Faune sauvage : Que vont devenir les animaux actuellement présents dans les cirques et delphinariums ?

ANIMAUX La ministre de la Transition écologique a annoncé ce mardi la fin progressive des présentations d’animaux sauvages dans les cirques itinérants et celles des orques et dauphins dans les delphinariums. Mais que vont devenir ceux qui y sont déjà ?

Fabrice Pouliquen

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Un acrobate du Cirque Grüss réalise un numéro avec un éléphant, le 26 novembre 2003 sous le chapiteau du cirque Grüss, sur la pelouse de Saint-Cloud, au bois de Boulogne à Paris. (Photo illustration)
Un acrobate du Cirque Grüss réalise un numéro avec un éléphant, le 26 novembre 2003 sous le chapiteau du cirque Grüss, sur la pelouse de Saint-Cloud, au bois de Boulogne à Paris. (Photo illustration) — MARTIN BUREAU / AFP
  • Environ 500 fauves sont actuellement détenus par les cirques français, auxquels il faut ajouter six éléphants, deux hippopotames, des zèbres ou encore des autruches. On trouve par ailleurs quatre orques et une vingtaine de dauphins dans les delphinariums.
  • La fin annoncée ce mardi par Barara Pompili des présentations d’animaux sauvages dans les cirques et de la détention d’orques et dauphins dans les delphinariums implique de devoir trouver une porte de sortie à tous ces animaux
  • Un sujet bien plus compliqué qu’il ne paraît, et qui devra s’étaler dans le temps.

C’est la question qui vient tout de suite après le discours de Barbara Pompili, ce mardi matin. La ministre de la Transition écologique a annoncé la fin de la présentation d’ animaux sauvages dans les cirques itinérants. De même, la reproduction et l’introduction de nouvelles orques et dauphins dans les delphinariums seront exclues. Mais que vont devenir les animaux qui y vivent actuellement ?

La question est plus complexe qu’elle ne paraît. Il faut déjà savoir leur nombre. Cyrille Emery, délégué général de l'Association de défense des cirques de famille, à laquelle adhèrent deux tiers des 150 cirques français, compte environ 500 fauves – des lions et des tigres essentiellement – sous les chapiteaux français aujourd’hui. « Il faut ajouter six éléphants et deux hippopotames, Jumbo et Bouli, et quelques dizaines de primates, quelques zèbres, cinq à dix autruches… »

Pour ce qui est des orques, seul le delphinarium de Marineland, à Antibes, en présente en France. Il y en a quatre actuellement. Enfin, Marineland héberge actuellement douze dauphins, Planète Sauvage (Loire-Atlantique) neuf, tandis que le  parc Astérix en aurait huit.

La « piste ambitieuse » d’un sanctuaire marin

Au final, la liste des animaux en quête d’une porte de sortie est longue. Pas question, évidemment, que « ces animaux, habitués à la captivité, soient simplement relâchés dans le milieu naturel, ils n’y survivraient pas », écarte Barbara Pompili, qui invite à trouver des solutions au cas par cas.

Pour les orques et les dauphins, la ministre évoque une piste « ambitieuse et enthousiasmante » qui viserait à créer un sanctuaire marin pour accueillir ces animaux captifs. Une solution qu’Anissa Putois, chargée de campagne pour Peta (Pour une éthique dans le traitement des animaux) France, voit aussi d’un bon œil. « Des sanctuaires de ce type existent déjà [A Bali pour les Dauphins ou en Islandes pour les Belugas, précise l'association C'est Assez) et d'autres sont en projet au Canada ou en Europe [Grèce et Italie], précise-t-elle. Ce sont des zones délimitées, souvent à proximité des côtes, où ces animaux peuvent évoluer dans de beaucoup plus grands espaces, proches de leur habitat naturel, tout en restant soignés et surveillés en cas de besoin. Et puis, ils évoluent enfin à leur guise, sans obligation de participer à des spectacles et en ayant plus de libertés pour choisir leurs groupes sociaux. »

Cette transition réussie prendra du temps, prévient d’ores et déjà Barbara Pompili. La ministre évalue à quatre ans le temps nécessaire pour trouver une solution pour les quatre orques encore en captivité en France et entre sept et dix ans pour les dauphins.

