Finistère : L’inauguration d’un chalutier géant fait polémique

PECHE Des associations environnementales estiment que le "Scombrus" va détruire la ressource et les emplois

J.G. avec AFP

— 

Le
Le — Fred Tanneau / AFP
  • Un chalutier géant a été inauguré ce vendredi à Concarneau par l'armement France Pélagique.
  • Des associations environnementales s'élèvent contre ce mastodonte des mers, coupable selon elles de détruire la ressource et les emplois.
  • Son propriétaire se défend en assurant que l'activité du Scombrus est très réglementée. 

C’est un vrai mastodonte des mers qui a été inauguré ce vendredi à Concarneau (Finistère) par l’armement France Pélagique. Le Scombrus, navire de pêche de 81 mètres de long et de 17 mètres de large, est doté « d’innovations majeures » à son bord. « Nous faisons un grand saut technologique avec la mise en service de ce bateau », s’est félicité Geoffroy Dhellemmes, fils et petit-fils d’armateurs. « De nombreuses tâches sont automatisées à bord », a détaillé le dirigeant, expliquant par ailleurs que le poisson était peu manipulé, améliorant ainsi sa qualité.

Le navire, qui a réalisé sa première marée début août, dispose d’une double propulsion diesel-électrique. Sa manœuvrabilité est ainsi améliorée et le bruit et la consommation réduits. Le processus de congélation a lui aussi été amélioré et en matière de confort et de sécurité, il est notamment doté d’un pont arrière semi-fermé protégeant les marins lorsque la mer est grosse. Il dispose également d’une salle de sport.

Des inquiétudes sur la ressource et les emplois

Ce chalutier-usine fait cependant l’objet de vives critiques de la part de certaines associations environnementales. France Pélagique « fait partie du lobby de la pêche industrielle néerlandaise et défend avec ferveur des méthodes de pêche incompatibles avec le maintien de la ressource et des emplois », dénonce ainsi l’association Pleine Mer dans un communiqué.

L’armement est une filiale du groupe néerlandais Cornelis Vrolijk, un acteur important de la pêche en Europe. Pour l’association Bloom, il s’agit de « défendre la petite pêche côtière », contre « l’industrialisation du secteur, synonyme du pillage des écosystèmes marins, de l’accaparement des quotas, du mépris du bien commun et de la disparition des pêcheurs artisanaux ».

« Un mauvais procès qu’on nous fait »

« Le Scombrus peut pêcher à lui tout seul 200 tonnes de poisson par jour, alors qu’un bateau de moins de 12 mètres autour de quelques tonnes par an », assure Charles Braine, président de Pleine Mer. La pêche pélagique « est extrêmement réglementée », se défend Geoffroy Dhellemmes, assurant que le navire ramène dans ses entrailles 120 tonnes de poisson par jour. « Nous ne pouvons pas pêcher ce que nous voulons », insiste-t-il, évoquant les quotas imposés par l'Union européenne. « C’est un mauvais procès qu’on nous fait », estime le dirigeant.

Selon son propriétaire, le navire ramène dans ses entrailles 120 tonnes de poissons par jour.
Selon son propriétaire, le navire ramène dans ses entrailles 120 tonnes de poissons par jour. - Fred Tanneau / AFP

« Nous ne pêchons pas les mêmes espèces, ni dans les mêmes eaux » que les pêcheurs artisanaux, explique-t-il, soulignant que les poissons pêchés par son armement n’ont pas la faveur des consommateurs français. Ses deux navires usine débarquent au Pays-Bas des harengs, du maquereau, du chinchard, du merlu bleu et de la sardine, après les avoir pêchés au large de l’Irlande, de l’Angleterre, de l’Écosse et dans le Golfe de Gascogne. Ils partent ensuite pour l’Afrique, l’Asie, le Japon et l’Europe de l’Est.

Des prises accidentelles rares selon l’armement

Concernant les prises accidentelles, l’armement assure qu’elles représentent moins de 1 % du total de poissons pêchés. Les chaluts pélagiques sont notamment accusés d’être responsables de la mort de nombreux dauphins.

« On en voit un de temps en temps, mais c’est très rare », assure Denis Thomazeau, second capitaine du chalutier. Le chalut est doté « d’une trappe de sortie pour les gros poissons », explique-t-il, faisant état également de l’utilisation de dispositifs acoustiques destinés à éloigner les cétacés et autres mammifères marins des chaluts.