Méditerranée : Des chercheurs percent le mystère de l'incroyable voyage des thons rouges

MER Des puces électroniques ont été posées sur plusieurs specimen

Nicolas Bonzom

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Le marquage d'un thon rouge
Le marquage d'un thon rouge — Ifremer
  • Les pérégrinations migratoires, visant à se nourrir et à se reproduire, des thons rouges, restent une énigme pour les scientifiques.
  • Des chercheurs de l'Ifremer ont ainsi posé des puces électroniques sur plusieurs poissons pour tenter de comprendre leurs incroyables voyages.
  • L'un d'eux a fait une double transatlantique avant de retourner en Méditerranée.

Les thons rouges, nageurs infatigables, sont de grands voyageurs. Mais leurs pérégrinations migratoires, visant à se nourrir, dans les eaux froides, et à se reproduire, dans les eaux chaudes, restent cependant une énigme pour les scientifiques.

Pour tenter de percer leurs mystères, des chercheurs montpelliérains de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) ont lancé il y a deux ans une campagne inédite, qui vient d’apporter quelques réponses à leurs interrogations.

« Un périple impressionnant »

C’est au sud de Malte, sur un navire de pêche, que ces scientifiques ont capturé des thons, pour les équiper d’une puce électronique, avant de les relâcher. « Le marquage à bord d’un senneur [un navire de pêche] est un véritable défi logistique, explique Tristan Rouyer, chercheur au laboratoire halieutique Méditerranée, à Montpellier. Il faut remonter à bord des thons qui pèsent plus de 200 kg, placer l’ancre de la marque électronique à un endroit spécifique du dos, le tout dans un temps aussi réduit que possible pour limiter au maximum le stress du poisson et le libérer au plus vite. Nous sommes la seule équipe à réaliser ces marquages à l’occasion des campagnes de pêche à la senne sur les zones de reproduction, où les plus grandes captures mondiales sont réalisées. »

Les chercheurs ont ensuite croisé les doigts pour que les puces tiennent, embarquées sur ces gros poissons. « Sur les cinq individus que nous avions équipés, trois marques ont tenu plus de dix mois, dont deux un an, sans se décrocher », reprend le chercheur.

Une double transatlantique

Les scientifiques ont pu ainsi élucider leurs trajectoires : deux thons, plus pépères que ses congénères, sont restés en mer Méditerranée, tandis qu’un autre a été retrouvé à Ravenne, dans le nord de l’Adriatique. « Le plus aventureux a gagné l’Atlantique jusqu’au sud de l’Islande avant de poursuivre sa traversée vers le Canada, de faire cap vers le sud puis d’amorcer un retour en Méditerranée où il est rentré au mois de juin, un an après avoir été marqué. Un périple impressionnant ! », souligne l’Ifremer. Une double transatlantique, qui a particulièrement étonné les scientifiques.

Outre le détail des voyages de ces thons rouges, les marques électroniques ont aussi permis aux chercheurs de mesurer d’autres paramètres, comme la température, la lumière. Ces données sont autant de clés pour comprendre le comportement surprenant de ce poisson. Et pour étudier leur dynamique migratoire, face au changement climatique. D’autres puces seront bientôt posées sur d’autres thons, indique l’Ifremer.