Les zoos, une piste à oublier ?

La transition pourrait être plus longue encore pour les animaux des cirques. Plus complexes en tout cas, ne serait-ce parce qu’ils sont plus nombreux. Parmi les pistes ouvertes par Barbara Pompili, celle de faire accueillir certains de ces animaux dans les parcs zoologiques. Une perspective qu’Alexis Lécu, directeur scientifique du parc zoologique de Paris, comme Rodolphe Delort, président de l’ Association des parcs zoologiques français, disent tous deux très limitée. « Le monde des parcs zoologiques a des objectifs de conservation que lui a donné l’État et qui demandent d’avoir des animaux dont la génétique est assurée », rappelle le premier. « Ce n’est pas le cas pour les animaux de cirque. Nous avons par exemple au parc zoologique de Paris des lions de l’Atlas qui sont extrêmement proches, génétiquement, de leurs aïeux qui vivaient autrefois à l’état sauvage. Si demain, je dois prendre trois autres lions de cirque, nous réduirions à néant tout notre travail pour garder cette sous-espèce la plus "pure" possible. »

Rodolphe Delort ajoute le manque de place dans les zoos existants, qui rendrait « impossible la possibilité d’accueillir ces animaux ». « Et les places qui restent, il faut les garder en priorité pour les animaux qui ont un enjeu de conservation », indique-t-il.

Pas plus de places dans les refuges et sanctuaires ?

Il y a bien des refuges et sanctuaires pour animaux sauvages. C’est par exemple, en France, du refuge Tonga, à proximité de l’ Espace zoologique de Saint-Martin la Plaine (Loire) ou encore du  zoo refuge de la Tanière, près de Chartres (Eure-et-Loir). « Mais ils sont peu nombreux et déjà bien pleins, indique Alexis Lécu. On y envoie déjà régulièrement des animaux sauvages saisis par les autorités pour des absences d’autorisation de détention, des mauvaises conditions de détention ou encore des mauvais traitements. »

« Si ces deux centres sont en capacité de prendre en charge trois ou quatre fauves chacun, ce sera déjà très bien, estime Rodolphe Delort. On reste donc loin du compte. » Il pourrait être possible de compléter avec d’autres structures similaires présentes en Europe. « Mais ça ne permettra pas d’absorber spontanément des centaines d’animaux », reprend Alexis Lécu. Le dilemme est le même pour les éléphants, les hippopotames, les primates et autres animaux sauvages actuellement dans les cirques français.

Que les cirques se sédentarisent tout simplement ?

Une autre piste alors serait que ces animaux aujourd’hui dans les cirques restent tout simplement chez leurs propriétaires actuels jusqu’à leur belle mort. Cette possibilité n’était en tout cas pas écartée par Barbara Pompili ce mardi, « à condition que ces circassiens abandonnent l’itinérance – l’installation de ville en ville – et se sédentarisent ».

Peut-être la meilleure option, confirme Alexis Lécu. « Cela permettra une transition en douceur pour ces cirques du moment qu’ils s’en occupent bien. Cela évitera aussi aux animaux le traumatisme du changement de propriétaire et d’environnement… » « Tout ça se discute, c’est pourquoi nous souhaitons prendre le temps pour faire cette transition », reprend la ministre de la Transition écologique. A ce jour, il n’y a d’ailleurs pas de date fixée aux circassiens pour qu’ils mettent fin à la représentation d’animaux sauvages dans les cirques itinérants. Barbara Pompili dit juste avoir « une fourchette en tête », sans davantage de détails.

Il y a en effet un risque à vouloir aller trop vite, estime Alexis Lécu : « Que des petits cirques qui n’ont pas les moyens de se sédentariser et d’entretenir leurs animaux sauvages en viennent à les vendre au premier venu et qu’ils partent dans des pays où la réglementation sur la détention de faune sauvage est beaucoup moins stricte. »