Après une campagne de mesures de pesticides dans l'air, 32 substances à surveiller de près

POLLUTION L’étude de l’Agence de sécurité sanitaire n’a pas « démontré de risque important pour le moment » mais va évaluer la présence dans l’air de 32 substances, notamment de glyphosate

20 Minutes avec AFP

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Un agriculteur répand du glyphosate dans un champ dans l'Illinois.
Un agriculteur répand du glyphosate dans un champ dans l'Illinois. — Seth Perlman/AP/SIPA

Mieux connaître les substances que l’on respire, surtout lorsqu’il s’agit de pesticides. C’est le travail dans lequel s’est lancée en juin 2018 l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

Elle vient de livrer les résultats de cette récente campagne nationale de mesures de pesticides dans l’air extérieur. Si elle n’a pas identifié de risques particuliers pour la santé à ce stade, elle a décidé de mener une évaluation approfondie pour 32 substances, parmi lesquelles le glyphosate et le lindane.

Pendant une année, pour couvrir la saisonnalité d’utilisation des pesticides dans l’agriculture, quelque 1.800 échantillons ont été récoltés sur 50 sites en métropole et outre-mer.

Si certains produits sont retrouvés fréquemment, les 100.000 données générées ne mettent « pas en évidence, au vu des connaissances actuelles, une problématique sanitaire forte associée à l’exposition de la population générale via l’air extérieur », assure l’Agence de sécurité sanitaire.

Mais il existe des « limites » à cette évaluation préliminaire, explique Ohri Yamada, responsable phytopharmacovigilance à l’Anses. Les valeurs toxicologiques de référence sont ainsi généralement fixées sur la base d’études sur l’ingestion de la substance, pas son inhalation.

Les 32 « substances d’intérêt », identifiées en croisant la fréquence à laquelle elles ont été retrouvées avec les données de toxicologie de chacune d’entre elles, feront donc l’objet d'« évaluations approfondies ».

Le lindane, interdit en France depuis 1998

En premier lieu le lindane, interdit en France dans l’agriculture depuis 1998 et classé cancérogène et toxique pour la fertilité et le développement de l’embryon. Probablement revaporisé dans l’air depuis le sol où il persiste, est celui qui a été retrouvé le plus souvent, dans près de 80 % des échantillons.

Le glyphosate, qui avait jusqu’ici peu été mesuré dans l’air, intègre désormais cette liste de substance à surveiller. Il a été retrouvé dans environ la moitié des échantillons analysés mais nécessitant un appareil de mesure dédié, il n’a été recherché que sur huit sites, les plus exposés. « Les concentrations mesurées sont suffisamment faibles pour que nous n’ayons pas identifié d’alerte à ce stade », pondère Ohri Yamada.

Le chlordécone, pesticide utilisé jusqu’en 1993 qui a contaminé les sols de Guadeloupe et de Martinique pendant des décennies, n’a en revanche été détecté dans aucun prélèvement, y compris aux Antilles.

Une autre étude, PestiRiv (Anses/Santé Publique France), doit examiner l’exposition des riverains immédiats, en commençant en 2021 par les zones viticoles.