Le plan de relance, l’occasion aussi d’améliorer le bien-être animal dans les abattoirs ?

ANIMAUX Le gouvernement assure vouloir penser aux animaux dans le plan de relance, via une enveloppe de 250 millions en faveur du bien-être animal. Une partie doit servir à la modernisation des abattoirs. Loin d’être anecdotique ?

Fabrice Pouliquen

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Illustration de cochons dans un abattoir.
Illustration de cochons dans un abattoir. — ANDRE DURAND
  • Dans les 100 milliards d’euros du plan de relance annoncé ce jeudi, il y en a aussi un peu pour les animaux. Une enveloppe de 250 millions d’euros doit servir à aider les éleveurs à sortir de l’élevage intensif, mais aussi à moderniser les abattoirs.
  • Sur ce deuxième volet, Caroline Brousseaud, de l’Afaad, pointe « une bonne nouvelle ». « Beaucoup de petits abattoirs sont en difficulté financière et ne peuvent pas faire les investissements nécessaires à une meilleure prise en compte du bien-être animal ».
  • Et leur disparation n’est pas forcément une bonne nouvelle. Explications.

Ce n’est pas la mesure la plus commentée du plan de relance présenté par le Premier ministre Jean Castex ce jeudi à l’issue du Conseil des ministres. Mais dans les 100 milliards d’euros d’aides qui vont être injectés dans l’économie française pour lui permettre de se relever de la crise liée au coronavirus, certaines iront au bien-être animal. Le ministère de la Transition écologique évoque ainsi une enveloppe de 250 millions d’euros, « pour favoriser les élevages en plein air et surtout la modernisation des abattoirs ».

« La crise sanitaire a montré que beaucoup d’abattoirs sont aujourd’hui en difficulté et repoussent les investissements indispensables pour garantir des conditions de bien-être animal acceptables », y justifie-t-on.

« Ne pas laisser les petits abattoirs disparaître »

Cette enveloppe, c’est globalement « une bonne nouvelle, réagit Caroline Brousseaud, présidente de l’Association en faveur de l’abattage des animaux dans la dignité (Afaad). On met en tout cas le doigt sur un problème majeur, détaille-t-elle. Les normes à respecter sont de plus en plus importantes, si bien que les petits abattoirs, notamment ceux publics, n’ont pas les fonds suffisants pour réaliser les modernisations nécessaires. »

Résultat : ils disparaissent, ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle pour les animaux, même si dans ceux qui ferment, certains étaient effectivement de mauvais élèves sur la question du bien-être animal. « Un enjeu fort, aujourd’hui, est de maintenir un maillage suffisant d’abattoirs en France, reprend Caroline Brousseaud. Il en reste 265 [abattoirs de boucherie, hors volailles], un nombre qui a beaucoup diminué ces dernières années. Des territoires se retrouvent alors dépourvus, ce qui ne fait que rallonger les temps de parcours des animaux. » Or, le transport des animaux est l’autre point noir de la souffrance animale dénoncé par les associations.

Sébastien Arsac, porte-parole de l’association L214, ajoute que les « gros » abattoirs ne sont pas forcément meilleurs que les petits sur la question du bien-être animal, même lorsqu’ils ont l’assise financière pour moderniser leurs outils de travail. «   Les cadences jouent aussi beaucoup dans la maltraitance animale, insiste-t-il. De même que le manque de volonté ou le manque de formation du personnel. »

Formation et transparence aussi

Le 27 août dernier, interrogé sur RTL sur l’opportunité que représentait le plan de relance pour accompagner la filière de l’abattage, Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture, ne se limitait pas à la modernisation des équipements, mais ajoutait « la formation du personnel qui y travaille » et la « transparence de la profession ». « On touche là encore des points fondamentaux déjà soulignés au moment de la commission sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie qu’avait conduite le député Olivier Falorni [en 2016], réagit Caroline Brousseaud. Il existe notamment un certificat de compétences de protection animale, mais cette formation est très théorique et se résume pour l’essentiel à un QCM. C’est insuffisant pour apprendre les bons gestes. »

La transparence de la filière de l’abattage est un sujet bien plus sensible. Elle est souvent résumée à l’instauration de la vidéosurveillance en abattoirs, l’une des mesures fortes que proposait Olivier Falorni. Votée par l’Assemblée nationale en janvier 2017, elle avait finalement été abandonnée dans le projet de loi qu’avait présenté Stéphane Travert – alors ministre de l’Agriculture –, début 2018.

