Ille-et-Vilaine : « Il faut préserver la terre »… L’agriculture tente de résister à la pression foncière

AGRICULTURE Dans ce département très attractif, les paysans doivent lutter pour ne pas voir leurs terres être bétonnées

Camille Allain

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Illustration d'un tracteur travaillant dans un champ près de Rennes.
Illustration d'un tracteur travaillant dans un champ près de Rennes. — C. Allain / 20 Minutes
  • La France bétonne l’équivalent d’un département tous les sept ans.
  • Département très attractif, l’Ille-et-Vilaine voit, lui, ses terres agricoles être grignotées chaque année par la pression foncière.
  • A l’occasion du grand salon de l’élevage qui a débuté mardi à Rennes, la Confédération Paysanne a décidé d’alerter sur la nécessaire préservation du foncier.

« On pensait perdre notre ferme ». Sébastien Vétil est un agriculteur heureux et à l’entendre, ses animaux le sont aussi. Toute l’année, ses chèvres angoras, ses veaux et ses vaches profitent du plein air à Guipry-Messac (Ille-et-Vilaine), où sa ferme est installée. C’est là qu’un parc d’attraction dédié aux légendes arthuriennes devait s’installer il y a deux ans. Si le projet avait vu le jour, Sébastien aurait perdu six de ses 65 hectares de terre. « C’est une lutte permanente pour préserver le foncier. Notre cas est la preuve que cela peut arriver partout, même quand on est éloignés des grandes villes ».

Située à une quarantaine de kilomètres au sud de Rennes​, la petite ville enjambant la Vilaine subit pourtant moins la pression foncière que les communes encerclant la capitale bretonne. Très attractive, la métropole voit débarquer chaque année des milliers de nouveaux habitants. Pour les loger et offrir une place en crèche ou à l’école à leurs enfants, les nouvelles constructions se multiplient, suscitant l’inquiétude des principaux propriétaires de terres.

« Quand la terre est goudronnée, elle est perdue pour toujours »

« On a l’impression que chacun veut sa route, sa zone commerciale, son lotissement. Il n’y a pas d’aménagement global du territoire. On vide certains secteurs pour en remplir d’autres ailleurs alors qu’il y a des friches industrielles à l’abandon. Et quand la terre est goudronnée, elle est perdue pour toujours », regrette Charlotte Kerglonou-Mellier, porte-parole de la Confédération Paysanne.

Son syndicat a voulu profiter de la tenue, même chamboulée, du Space à Rennes pour alerter la population sur la question de la pression foncière. Plutôt ancrée à gauche, la Confédération Paysanne s’écharpe souvent avec la FNSEA, syndicat majoritaire très présent au grand salon de l’élevage. Mais sur la question du foncier, leurs avis convergent. « Je suis alerté toutes les semaines sur cette question », admet Loïc Guines, président de la chambre régionale d’agriculture. « Quand je vois le nombre d’hectares qu’on nous a pris pour la LGV… On ne nous les rendra pas », poursuit l’éleveur de vaches, récemment converti au bio.

« Il est primordial de ne pas éloigner les paysans des villes »

En France, l’urbanisation mange l’équivalent d’un département tous les sept ans. L’Ille-et-Vilaine n’échappe pas à la tendance et voit ses terres agricoles être grignotées de partout. Mais des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour les défendre. A Beaucé, le permis de construire accordé au magasin Grand Frais est contesté par le maire de la commune voisine de Fougères.

Ce dernier refuse de voir une nouvelle offre commerciale concurrencer les commerces de centre-ville. « Ces zones dévitalisent les bourgs, elles s’étalent, s’agrandissent. Il est primordial de ne pas éloigner les paysans des villes. Je pense que moins on se connaît, moins on se comprend », martèle la porte-parole de la Confédération Paysanne.

A l’heure du circuit court et du « consommer local », la présence des fermes aux abords des villes semble pourtant primordiale.