Victimes de l'activité humaine, les lémuriens, le grand hamster ou la baleine franche proches de l'extinction

BIODIVERSITE Près d’un million d’espèces animales et végétales sur les huit millions estimées sur Terre sont menacées d’extinction

20 Minutes avec AFP

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Repas des lémuriens au parc animalier de Sainte-Croix (Moselle).
Repas des lémuriens au parc animalier de Sainte-Croix (Moselle). — Floreal Hernandez

Le grand hamster d’Alsace est-il condamné ? C’est l’inquiétude formulée ce jeudi par l’UICN, qui vient de publier sa nouvelle liste rouge. Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature, les lémuriens de Madagascar, notre grand hamster national ou encore la baleine franche de l’Atlantique nord ont fait un nouveau pas vers l’extinction, victimes des activités de l’homme.

Selon les experts biodiversité de l’ONU (IPBES), environ un million d’espèces animales et végétales sur le quelque huit millions estimées sur Terre sont menacées d’extinction, dont « beaucoup dans les prochaines décennies ».

32.441 espèces menacées d’extinction

Mais ces chiffres sont des extrapolations basées sur les évaluations d’une fraction des espèces, en particulier sur la fameuse liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature, référence en la matière qui s’enrichit chaque année de l’étude de nouvelles espèces. Désormais, sur 120.372 espèces passées au crible, 32.441 sont menacées d’extinction (13.898 vulnérables, 11.732 en danger et 6.811 en danger critique), soit plus de 25 %.

« Le monde doit agir rapidement pour arrêter le déclin des populations d’espèces et prévenir les extinctions causées par l’homme », a plaidé Jane Smart, directrice du groupe de conservation de la biodiversité de l’UICN. La liste rouge 2020 complète en particulier l’évaluation des primates africains, attirant surtout l’attention sur les lémuriens, endémiques de Madagascar.

Déforestation, chasse et destruction des habitats

Ainsi, 103 des 107 espèces de lémuriens sont menacées, « principalement en raison de la déforestation et de la chasse », et 33 d’entre eux sont en danger critique, dernière catégorie avant l’extinction. Sans les importants efforts humains et financiers déployés pour sa conservation (aires protégées, reforestation, écotourisme…) certaines, comme le lépilémur du Sahafary « seraient sans doute déjà éteintes », note Russ Mittermeier, spécialiste des primates pour l’organisation.

Carte du monde montrant, par pays, le nombre d'espèces végétales et animales menacées d'extinction, selon l'UICN.
Carte du monde montrant, par pays, le nombre d'espèces végétales et animales menacées d'extinction, selon l'UICN. - Sophie RAMIS, Jonathan WALTER / AFP

Ces campagnes n’ont pas permis d’empêcher 13 espèces de lémuriens de passer dans la catégorie « en danger critique », comme le sifaka et le microcèbe mignon, plus petit primate du monde, tous deux victimes de la destruction de leur habitat par l’agriculture sur brûlis et l’exploitation forestière. Dans le reste de l’Afrique, plus de la moitié des espèces de primates (54 sur 103) sont également menacées, comme le colobe à longs poils désormais en danger critique.

Champignon « le plus cher du monde »

Cela montre « que l’Homo Sapiens doit changer radicalement sa relation avec les autres primates, et avec la nature dans son ensemble », souligne Grethel Aguilar, directrice générale par intérim de l’UICN, dont le congrès qui devait se tenir en juin a été reporté à janvier 2021 à cause du Covid-19.

La nouvelle liste rouge s’inquiète également du sort du hamster d’Europe, qui passe lui aussi en danger critique. Et « si rien ne change, l’espèce pourrait disparaître au cours des 30 prochaines années », s’alarme l’UICN. Le rongeur autrefois abondant à travers l’Europe, jusqu’en Russie, a aujourd’hui disparu des trois quarts de son habitat originel en Alsace (où il est connu sous le nom de grand hamster d’Alsace) et en Europe de l’Est.

Le gouvernement au secours du grand hamster d'Alsace (Archives)
Le gouvernement au secours du grand hamster d'Alsace (Archives) - G . VARELA / 20 MINUTES

Une régression liée à un taux de reproduction en chute libre : une femelle a aujourd’hui en moyenne cinq ou six petits par an, contre 20 pendant la majeure partie du XXe siècle. Pour des raisons multiples liées semble-t-il à l’extension de la monoculture, au développement industriel, au réchauffement climatique ou à la pollution lumineuse.

Vers une 6e extinction de masse

La liste rouge voit également l’entrée comme « vulnérable » du champignon chenille, « le plus cher du monde ». La liste rouge souligne enfin le danger qui pèse sur les baleines franches de l’Atlantique nord, dont il restait moins de 250 adultes fin 2018 (-15 % depuis 2011). Victimes de collisions avec les navires et des filets de pêche, mais aussi du réchauffement des océans, elles sont à un pas de l’extinction.

Alors que de nombreux scientifiques estiment que la 6e extinction de masse a commencé, « la liste rouge est un baromètre de la vie sur Terre », a commenté Andrew Terry, de la Zoological Society of London.