Occitanie : Goinfre et peu ragoûtante, une cousine de la méduse envahit les étangs à une vitesse folle

ETANGS Un chercheur s’intéresse de près à cet invertébré qui pourrit la vie des pêcheurs et des baigneurs

Nicolas Bonzom

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Un Mnemiopsis leidyi
Un Mnemiopsis leidyi — Guillaume Marchessaux
  • Le Mnemiopsis leidyi ne présente aucun danger pour l’homme, et n’est pas urticant.
  • En revanche, cette espèce particulièrement invasive colonise les étangs d’Occitanie à une vitesse grand V, et pourrit la vie des pêcheurs et des baigneurs.
  • Guillaume Marchessaux s’attelle à un état des lieux de cette espèce dans la région.

Connaissez-vous le Mnemiopsis leidyi ? S’il vous arrive de vous rafraîchir dans les étangs du pourtour méditerranéen, peut-être avez-vous déjà fait connaissance avec cette cousine de la méduse. Pas de panique : elle ne présente aucun danger pour l’homme, et n’est pas urticante. En revanche, cet invertébré transparent, peu ragoûtant, à l’apparence gélatineuse, envahit les lagunes du Sud. Et cela pose de gros problèmes.

Guillaume Marchessaux, chercheur en biologie marine, connaît bien cet animal. Depuis des années, il étudie de près son expansion et les dégâts qu’il génère. « Cette espèce est originaire des côtes du Mexique, et des côtes atlantiques américaines, note Guillaume Marchessaux. Depuis les années 1980, elle est observée en Méditerranée, car elle a été transportée par les eaux de ballast des pétroliers. A l’époque, il n’y avait aucune législation à ce sujet. Depuis, elle a totalement envahi la Méditerranée. »

Un Mnemiopsis leidyi
Un Mnemiopsis leidyi - Guillaume Marchessaux

Elle se reproduit à une vitesse folle

Le Mnemiopsis leidyi n’aime que les eaux salées : cette drôle d’espèce barbote en mer, mais elle s’adapte parfaitement aux eaux des étangs, « les eaux saumâtres », bien qu’elles soient moins salées. « Ce sont des eaux typiques des lagunes, un mélange d’eau de mer et d’eau douce, qui sont à l’interface entre le continent et la mer. Ce sont des eaux salées, mais pas autant que la mer », explique Guillaume Marchessaux. L’invertébré n’aime pas, en revanche, les eaux douces des rivières.

En 2017, ce docteur en sciences de l’environnement avait déjà démontré à quel point l’invasion du Mnemiopsis leidyi était particulièrement forte dans l’étang de Berre, dans les Bouches-du-Rhône. Cet été, Guillaume Marchessaux s’est attelé à établir un état des lieux de la présence de cette bestiole dans l’ensemble des étangs d’Occitanie. Car cet invertébré, de 5 à 6 cm de long, se la coule douce dans les étangs de l’Or et dans le canal du Rhône à Sète, dans l’Hérault, dans les étangs de Bages ou de Leucate, dans l’Aude, ou de Canet-en-Roussillon, dans les Pyrénées-Orientales.

Cette espèce, qui se nourrit de plancton, s’y multiplie à une vitesse folle. « Elle n’a pas de prédateur dans les zones où elle est introduite, elle n’est donc pas contrôlée naturellement, constate Guillaume Marchessaux. Et ses capacités physiologiques font que c’est un super envahisseur. Chaque organisme est hermaphrodite, et s’auto-féconde, et peut pondre jusqu’à 10.000 oeufs par jour. Et entre l’œuf et la forme adulte, il n’y a que 14 jours. L’espèce a également une forte capacité à manger. Elle n’a pas de seuil de satiété, elle mange tout et n’importe quoi, en continu… »

« Sous le poids, les filets se déchirent »

Les problèmes qu’elle pose sont nombreux. D’abord, elle vole du plancton aux poissons. Ensuite, elle est la bête noire des pêcheurs. « Elle colmate les filets, les poissons meurent asphyxiés », note le chercheur. Une plaie, pour les pêcheurs d’anguilles, une espèce qui doit absolument être vendue vivante. « Parfois même, sous le poids, les filets se déchirent, reprend le biologiste marin. Les pertes économiques peuvent être très importantes. » « C’est un énorme problème, confie à 20 Minutes un pêcheur qui travaille sur l’étang de Bages, et a constaté une baisse de son activité depuis l’invasion de l’invertébré. Les filets se remplissent, et l’anguille, elle n’aime pas ça. Chaque année, c’est de pire en pire. Elle est là à peu près à partir du mois de mai, jusqu’à ce qu’il fasse vraiment froid », reprend-il. « Nous en avions plein les filets, note un ancien pêcheur de l’Aude. Cela empêche le poisson de rentrer, c’est très problématique au quotidien. »

Enfin, le Mnemiopsis leidyi sabote également la baignade des amateurs de lagunes. Elle ne pique pas, mais quand elle pullule dans les étangs, elle a de quoi faire fuir. « A partir d’un certain seuil, on constate une désertion des plages des étangs, reprend Guillaume Marchessaux. Certaines personnes ont peur de mettre la tête sous l’eau, de peur d’en avaler. A certaines périodes de l’année, c’est une véritable soupe de Mnemiopsis leidyi. »

Le problème, c’est qu’il est très compliqué de lutter contre l’invasion de cette espèce. « Elle est là, et elle y restera, confie le docteur en sciences de l’environnement. On ne peut pas éradiquer une espèce. En revanche, on peut essayer de la contrôler. » Il faudrait sans doute y confronter un prédateur, « mais ce sera très compliqué. Il faut être sûr que ça marche, mais également être sûr que ce prédateur se nourrira bien de Mnemiopsis leidyi et pas d’une autre espèce. » Pour tenter de mieux comprendre l’invasion de cet invertébré gélatineux, Guillaume Marchessaux va rencontrer, jusqu’à la fin du mois de juillet, des professionnels et des usagers des étangs d’Occitanie.