Convention citoyenne: Piolle et Orphelin dénoncent «le détricotage» opéré par le gouvernement qui se défend

DEMOCRATIE PARTICIPATIVE « Après les discours enthousiastes vient le temps du détricotage", déplorent le maire EELV de Grenoble et le député pour qui le gouvernement se lance, en cette rentrée, dans « le détricotage des 146 propositions de la Convention citoyenne pour le climat

F.P. avec AFP

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Emmanuel Macron a reçu ce lundi matin les 150 membres de la Convention citoyenne dans les jardins de l'Elysée
Emmanuel Macron a reçu ce lundi matin les 150 membres de la Convention citoyenne dans les jardins de l'Elysée — CHRISTIAN HARTMANN / POOL / AFP

Le maire EELV de Grenoble Eric Piolle et le député EDS Matthieu Orphelin dénoncent mercredi « le détricotage » par le gouvernement des mesures mises sur la table par la convention citoyenne pour le climat et l’absence de propositions alternatives.

Cette tribune publiée sur le site du Monde paraît alors que le Premier ministre Jean Castex et la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili rencontrent mercredi matin, à Matignon, une vingtaine de représentants de la convention citoyenne pour le climat pour un point d’étape.

« C’est la désillusion »

Eric Piolle et Mathieu Orphelin estiment que trois mois après le discours d’Emmanuel Macron devant les 150 citoyens tirés au sort pour participer à cette convention, discours au cours duquel il avait retenu 146 des 149 propositions, « c’est la désillusion. Le gouvernement se lance, en cette rentrée, dans l’effilochage des propositions : après les discours enthousiastes vient le temps du détricotage ».

« Semaine après semaine, une par une, les mesures fortes de la convention sont abandonnées. C’est un reniement, tant sur le fond que sur la méthode », déplorent-ils, en énumérant les sujets de recul selon eux : moratoire sur la 5G, trajectoire progressive sur la fiscalité du kérosène, composante poids sur le bonus-malus auto, régulation de la publicité.

« Rien de pire que de consulter les citoyens sans tenir compte de leur avis »

« En matière de démocratie participative, il n’y a rien de pire que de consulter les citoyens sans ensuite tenir compte de leur avis. Au lieu de renforcer la confiance dans les élus, cela ne fait qu’accroître leur défiance », alertent les deux élus, en appelant le gouvernement à « se reprendre, s’il le peut ».

« A moins que, finalement, depuis le début, l’objet de la convention pour le climat n’ait été que de démontrer aux citoyennes et citoyens que les sujets étaient complexes et qu’il n’y avait pas de possibilité d’agir et de changer les choses ? Ce serait désolant, vu les enjeux, mais pas si étonnant… », ajoutent le maire Europe Ecologie-Les Verts et le député Ecologie Démocratie Solidarité.

« Alors, qui veut tuer la convention citoyenne pour le climat », interrogent-ils, en notant que « pas une seule fois, l’exécutif ne propose, à la place de celles de la convention, des mesures alternatives pour atteindre l’objectif qui leur était fixé : définir un projet global permettant de diminuer de 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. »

« Déjà des mesures mises en œuvre », répond-on dans l’entourage de Pompili

De son côté, le ministère de la transition écologique se défend dans son point d’étape, ce mercredi matin, sur la mise en œuvre des 146 propositions de la concention citoyennes.

Sur Twitter, Marine Braud, conseillère société civile et convention citoyenne de Barbara Pompili, avance ainsi « qu’une trentaine de mesures ont déjà été mises en œuvre totalement ou en partie, en particulier via France Relance. » Ce plan de 100 milliards d’euros pour relever la France de la crise sanitaire du Covid 19 avait été présenté début septembre par le gouvernement.

Un tiers de ces aides sont allouées à la transition écologique notamment pour des leviers qu’avaient identifiés les 150 citoyens de la convention citoyenne. Marine Braud cite les sept milliards d’euros qui seront investis dans les transports propres, les deux milliards d’euros qui iront au développement de la filière hydrogène ou encore l’élargissement de « MaPrimeRenov », une aide aux ménages pour la rénovation énergétique des logements et qui sera élargie à tous les Français au 1er janvier prochain.

Différents vecteurs de mises en oeuvre de ces 146 propositions

D’autres propositions – 40 % des 146, précise le ministère- seront par ailleurs transcrites dans le projet de loi Convention citoyenne pour le climat qui sera débattu au Parlement début 2021 et dans d’autres projets de loi (Projet de loi organique de réforme du Cese, projet de réforme constitutionnelle…).

D’autres mesures encore, de nature réglementaire, seront mises en œuvre par décrets et arrêtés, indique toujours le ministère de la Transition écologique. C’est le cas, par exemple, de l’interdiction des terrasses chauffées ou de l’installation de chaudières au fioul.

« Plus de 5 % des propositions relèvent par ailleurs exclusivement des négociations européennes et internationales », poursuit-on à l’Hôtel de Rocquelaure, « en précisant que la France les portera dans les instances communautaires et onusiennes ».