Faire des bébés nous rend-il plus écolos ?

ENVIRONNEMENT Et si devenir parent était une excellente occasion de se sensibiliser à la protection de la planète et de commencer à changer ?

Jean-Loup Delmas

— 

Les bébés sauveront-ils la planète ?
Les bébés sauveront-ils la planète ? — Pixabay
  • Depuis quelques années, des mouvements écologistes soutiennent que faire des enfants serait un geste écocide, faisant exploser notre empreinte carbone et empirer l’état de la planète avec la venue d’un nouvel être humain pollueur.
  • Alors que la France connaîtra un pic de naissances annuel ce mercredi 23 septembre 2020, 20 Minutes s’est posé la question inverse : et si faire des bébés était une aubaine écologique ?
  • Deux journalistes spécialisés dans les questions d’environnement, qui publient un livre sur le sujet, explorent ce paradoxe.

C’est le grand jour ! Ce mercredi, la France connaîtra son pic annuel de naissances, comme l'avait souligné il y a quelques années l'Institut national d'études démographiques. Mais tandis que les maternités connaîtront un afflux de nourrissons, la Californie continuera de brûler, le taux de CO2 dans l’atmosphère de crever les plafonds et  l’Arctique se rapprochera toujours plus de la taille du Luxembourg. Par conséquent, depuis quelques années, certains (futurs) parents s’interrogent : faut-il arrêter de faire des enfants pour limiter l’empreinte carbone de l’humanité et sauver notre planète ?

Amateur de « plot twists » tels que la fin de Sixième sens et de  l'élimination de Claude sur les poteaux de Koh-Lanta, préparez-vous : et si faire des enfants était en réalité un geste pour la Terre ? L’idée est ardemment défendue par deux journalistes environnement, Valère Corréard et Mathilde Golla, dans leur livre Un bébé pour tout changer *.

Changer pour son bébé

« On se demande souvent si on peut être écolo et parent. Je pense surtout qu’on ne peut pas être parent sans devenir écolo », pointe d’entrée Valère Corréard. Le postulat est simple : un enfant bouleverse la vie du parent qui, en souhaitant le meilleur pour sa progéniture, aujourd’hui et demain, mettrait en place des mécanismes s’infusant ensuite dans toute la famille. Du coup, l’empreinte carbone du bambin diminuerait d’autres empreintes carbone. « Par exemple, la nourriture de toute la famille évolue lors d’une naissance : les parents font bien plus attention aux produits qu’ils achètent, vont opter pour du bio, des produits mieux tracés, à la base pour les courses de bébé mais ensuite pour les leurs aussi », appuie le journaliste de France Inter.

Totalement à contresens du discours ambiant donc, mais cette polémique ne serait pas vaine pour autant, selon Mathilde Golla, journaliste « éco & solution » au Figaro : « Puisque la question de l’impact d’un enfant sur l’environnement se pose, la naissance s’accompagne parfois d’une culpabilité parentale, parents qui vont faire d’autant plus attention à leur impact sur la planète. »

Ricochets et cercle vertueux

Et c’est justement ça qu’apporterait l’enfant : une occasion ou jamais de changer d’anciennes habitudes pas toujours écolo-friendly. Valère Corréard, lui-même papa, sait bien tout cela : « Avant d’avoir un enfant, jamais on ne s’imagine faire des nuits de trois heures, ne plus sortir avec ses amis, se consacrer entièrement à autrui… Tout ce qu’on croyait inamovible et inéluctable est remis en question. » Autrement dit, c’est une période de « profondes mutations », et donc l’occasion idéale pour changer. « Un enfant peut être l’électrochoc parfait pour modifier de mauvaises habitudes. On le voit avec la cigarette, l’arrêt de la malbouffe, etc. Alors pourquoi pas avec les gestes polluants ? »

Et ensuite, c’est parti pour l’effet ricochet, qui peut entraîner des changements bien plus profonds qu’imaginés. « L’avantage de ces modifications d’habitude, c’est qu’elles nous rendent fiers de nous. Du coup, on a envie de continuer », s’enthousiasme Mathilde Golla, évoquant « un cercle vertueux ». « C’est gratifiant de faire des bonnes choses pour la planète, c’est gratifiant de se dire qu’on évolue et qu’on s’améliore. Il y a rarement des retours en arrière : au contraire, on a tendance à faire toujours plus. Les gens s’auto-motivent. »

Pourquoi nous battons-nous ?

Et si les bébés qui naissent actuellement devenaient la génération miracle, celle qui changera pour de bon les mauvaises habitudes de l'humanité ? Valère Corréard prend l’exemple de son enfant, pour qui il est tout à fait naturel de faire 500 mètres de plus sur la plage pour ne pas jeter un emballage, « alors que mon grand-père, lui, balançait tous les détritus par la fenêtre de la voiture. On sait qu’il est bien plus difficile de modifier une habitude déjà existante que d’en apprendre des nouvelles à nos enfants. Avec eux, on peut changer les normes très facilement. »

Sans parler d’être une formidable source de motivation. Vous l’aurez compris, avec le thermomètre qui explose tous les records en cette année 2020, des efforts, il va falloir en faire, et pas qu’un peu. Et quoi de plus inspirant que nos propres mouflets ? « Je ne crois pas qu’on puisse autant changer et modifier le cours d’une situation aussi extrême que la nôtre sans avoir quelque chose au nom de quoi de se battre. Quand on a un enfant, on est prêt à tous les efforts pour lui assurer le meilleur avenir possible. Je vois mal l’humanité changer si elle se dit qu’elle n’a plus de futur », appuie Valère Corréard.

Le journaliste conclut de façon tranchée : « De toute manière, l’essence même de toute espèce, c’est de procréer. Il y aura toujours des bébés sur Terre, il ne faut pas se leurrer. Essayons d’y voir une opportunité écologique plutôt qu’un désastre. »

* Un bébé pour tout changer, de Valère Corréard et Mathilde Golla, éditions Marabout, 2 septembre 2020, 384 pages, 15,9 euros.