Revoilà le débat sur les caméras ?

Le plan de relance et cet argent mis pour moderniser les abattoirs pourraient être l’occasion remettre le sujet sur la table. Toujours sur RTL, le 27 août dernier, Julien Denormandie n’a pas exclu cette possibilité. « Cette transparence, elle est normale. Est-ce que ça passe par des caméras ou par d’autres systèmes ? Ça, ce sont des discussions qu’on doit avoir avec l’ensemble des acteurs (…), je n’exclus rien du tout », déclarait-il.

Tout ne se résume pas aux caméras, confirme Caroline Brousseaud. La présidente de l’Afaad évoque aussi les rapports d’inspection des services vétérinaires sur la protection animale réalisés au moins une fois par an pour chaque abattoir. « En 2016, Stéphane Le Foll, le ministre de l’Agriculture de l’époque, s’était engagé à les rendre publics, rappelle-t-elle. Cela n’a jamais été le cas, alors que ce sont des documents précieux pour les associations, mais aussi les éleveurs, les professionnels du secteur. »

Dans l’attente des détails

Cette enveloppe de 250 millions d’euros « laisse en tout cas de la place pour faire beaucoup de choses, assure Caroline Brousseaud. Il reste désormais à connaître les détails, commente-t-elle. On ne sait pas très bien, même, quelle part de ce montant ira au développement des élevages en plein air et quelle autre ira à la modernisation des abattoirs. »

A bien y réfléchir, Sébastien Arsac préconise d’investir bien plus sur le premier volet, celui de l’accompagnement des agriculteurs à une sortie de l’élevage intensif. « On pourrait s’assurer plus facilement que l’argent aille à des petits éleveurs et non pas à des poids lourds de l’agroalimentaire que l’on retrouve souvent derrière les abattoirs, commence-t-il. Et puis, on irait dans le sens d’un changement de modèle, dont le bien-être animal en sortira gagnant à coup sûr. »

Et pourquoi pas un coup de pouce aux abattoirs mobiles ?

C’est l’une des interrogations, à ce jour, de Caroline Brousseaud. Dans ces 250 millions d’euros, y en aura-t-il un peu pour soutenir les abattoirs mobiles, qui se déplacent directement chez l’éleveur ? Le sujet tient à cœur de l’Afaad, « ne serait-ce parce que ces abattoirs mobiles évitent d’avoir à transporter les animaux, une source importante de stress pour ces derniers », précise sa présidente. Ils ont aussi pour particularité de ne pas s’imposer de fortes cadences, ce qui facilite la prise en compte du bien-être animal.

« Ils ne sont pas interdits aujourd’hui, la loi Agriculture et alimentation [promulguée le 1er novembre 2018] permettant une phase d’expérimentation de quatre ans, reprend Caroline Brousseaud. Mais aucun ne tourne à ce jour sur le territoire, les investissements initiaux étant lourds. » En revanche, plusieurs projets sont très bien avancés. C’est le cas du Boeuf Ethique, porté par l’éleveuse Emilie Jeannin, en Côte-d’Or, ou encore AALVie (Abattage des animaux sur leur lieu de vie), porté par un collectif d’éleveurs de Loire-Atlantique.

« Ces deux projets font actuellement l’objet de campagnes de financement participatif », précise Caroline Brousseaud. Le plan de relance pourrait être l’occasion pour l’Etat de mettre la main à la poche.