Aude : Pourquoi la région Occitanie s'engage à fond dans l'éolien flottant

ENERGIE Deux fermes pilotes seront installées en 2022 à Leucate et à Gruissan

Nicolas Bonzom

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Une éolienne flottante (illustration)
Une éolienne flottante (illustration) — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA
  • Les deux premières « fermes pilotes » d’éoliennes flottantes d’Occitanie seront mises en service, au large de Leucate et de Gruissan, avec pour objectif d’amorcer la transition écologique et de faire baisser les factures.
  • Mais les associations craignent pour la préservation de la faune marine et pour les pêcheurs, dont des zones de pêche vont être supprimées.

Depuis plusieurs années, la région Occitanie rêve d'éolien flottant. Lundi, à Marseille (Bouches-du-Rhône), en ouverture des Rencontres internationales de l’éolien offshore flottant, sa présidente, Carole Delga (PS) a dit, une nouvelle fois, sa détermination à voir pousser de tels parcs dans le golfe du Lion. « Avec l’objectif de 3 gigawatts d’éolien en mer flottant installé à l’horizon 2050, soit l’équivalent d’une puissance moyenne de trois réacteurs d’une centrale nucléaire », s’est engagée l’élue.

Lancée par la région, la restructuration du port de Port-la-Nouvelle (Aude), imaginé comme le cœur névralgique de l’éolien en Méditerranée, permettra dès 2021, la construction, l’assemblage et la maintenance des éoliennes. En 2022, deux « fermes pilotes » seront mises en service, au large de Leucate et de Gruissan.

« Devenir la première région à énergie positive en Europe »

« La région s’engage au titre de sa trajectoire : devenir la première région à énergie positive en Europe, explique Agnès Langevine (EELV), vice-présidente de la région en charge de la transition écologique. Nous avons élaboré un scénario, sur la sobriété et l’efficacité énergique, et le développement des énergies renouvelables. Aussi, nous avons, en Occitanie, des gisements de vent très importants. »

Et même le meilleur spot de vent de Méditerranée, les adeptes du kite surf ne diront pas le contraire. Parfaits pour développer l’éolien. Terrestre ? Trop de « crispations dans les territoires », reprend l’élue écologiste. La région Occitanie a ainsi jeté son dévolu sur l’éolien flottant offshore, qui n’en est qu’à ses balbutiements. « Cela permettra de produire de l’énergie renouvelable, de sortir de l’énergie fossile, des hydrocarbures, du nucléaire, lutter contre le réchauffement climatique, reprend Agnès Langevine. Couplé avec un plan de rénovation énergétique, cela représente aussi une baisse de la facture énergétique pour les citoyens. » Et pas seulement pour les Occitans.

« Il faut attendre d’avoir un véritable retour d’expérience »

Mais l’enthousiasme de la région Occitanie quant à l’éolien flottant offshore n’est pas partagé par tous. Pour le collectif TNE (Toutes nos énergies) Occitanie Environnement, qui regroupe 140 associations, la collectivité se précipite.

Pour Bruno Ladsous, « il faut faire les choses dans l’ordre ». « Il faut attendre d’avoir un véritable retour d’expérience, explique le co-secrétaire du collectif environnemental. Car l’éolien flottant est un problème pour les pêcheurs, auxquels des zones de pêche vont être supprimées. Il faut qu’il y ait un accord avec les professionnels de la pêche. Et c’est un scandale pour la préservation des faunes marines. Il faut également arrêter les machines en période migratoire, pour protéger les espèces qui circulent. Et positionner les éoliennes suffisamment loin des côtes pour qu’elles ne nuisent pas aux riverains, et au tourisme. On n’a pas le droit de détériorer une zone aussi magnifique. »

« Le climat, c’est urgent »

Selon Agnès Langevine, les deux lauréats des appels d’offres des fermes pilotes ont produit « beaucoup d’études » sur l’impact environnemental de tels projets. « Nous suivons cela de très près, note l’élue. On doit encore, il est vrai, monter en compétence sur l’impact sur la biodiversité et les écosystèmes marins. L’année prochaine, l’Etat va lancer une étude de grande ampleur à ce sujet. » Alors si l’impact n’a pas été réellement mesuré, pourquoi ne pas attendre un peu ? « Parce que la filière a besoin de visibilité, parce que le climat, c’est urgent », répond la vice-présidente de la région.

Quant au dialogue avec les pêcheurs, il est déjà ouvert, reprend-elle. Tous les acteurs de la mer ont pu ainsi travailler ensemble, note Agnès Langevine, notamment sur la définition des zones où les éoliennes seront implantées, lors du Parlement de la mer.