réacteurs nucléaires ».

A la décharge d’Airbus, il ne propose pas de convertir toute sa flotte à l’hydrogène en 2035 mais de faire voler un modèle d’avion commercial, encore à définir. Le constructeur compte par ailleurs sur la recherche et la structuration d’une filière industrielle. Il a 15 ans pour dissiper les scepticismes et relever le défi.