Plan de relance : Trente milliards d’euros pour une accélération « sans précédent » de la transition écologique ?

POLITIQUE Le plan de relance que doit détailler ce jeudi Jean Castex prévoit 30 milliards d’euros pour la transition écologique. De quoi permettre une accélération sans précédent, promet l’exécutif. De leur côté, les ONG, invitent à regarder le plan dans son intégralité

Fabrice Pouliquen
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Dans le but d'accélérer la transition écologique, le plan de relance concocté par l'exécutif prévoit d'investir onze millions d'euros dans les transports, dont la moitié dans le ferroviaire et la mobilité du quotidien.
Dans le but d'accélérer la transition écologique, le plan de relance concocté par l'exécutif prévoit d'investir onze millions d'euros dans les transports, dont la moitié dans le ferroviaire et la mobilité du quotidien. — AFP
  • Le Premier ministre, Jean Castex, doit détailler ce jeudi, à l’issue du Conseil des ministres, les 70 mesures et 100 milliards d’euros d’aides du plan de relance.
  • L’ambition est de retrouver d’ici à fin 2022 le niveau de richesse que nous avions avant la crise, répète-t-on à Matignon. Mais aussi de préparer la France aux enjeux de 2030.
  • Ce qui laisse alors de la place, dans ce plan, à la transition écologique. L’exécutif en fait même l’un des trois piliers et lui alloue 30 milliards d’euros. Mais à quoi bon si les 70 autres milliards vont dans le mauvais sens ?, demandent les ONG

Un peu plus de 6,5 milliards d’euros sur l’emploi jeune, pour aider celles et ceux qui s’apprêtent à entrer sur le marché du travail dans ce contexte dégradé ; 1,9 milliard sur la formation professionnelle ; 500 millions sur le développement du numérique dans les territoires ; 150 millions sur la rénovation des commerces en centre-ville…

On arrête là, car la liste longue. Ce jeudi, à l’issue du Conseil des ministres, Jean Castex présentera dans le détail le plan de relance concocté par le gouvernement pour relever le pays de la crise sanitaire du Covid 19. L’exercice devrait ressembler à l’énumération d’une longue liste de chiffres. Ceux des montants associés aux 70 mesures qui doivent permettre de retrouver, d’ici à fin 2022, le niveau de richesse que nous avions avant la crise, répète-t-on à Matignon.

Préparer 2030 et le verdissement de l’économie

Au total, il y en a pour 100 milliards d’euros d’aides étalées entre 2020 et 2022. L’enjeu est double, reprend-on dans l’entourage du Premier ministre. Ces 70 mesures doivent à la fois permettre de relancer l’activité économique à court terme, mais aussi s’inscrire dans des priorités de long terme et préparer la France à l’horizon 2030.

Ce qui laisse alors de la place, dans ce plan, à la transition écologique. L’exécutif en fait même l’un des trois piliers, aux côtés de la consolidation de notre base de production et de nos filières d’excellence [en jargon non technocratique : la réindustrialisation du pays] et du renforcement de notre cohésion sociale [autrement dit, ce plan de relance doit profiter à tous !].

De ces trois piliers, c’est bien celui de la transition écologique que l’exécutif met en avant. Ou du moins présente en premier. Le gouvernement avait d’abord annoncé vouloir y consacrer 20 milliards d’euros sur les 100, avant, finalement, de rehausser la barre à 30. Un chiffre confirmé ce mercredi. Il y aurait là de quoi permettre une accélération sans précédent de la transition écologique, indique-t-on dans l’entourage de Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique. L'ensemble du plan de relance de 2008, pour se relever de la crise financière, était à peu près de cet ordre de grandeur y souligne-t-on. 

Train, rénovation énergétique des bâtiments, hydrogène…

Reste à savoir à quoi seront utilisés ces 30 milliards? L’esprit général affiché est d’ouvrir tous les champs de cette transition, à commencer par ceux qui sont aujourd’hui les plus émetteurs de gaz à effet de serre : les transports, la consommation énergétique de nos bâtiments, l’industrie et l’agriculture.

Onze milliards d’euros seront ainsi consacrés aux transports. Dont 40% pour le ferroviaire (soit donc près de 5 milliards), 20% pour l'avion vert, 15% pour la poursuite de la conversion du parc automobile vers des véhicules moins polluants, un peu plus de 10% sur les mobilitiés du quotidien et 10% pour les autres infrastructures, détaille-t-on au cabinet du ministre délégué au transport, Jean-Baptiste Djebbari. 

Près de 7 milliards d’euros seront injectés dans la rénovation énergétique des bâtiments, dont un gros morceau (4 milliards d’euros) pour les bâtiments publics (école, université…), mais aussi 2 autres milliards pour les logements. Sur ce volet, l’exécutif entend faire de « MaPrimeRénov » son principal outil pour accélérer les rénovations énergétiques. Lancée cette année, cette nouvelle aide s’adressait jusque-là aux ménages aux revenus modestes. Elle sera étendue à tous les Français au 1er janvier 2021, indique-t-on dans l’entourage de Barbara Pompili.

Si on poursuit, 1,2 milliard d’euros ira à la transition agro-écologique, notamment via des aides pour une alimentation plus saine, plus locale. Enfin, 9 autres milliards sont prévus pour accompagner la transition écologique des entreprises et investir dans des technologies qui doivent permettre à la France d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Parmi celle-ci figure l’hydrogène, énergie potentiellement décarbonée si on la produit à partir d’énergie renouvelable. C’est justement l’ambition affichée dans ce plan de relance : développer une filière d’hydrogène vert en France. Un plan de 100 millions d’euros avait déjà été lancé l’an dernier à ce titre. Cette fois-ci, on va changer d’échelle, puisque ce sont 2 milliards d’euros qui seront alloués au décollage de l’hydrogène vert en France, annonce-t-on au ministère de la Transition écologique.

« Regarder le plan de relance dans son ensemble »

Alléchant, tout ça ? Arnaud Schwartz, président de France Nature Environnement, comme Meike Fink, responsable « transition climatique juste » du Réseau Action Climat (RAC), n’en sont pas si sûr et invitent à regarder ce plan de relance dans son ensemble. Autrement dit, à se pencher sur les 70 milliards restants de ce plan de relance. « Qu’est-ce que 30 milliards d’euros si, à côté, la France continue de soutenir fortement les énergies fossiles, prévoit dans son plan de relance 20 milliards d’euros de réduction des impôts de production sur deux ans sans contreparties environnementales, alloue 470 millions d'euros pour le nucléaire ? », interrogeait Arnaud Schwartz mardi dernier lors d’un échange avec la presse, pointant ainsi un manque de cohérence. « Nous avions demandé qu’il y ait une étude de l’impact environnemental des mesures du plan de relance avant et après son exécution, poursuit-il. Ce n’est pas le cas. »

Meike Fink attend la présentation dans le détail de ce plan de relance, ce jeudi, pour s’en faire une idée plus précise. Mais elle pointe déjà une autre inquiétude : « Les aides annoncées s’arrêteront en 2022. Qu’est-ce qui se passera à cette date ?, pointe-t-elle. Ce n’est pas un détail. L’une des clés d’une transition écologique réussie est d’assurer une visibilité sur le long terme aux entreprises, aux citoyens et aux collectivités sur les aides dont ils pourront bénéficier pour réduire leurs impacts environnementaux. »