Bouches-du-Rhône : L’assemblage du réacteur à fusion de l’hydrogène Iter a débuté

SCIENCES « Le nucléaire peut être une promesse d’avenir », assure Emmanuel Macron. Le chef d’Etat sud-coréen Moon Jae-In évoque « le rêve partagé de créer une énergie propre et sûre d’ici à 2050 »

J.S.-M. avec AFP

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Le projet Iter a été lancé par un traité international en 2006.
Le projet Iter a été lancé par un traité international en 2006. — D. Cole / AP / SIPA
  • Le projet international Iter réunit 35 pays. Il a été lancé en 2006.
  • Le réacteur de fusion de l’hydrogène est installé à Saint-Paul-lès-Durance, au nord-est de Marseille.
  • Iter pourrait produire son premier plasma fin 2025. Si l'expérience est concluante, un autre réacteur, Demo, pourrait produire de l'électricité au Japon.

Les enthousiastes parlent de « soleil artificiel », les sceptiques de « mirage scientifique ». L’assemblage du réacteur du projet Iter a débuté ce mardi à Saint-Paul-lès-Durance, au nord-est de Marseille. Pour Emmanuel Macron, « avec la fusion, le nucléaire peut être une promesse d’avenir » en nous offrant « une énergie non polluante, décarbonée, sûre et pratiquement sans déchets ». Il s’exprimait dans une vidéo préenregistrée diffusée lors de la cérémonie organisée sur le site de Saint-Paul-lès-Durance.

Commentant ce projet international lancé par un traité de 2006 et réunissant 35 pays, soit toute l’Union européenne (avec le Royaume-Uni), la Suisse, la Russie, la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud et les Etats-Unis, le chef de l’Etat sud-coréen Moon Jae-In a également salué en vidéo « le plus grand projet scientifique de l’histoire de l’humanité », et ce « rêve partagé de créer une énergie propre et sûre d’ici à 2050 ».

La fusion de l’hydrogène ne génère pas de déchets

Alternative rêvée aux énergies fossiles comme le pétrole, le gaz ou le charbon, émettrices de CO2, la fusion de l’hydrogène pourrait également remplacer l’énergie nucléaire : si la fission de l’atome produit des déchets radioactifs pendant des dizaines de milliers d’années, la fusion de l’hydrogène ne génère pas de déchets de longue vie, a insisté Bernard Bigot, le directeur général d’Iter.

Autre avantage : les combustibles nécessaires à cette fusion, extraits de l’eau et du lithium, sont disponibles et, selon Bernard Bigot, à même « d’assurer l’approvisionnement d’un parc de réacteurs pendant des millions d’années, un gramme de combustible libérant autant d’énergie que huit tonnes de pétrole ».

Des aimants capables de soulever un porte-avions

Ces derniers mois, plusieurs composants de ce réacteur expérimental basé sur la technologie « Tokamak » – hauts pour certains comme un immeuble de quatre étages et pesant plusieurs centaines de tonnes –, ont été livrés sur le site en provenance d’Inde, de Chine, du Japon, de Corée du Sud ou encore d’Italie.

Et les échelles de grandeur donnent le vertige. A lui seul, le plus puissant des aimants d’Iter, celui qui initiera le courant électrique au sein du plasma, pourrait ainsi soulever un porte-avions.

Un million de pièces à assembler

Les éléments arrivant peu à peu, reste à assembler le million de pièces de ce puzzle en trois dimensions, un travail qui devrait durer jusqu’en 2024 pour les 2.300 personnes présentes sur le site.

Ce gigantesque réacteur permettra de reproduire la réaction de fusion de l’hydrogène qui se produit naturellement au cœur du soleil et des étoiles : concrètement, cette fusion sera obtenue en portant à une température de l’ordre de 150 millions de degrés un mélange de deux isotopes de l’hydrogène transformé à l’état de plasma.

Du plasma produit dès 2025 ?

Iter pourrait produire son premier plasma fin 2025-début 2026 et le réacteur pourrait atteindre sa pleine puissance en 2035. Réacteur expérimental, Iter ne produira pas concrètement d’électricité. Et c’est 2060, au mieux, qu’il faudra attendre pour avoir le premier raccordement au réseau électrique d’un réacteur à fusion dérivé d’Iter. Il s'agira du réacteur Demo, au Japon. 

Le directeur général d'Iter lors du début de l'assemblage du réacteur.
Le directeur général d'Iter lors du début de l'assemblage du réacteur. - D. Cole / AP / SIPA

Pour générer de l’électricité, ces futurs réacteurs à fusion commerciaux utiliseront tout simplement la chaleur produite sur les parois de leur « tokamak » par le bombardement des neutrons nés de la fusion : cette chaleur sera évacuée par un circuit d’eau sous pression pour aller alimenter, sous forme de vapeur, une turbine et un alternateur.

Déjà cinq ans de retard

Iter, s’il était raccordé au réseau électrique, ne produirait que 200 MW d’électricité, de quoi alimenter quelque 200.000 foyers. Les futurs réacteurs à fusion disposeraient eux d’un volume de plasma permettant d’alimenter deux millions de foyers pour un coût de construction et un coût opérationnel « équivalent à ceux d’un réacteur nucléaire conventionnel », selon Bernard Bigot.

Ces « soleils artificiels » font cependant l’objet de critiques récurrentes de la part d’écologistes, notamment français, qui y voient « un gouffre financier » et « un mirage scientifique ». Le projet a ainsi déjà pris cinq ans de retard, avec un triplement du budget initial, à près de 20 milliards d’euros désormais.