Bordeaux : « La métropole ne réussira à planter un million d’arbres qu’avec le concours massif de ses habitants »

NATURE Le président de Bordeaux Métropole Alain Anziani a annoncé vouloir planter un million d'arbres dans les dix prochaines années, un ambitieux plan qui rappelle ce qui a été fait à New York il y a quelques années

Mickaël Bosredon

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Arbres sur les quais de Bordeaux
Arbres sur les quais de Bordeaux — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Le président de la métropole dit vouloir s’appuyer sur le privé et les habitants pour atteindre l’ambitieux objectif de planter un million d’arbres supplémentaires.
  • Pour les créateurs d’Arbre en Ville, « les habitants vont se mobiliser pour planter des arbres sur des places. »
  • Fraîcheur, traitement de la pollution, stockage du carbone… Les bénéfices de l’arbre en milieu urbain sont multiples, rappellent-ils.

Les Bordelais feront-ils aussi bien que les New-Yorkais ? En annonçant mardi un ambitieux programme de plantation d'un million d'arbres sur la métropole bordelaise dans les dix prochaines années, et en expliquant vouloir s’appuyer sur la population pour y parvenir, le président de la métropole Alain Anziani s’est en tout cas inspiré de la « Grosse Pomme ».

En 2007, New York avait aussi lancé un programme d'un million d'arbres supplémentaires en dix ans. En mobilisant la population grâce aux réseaux sociaux, l’objectif a été atteint en seulement sept ans. « Ils ont organisé plein d’événements pour planter des arbres, c’est cela qui a fait le succès de l’opération », souligne Olivier Papin, responsable du bureau d’études bordelais E6, spécialisé dans l’environnement. Rappelant que la métropole n’est propriétaire que de 5 % du foncier sur le territoire de l’agglomération, Alain Anziani a annoncé qu’il faudrait travailler avec le privé et avec les habitants.

« Je suis convaincu que la population va s’approprier le projet »

Alexandre Colin, qui dirige l’atelier Paysages à Saint-Jean-d’Illac (Gironde), dit avoir été surpris par « l’ambitieux projet » de la métropole. « Un million d’arbres supplémentaires, c’est un chiffre vraiment important. » Il a développé avec E6 un travail spécifique sur l’adaptation des territoires au changement climatique, et les deux entreprises ont notamment réalisé le diagnostic des îlots de chaleur et de fraîcheur de Bordeaux Métropole, et ont développé l’outil Arbre en Ville, sur le rôle de l’arbre en milieu urbain.

Comme à New York, il pense que « la métropole ne réussira son projet qu’avec le concours massif de ses habitants. » « Je suis convaincu que la population va s’approprier le projet, anticipe-t-il, la demande sera là et des habitants vont se mobiliser pour planter des arbres sur des places. » Même analyse pour Olivier Papin, qui a observé « une vraie attente des citoyens pour aller vers plus de végétalisation. »

« Créer des îlots de fraîcheur dans toute la métropole »

Les retombées des arbres en milieu urbain sont multiples. « Cela apporte de la fraîcheur et de la nature en ville, du traitement de la pollution atmosphérique, du bien-être, et du stockage carbone même si ce n’est pas l’argument principal car c’est marginal comparé aux émissions de la métropole [qui sont de l’ordre de 5 millions de tonnes par an, quand un arbre absorbe entre 1 et 5 tonnes de Co2 dans sa vie]… »

Contacté par 20 Minutes, Alain Anziani assure qu’avec « les températures qui ne cessent de grimper, il faut créer des îlots de fraîcheur dans toute la métropole » et qu’avec « un très grand nombre d’îlots on peut avoir une influence sur le climat de la métropole. » « Si ça ne change pas à l’échelle de toute la métropole, ça peut en tout cas rafraîchir une place », selon Olivier Papin.

« Il faut espérer que tout ne soit pas planté qu’en périphérie »

Une fois l’annonce passée, de nombreuses questions vont devoir maintenant être abordées. « Il faut espérer que tout ne soit pas planté qu’en périphérie, avance Alexandre Colin, il en faudra aussi dans le cœur de la métropole : cela permettra de proposer des espaces de fraîcheur là où il en manque. » Le paysagiste pense notamment au « cours de l’Intendance, qui est hyper-minéral et très foncé, c’est l’exemple type de ce qu’il ne faut pas faire. » La difficulté majeure dans ces endroits, « ce sont les réseaux qui passent dessous et qu’il faudra dévier, mais on sait faire, c’est une question de moyens. »

Le nouveau maire de Bordeaux, l’écologiste Pierre Hurmic, avait fait de la végétalisation un axe fort de sa campagne municipale, alors que la ville, avec un patrimoine arboré de 19 m2/habitant, ne pointe qu’à la 9e position au classement des villes de plus de 200.000 habitants les plus vertes de France. 

Au niveau de la métropole, les zones d’activité et les zones commerciales, « comme Bordeaux-Lac ou Rives-d’Arcins » sont aussi stratégiques car ce sont « les zones les plus chaudes du territoire, en raison de leurs toitures plates qui prennent bien la chaleur et de leurs parkings qui ne sont pas ombragés. »

Vouloir planter de grands arbres serait « une erreur »

Autre interrogation : que planter, surtout quand le réchauffement climatique est en train de changer la donne. « Certains arbres ont du mal à se développer, note Alexandre Colin, il faudra donc que Bordeaux métropole élargisse sa palette d’essences d’arbres à planter. Et il faut surtout une mixité d’essences, 15 à 20 différentes dans une même rue. »

Quant à la taille des arbres, et sachant qu’il faut trois ans à un arbre pour atteindre deux mètres de hauteur, Alain Anziani a prévenu les vouloir « suffisamment grands, pour que l’on ait tout de suite une bonne visibilité. » Ce qui est une erreur selon le paysagiste. « Même si visuellement c’est plus fort, il vaut mieux planter des arbres jeunes, c’est ainsi qu’ils s’adaptent le mieux. » « Un autre enjeu sera de savoir qui va les entretenir, car avec les canicules que l’on subit, il va falloir irriguer », prévient Olivier Papin.

Une première microforêt urbaine à Mérignac ?

Le président de la métropole a aussi annoncé que dans son plan, il comptait créer des microforêts urbaines. A commencer au sein de sa propre ville de Mérignac. « La Poste a accepté de nous céder 1.600 m2 de terrain pour que nous puissions faire une microforêt urbaine, explique-t-il à 20 Minutes. Nous aurions ainsi en plein centre, juste à côté de la médiathèque, un îlot de fraîcheur, et ce serait un lieu de détente pour les habitants. »

La microforêt urbaine est une méthode de plantation de microforêts natives, développée par le botaniste japonais Akira Miyawaki. « Cela consiste à planter des arbres très jeunes et très serrés, jusqu’à 16 plants au m2, résume Alexandre Colin. L’idée est de mettre les plantations en concurrence, ce qui permet une sélection naturelle et surtout de faire grandir les arbres deux fois plus vite. Personnellement, je ne suis pas convaincu, car cela peut être un moyen de faire du chiffre tout en sachant que des arbres ne subsisteront pas, et il y a un risque que l’arbre s’en retrouve fragilisé. » Bref, il y a encore du terrain à défricher, avant que le projet du million d'arbres ne prenne réellement racine.