Bretagne : Comment rendre les éoliennes moins mortelles pour les chauves-souris ?

NATURE Un parc éolien du Morbihan teste un nouveau dispositif pour tenter de réduire la mortalité des chiroptères tout en maintenant au maximum l’activité des éoliennes

Jérôme Gicquel

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Les chauves-souris payent un lourd tribut avec les éoliennes.
Les chauves-souris payent un lourd tribut avec les éoliennes. — Mario Cea Sanchez / VWPic/SIPA
  • Des dizaines voire des centaines de milliers de chauves-souris meurent chaque année à cause des éoliennes.
  • Un nouveau dispositif pour tenter de réduire la mortalité des chiroptères est en test sur un parc du Morbihan.
  • Il permet de mesurer en temps réel l’activité des chauves-souris et de réduire ou de stopper l’activité des turbines en temps réel.

Comme de nombreuses espèces animales, les chauves-souris sont en danger. Selon un rapport de l’Office national de la biodiversité (ONB), leur population a diminué de près de 40 % en dix ans en France. Et comme si l’homme, les rapaces et les parasites ne suffisaient pas, les chiroptères doivent faire face depuis quelques années à un ennemi pour le moins mortel. Il s’agit des parcs éoliens qui se développent un peu partout sur le territoire.

Chaque année, ce sont ainsi des dizaines voire des centaines de milliers de chauves-souris qui seraient victimes des éoliennes. Leur mort peut survenir après une collision avec les pales des éoliennes. Mais les petits mammifères sont également décimés par le changement de pression dans l’air provoqué par les éoliennes, un phénomène appelé barotraumatisme, qui leur fait imploser les poumons.

Un permis de construire annulé en raison des chauves-souris

Alors que le Gouvernement veut accélérer sur les énergies renouvelables, l’impact des éoliennes sur la biodiversité fait l’objet d’une grande vigilance. Depuis 2011, les parcs éoliens sont en effet soumis au régime des installations classées pour la protection de l’environnement (IPCE). Avant toute construction, un exploitant doit ainsi s’assurer que son parc n’altérera pas trop la biodiversité et ne menacera pas trop les espèces présentes.

Le 30 juillet, le tribunal administratif a d’ailleurs annulé un arrêté du 20 novembre 2017 qui autorisait la construction d’un parc éolien près de Ploërmel (Morbihan) en raison d’un risque élevé de collision pour les seize espèces de chauves-souris recensées sur place. Une décision rare qui fait croire aux associations environnementalistes que les choses vont dans le bon sens. « Il y a du mieux en effet sur la protection des chauves-souris mais il reste encore des progrès énormes à faire », souligne Thomas Le Campion, chargé d’études au Groupe Mammalogique Breton (GMB).

Un nouveau dispositif de bridage des éoliennes

Pour protéger les chauves-souris, dont toutes les espèces sont protégées en France, des mesures sont déjà en place. Sur certains parcs où une forte mortalité a été constatée, le bridage des éoliennes est ainsi en vigueur. Pendant plusieurs heures la nuit, les turbines cessent de fonctionner pour laisser les chauves-souris vaquer à leurs activités.

Situé à l’est du Morbihan, le parc éolien de Saint-Congard, exploité par le groupe allemand BayWa r.e., est déjà concerné par ces mesures de bridage. Il expérimente depuis mai un nouveau dispositif, baptisé ProBat. Conçu par la société héraultaise Sense Of Life, il doit permettre de mieux affiner le bridage grâce à l’intelligence artificielle. « Des microphones installés sur les nacelles vont enregistrer en direct les ultrasons émis par les chauves-souris, détaille Caroline Cosnard de la société Sense Of Life. Un algorithme va ensuite les analyser et déterminer la fréquence de passages. Si l’activité est trop dense, la turbine va ralentir ou s’arrêter automatiquement ».

Réduire l’impact et maintenir l’activité du parc

Outre l’aspect environnemental, le dispositif a aussi l’avantage pour l’exploitant de maintenir l’activité de son parc. « Cela limite la fréquence et la durée des arrêts », indique Caroline Cosnard, précisant que l’outil permet aussi de « recueillir des données considérables sur les espèces ».

Thomas Le Campion se montre quant à lui plus réservé sur l’efficacité de ce dispositif. « Les premiers tests montrent que cela n’a pas réduit drastiquement la mortalité des chauves-souris », assure-t-il. Il pointe notamment « des zones d’ombre » qui ne permettent pas à la machine de détecter toutes les chauves-souris présentes à proximité des éoliennes.

Si le dispositif testé sur le parc de Saint-Congard est jugé fiable par les autorités et les exploitants, il pourrait toutefois être déployé sur d’autres parcs éoliens dans les prochains mois. « Ce test mené ici doit permettre de nourrir les réflexions pour les projets de demain », assure le préfet du Morbihan Patrice Faure.