Pourquoi la pollution de l’Escaut a-t-elle surpris par son ampleur le préfet du Nord et l’Office français de la biodiversité ?

ENVIRONNEMENT Il y a trois mois, 100.000 m3 d’eau polluée provenant d’une usine Tereos s’étaient déversés dans l’Escaut près de Valenciennes

Mikaël Libert

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La sucrerie Tereos d'Escaudœuvres.
La sucrerie Tereos d'Escaudœuvres. — Google maps
  • Début avril, le canal de l’Escaut a été touché par une importante pollution. La digue d’une usine a cédé, libérant 100.000 m3 de déchets organiques.
  • Les services de l’Etat reconnaissent un retard dans la reconnaissance de l’ampleur de la catastrophe écologique.

« Je ne savais pas ». Dans la nuit du 9 au 10 avril dernier, un accident industriel au sein de la sucrerie Tereos d’Escaudœuvre, dans le Nord, a provoqué une importante pollution du canal de l’Escaut. Une catastrophe écologique dont les services de l’Etat ont tardé à mesurer l’ampleur et qui fait aujourd’hui l’objet d’enquêtes judiciaires et administratives. Selon le préfet de région, Michel Lalande, plusieurs facteurs expliquent que, plusieurs jours après l’incident, il ne « savait pas ».

Cette nuit d'avril, la digue d’un bassin de décantation de l’usine Tereos d’Escaudœuvre, près de Valenciennes, s’est rompue. Cela a entraîné le déversement d’environ 100.000 m3 d’eau polluée de matières organiques dans le canal de l’Escaut. Dans la foulée, les milliers de poissons ont été retrouvés morts asphyxiés, sans compter les dégâts sur les autres espèces animales et végétales. Ce que les écologistes ont qualifié de « plus gros incident écologique depuis 20 ans » n’est pourtant arrivé aux oreilles du préfet du Nord que trois jours après l’incident.

« Les premières informations ne nous sont parvenues que le 13 avril »

Ce retard, le représentant de l’Etat l’impute au week-end de Pâques et au confinement : « Faute de marcheurs, de joggeurs ou de pêcheurs à cause du confinement, les premières informations sur la mort de poissons ne nous sont parvenues que le 13 avril », assure Michel Lalande. Avant cela, « il y avait une crise de sécurité civile mais pas de crise écologique », poursuit le préfet. L’Office français de la biodiversité (OFB) avait néanmoins constaté, dès le 12 avril, « une baisse des effectifs de poissons » dans l’Escaut en aval de l’usine.

L’ampleur de la pollution va pourtant se révéler très rapidement. Des milliers de poissons morts ont été observés les jours suivant le drame à Valenciennes et dans d’autres communes le long de l’Escaut. Le 20 avril, la vague de pollution avait atteint la Belgique sans que nos voisins aient été prévenus par les autorités françaises. « Malgré l’importance du volume de pollution, nous n’avions pas imaginé les conséquences », reconnaît l’OFB. L’Office assure que « le phénomène de dilution qui s’observe en temps normal n’a pas eu lieu », sans pour autant s’en expliquer la raison.

« La surprise, c’est l’impact géographique qui ne correspond pas à nos référentiels », déplore l’OFB. Pourtant, en août 2018, une sucrerie Tereos dans l'Aisne avait été à l’origine d’un incident de même nature. Entre 20 et 30 m³ de matière organique avaient été déversés dans un bras de l’Oise. Une quantité largement inférieure qui avait pourtant causé la mort de milliers de poissons jusqu’à 30 km en aval.

Les enquêtes administratives et judiciaires sont toujours en cours et rien ne devrait bouger avant l’automne. « A ce jour, on ne peut toujours pas affirmer que la surmortalité piscicole est due à cet incident même si l’on a guère de doute », déclare le préfet du Nord. Si la responsabilité de Tereos était démontrée, les sanctions pourraient être lourdes. Outre les réparations financières, l’industriel pourrait se voir retirer son autorisation d’exploitation du site incriminé, ce qui reviendrait à fermer l’usine avec les conséquences sociales qui en découleraient. « La loi sera exercée avec discernement car la sanction doit être juste », tempère Michel Lalande.