Fin de la captivité des cétacés : Quel avenir pour Marineland (ses orques et ses dauphins) après les annonces du gouvernement ?

BIEN ETRE ANIMAL Le gouvernement veut interdire la captivité des orques en 2022 et celle des dauphins en 2027, un délai « intenable » pour le parc

Fabien Binacchi

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Marineland détient quatre orques actuellement (Archives)
Marineland détient quatre orques actuellement (Archives) — F. Binacchi / ANP / 20 Minutes
  • Les textes que le gouvernement devrait « rapidement » entériner dans un nouveau décret comprendront l’interdiction immédiate de la reproduction et de l’introduction de nouveaux animaux.
  • « Injuste » et « surtout irréalisable dans un délai aussi court », alerte Pascal Picot, le directeur général du parc marin d’Antibes.
  • « Pourquoi ces décisions ne s’appliquent qu’aux parcs marins et pas à tous les autres zoos », peste-t-il, envisageant un recours.

Marineland sans ses orques et ses dauphins, c’est ce que souhaite le gouvernement à l’horizon 2027. Si elles ont été accueillies comme une « victoire » par les associations anticaptivité, les annonces, ce mardi, de la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, apparaissent « injustes » et « surtout irréalisables dans un délai aussi court », alerte Pascal Picot, le directeur général du parc marin d’Antibes.

Les textes que le gouvernement devrait « rapidement » entériner dans un nouveau décret comprendront l’interdiction immédiate de la reproduction et de l’introduction de nouveaux animaux. « Ensuite, dès 2022, les parcs français ne pourront plus détenir d’orques. Ni de dauphins à partir de 2027 », précise le député LREM des Alpes-Maritimes Loïc Dombreval, président du groupe d’étude parlementaire « Condition animale ».

« On décidera s’il y a lieu d’engager un recours »

« Si le délai est effectivement de deux ans » pour trouver une solution pour transférer ces animaux et transformer le parc, « c’est infaisable », appuie Pascal Picot, agacé, dit-il, que la profession « n’ait pas été consultée, qu’il n’y ait pas eu de concertation ». « Pourquoi ces décisions ne s’appliquent qu’aux parcs marins et pas à tous les autres zoos », peste-t-il aussi, évoquant une « injustice ».

« On attend le décret et on décidera alors s’il y a lieu d’engager un recours, prévient le responsable. Mais des délais aussi courts ne me paraissent pas légaux, parce que clairement intenables. » En 2018, un précédent décret de Ségolène Royal avait été annulé par le Conseil d'Etat.

Marineland détient aujourd’hui quatre orques et douze dauphins, dont les derniers sont nés en captivité cette année. Que pourraient-ils devenir ? La ministre évoque la piste d’un « sanctuaire » en mer où ces animaux pourraient être transférés. « C’est effectivement la solution privilégiée, explique Loïc Dombreval, interrogé par 20 Minutes. Il vaut mieux ça que de voir ces animaux envoyés dans d’autres parcs ailleurs dans le monde. »

« Pour les orques, j’ai peur que ce soit inévitable et qu’elles se retrouvent dans des structures en Chine, où leurs conditions de vie seraient déplorables. La solution des sanctuaires serait en revanche vraiment viable pour les dauphins », avance de son côté Christine Granjean, la présidente de l’association anticaptivité C’est assez, ravie de « ces annonces qui sont une vraie victoire après six ans de combat ».

Une contrepartie financière jugée « dérisoire »

On ne ferait alors que déplacer une partie du problème ? « On ne peut pas légiférer pour les autres pays mais au moins ces décisions arrêteront le cycle infernal des reproductions et des échanges entre nos parcs », pointe la militante. Reste la question financière liée à ces décisions. « Qui va payer pour ces sanctuaires qu’on nous annonce ? », interroge Pascal Picot, jugeant par ailleurs l’aide annoncée par Barbara Pompili pour aider les parcs impactés comme « absolument dérisoire ».

Une enveloppe totale « d’au moins huit millions d’euros » va être mise sur la table pour la reconversion des trois delphinariums du pays mais aussi des cirques ambulants (où les animaux sauvages ne devront plus non plus apparaître). Une somme jugée également « ridicule » pour le maire d’Antibes Jean Leonetti (LR). Mais qui réserve « une grosse marge de négociation », précisé le député Loïc Dombreval à 20 Minutes.

En attendant, « le risque, c’est que les propriétaires du parc [le groupe espagnol Parques Reunidos] décident tout simplement de l’abandonner et de mettre les animaux ailleurs », avance Jean Léonetti. « Le risque aussi, c’est de perdre des centaines d’emplois », dit-il. Marineland compte 160 CDI et embauche jusqu’à 500 saisonniers. La possibilité de transformer le parc en un lieu de loisirs aquatiques « ne préserverait qu’une toute petite partie de l’emploi et uniquement 80 jours par an », prévient Pascal Picot.